27 mai 2016 / 15:08 / il y a un an

La France entre reprise économique et crise sociale

* La confiance des ménages au plus haut depuis octobre 2007

* Impact limité de la contestation de la loi Travail - économistes

* Ralentissement attendu de la croissance au deuxième trimestre

par Marc Joanny

PARIS, 27 mai (Reuters) - La France est en plein paradoxe, entre une économie qui continue à donner des signes d'amélioration et un mouvement social, l'un des plus durs de ces dernières décennies, qui menace de peser sur son activité du deuxième trimestre

Pour autant, des économistes interrogés par Reuters estiment que le scénario d'une reprise modérée n'est pas, à ce stade, remis en cause.

François Hollande a mis en garde vendredi les opposants à la loi Travail contre le risque de "mettre en difficulté" une économie qui "repart".

Les signes de reprise de l'activité se sont multipliés depuis le début de l'année. Dernier indicateur en date, la confiance des ménages s'est nettement améliorée au mois de mai.

L'indice synthétique qui la mesure a progressé de quatre points par rapport au mois précédent, à 98, au plus haut depuis octobre 2007, selon des données publiées vendredi par l'Insee.

Les économistes interrogés par Reuters s'attendaient à ce qu'il reste stable. Mais les ménages, beaucoup plus enclins à réaliser des achats importants, sont plus optimistes sur leur niveau de vie à venir et l'évolution du chômage.

Le nombre de demandeurs d'emploi a par ailleurs reculé pour le deuxième mois consécutif en avril, ce qui n'était pas arrivé depuis cinq ans, revenant à son niveau le plus bas depuis février 2015.

Le climat des affaires s'est aussi amélioré en mai, grâce à une embellie dans les services et le commerce de détail, celui de l'industrie manufacturière restant bien orienté.

IMPACT LIMITÉ

Ces signaux positifs viennent conforter le scénario d'une reprise de l'économie, avec des chiffres de croissance au premier trimestre supérieurs aux attentes.

La croissance du produit intérieur brut, dont la deuxième estimation sera publiée lundi, a accéléré à +0,5% sur les trois premiers mois de 2016 après +0,3% au dernier trimestre 2015.

Le Fonds monétaire international a pris acte cette semaine de cette accélération de l'activité en début d'année et a relevé son hypothèse de croissance de l'économie française en 2016, à "près de 1,5%" contre 1,1% précédemment.

François Hollande n'avait pas attendu cette prévision pour lancer dès la mi-avril un "Ça va mieux", vite interprété comme une volonté de reconquête de l'opinion dans la perspective des élections présidentielle et législatives de 2017.

La contestation de la Loi Travail par les syndicats les plus radicaux et une partie de la gauche a d'autant plus parasité son message que le mouvement s'est durci ces dernières semaines avec des grèves dans des secteurs stratégiques comme le pétrole et les centrales nucléaires.

Elle ne devrait toutefois pas remettre en cause la reprise de l'activité, estiment des économistes.

"A court terme, l'impact des grèves est probablement très limité", estime ainsi Denis Ferrand, directeur général de l'institut de conjoncture Coe-Rexecode.

"REPRISE CONSTANTE ET MODÉRÉE"

Il rappelle que les grèves de 1995, d'une bien plus grande ampleur (la France avait été pratiquement paralysée plusieurs semaines), n'avaient amputé la croissance que de 0,2 point de PIB cette année-là.

Cependant pour François Cabau, économiste chez Barclays, qui s'attendait déjà à un ralentissement de la croissance du PIB de 0,2 point de pourcentage au deuxième trimestre à +0,3%, la poursuite des tensions sociales se traduira par un biais à la baisse supplémentaire.

Il note que le calendrier d'examen du projet de loi Travail et la proximité de l'Euro de football ne plaident pas pour une désescalade rapide du mouvement.

Selon lui, l'accélération de la croissance au premier trimestre s'expliquait en grande partie par un effet de rattrapage sur la consommation privée, en hausse de 1,2% sur la période après une contraction de 0,1% au trimestre précédent, en raison de la clémence des températures qui a pesé sur la demande d'énergie et de l'impact des attentats du 13 novembre.

"La moyenne trimestrielle ressort à 0,5%-0,6%, ce qui n'est pas très éloigné de ce que nous enregistrons depuis le début de l'année 2015", grâce à la baisse des prix du pétrole, dit-il.

Il ne s'attend pas à une accélération de la croissance en 2016 mais à la poursuite d'une "reprise constante et modérée", avec une prévision d'augmentation du PIB de 1,4% sur l'année après 1,2% en 2015. (Avec Leigh Thomas, édité par Emmanuel Jarry)

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