29 avril 2016 / 11:57 / il y a un an

LEAD 1-L'économie de la zone euro retrouve son niveau d'avant la crise

* PIB +0,6% au T1 (consensus: +0,4%)

* Le PIB dépasse de nouveau son niveau de 2008

* Baisse du taux de chômage à 10,2%

* L'inflation redevient négative

* Graphique du PIB de la zone euro: link.reuters.com/duf34w

par Balazs Koranyi et Jan Strupczewski

BRUXELLES/BERLIN, 29 avril (Reuters) - Après plus de sept ans de crise et de performances économiques médiocres, la zone euro a connu au premier trimestre son rythme de croissance le plus soutenu depuis 2011, grâce au dynamisme de pays qui n'ont pourtant pas la réputation d'être des moteurs économiques, la France et l'Espagne entre autres.

Le produit intérieur brut (PIB) de la région, c'est la dire la richesse créée par ses 19 pays membres, a en outre atteint un niveau supérieur à son point culminant antérieur à la crise.

Dépassant à la fois la Grande-Bretagne - qui pâtit de l'hypothèque d'une éventuelle sortie de l'Union européenne (UE) - et les Etats-Unis, la zone euro peut se prévaloir d'une croissance doublée par rapport au quatrième trimestre 2015. La performance de janvier-mars surpasse même la plus optimiste des prévisions, grâce à une solide consommation des ménages et à une reprise de l'investissement.

Les premiers chiffres de la croissance en France et en Espagne ont eux aussi dépassé les attentes, le PIB français affichant une hausse de 0,5% et l'espagnol une progression de 0,8%.

Mais la zone euro n'en a pas pour autant terminé avec les difficultés, puisqu'elle est par ailleurs retombée en déflation au mois d'avril. En outre, le poids de la dette publique, la faible rentabilité du secteur bancaire, la persistance d'un chômage élevé et l'ampleur des capacités de production excédentaires constituent autant de risques pour la reprise.

La croissance des 19 pays qui partagent l'euro a été de 0,6% au premier trimestre, en première estimation et par rapport au trimestre précédent, au-delà d'un consensus qui la donnait à 0,4% et mieux que la Grande-Bretagne (0,4%).

Les Etats-Unis ont quant à eux dégagé une croissance annualisée de 0,5% au premier trimestre, soit un peu plus de 0,12% seulement en variation trimestrielle. La croissance de la zone euro ressort à 1,6% en rythme annuel.

"Les premiers mois de l'année ont été troublés, avec de forts reculs des Bourse, des inquiétudes pour la croissance aux Etats-Unis, en Chine et dans de nombreux pays émergents et une confiance en berne chez les entreprises et les ménages", observe l'économiste Bert Colijn, d'ING.

LES PRIX CONTINUENT DE BAISSER

"Il est évident que les entreprises et les ménages ne se sont pas laissés aller à la déprime. La vigueur de l'économie intérieure de la zone euro est la clé de la croissance économique en ce moment et cela s'explique principalement par l'amélioration du marché de l'emploi".

Le chômage reste élevé dans la zone euro mais son taux a diminué à 10,2% en mars contre 10,4% en février, au plus bas depuis quatre ans, et la situation s'est particulièrement améliorée en particulier en Espagne.

Mais pour ce qui concerne l'inflation, les nouvelles sont moins bonnes. La zone euro est retombée en déflation en avril, de quoi préoccuper un peu plus la Banque centrale européenne (BCE).

Les prix de détail ont baissé de 0,2% par rapport à avril 2015 après avoir stagné en mars. La BCE a pour un objectif un taux d'inflation d'un petit peu moins de 2% et a pris en décembre et en mars des mesures de stimulation monétaire pour progresser vers ledit objectif.

L'inflation considérée hors prix énergétiques et alimentaires a elle aussi fléchi, ce qui est peut-être encore plus préoccupant pour la BCE car cela pourrait impliquer que la tendance déflationniste des prix de l'énergie se diffuse dans les autres catégories de biens et dans les services.

La BCE est particulièrement inquiète de ces effets dits de "second tour" parce que, s'ils venaient à se propager aux salaires, il deviendrait extrêmement ardu de rompre le cycle déflationniste.

Pourtant, Peter Praet, économiste en chef et membre du directoire de la BCE, a estimé vendredi qu'il faudrait que les perspectives d'inflation se détériorent de manière significative pour que la BCE décide d'une nouvelle baisse des taux d'intérêt.

Malgré ces incertitudes, le deuxième trimestre semble avoir débuté sur une note favorable: le sentiment économique s'est amélioré plus que prévu en avril dans tous les secteurs économiques et chez les ménages.

Les données provisoires des enquêtes auprès des directeurs d'achats et l'indice allemand Ifo du climat des affaires laisse penser que les entreprises sont plus optimistes pour l'avenir que pour le présent, tandis que la reprise du crédit se poursuit, bien qu'à un rythme encore modéré.

La croissance de la zone euro pourrait également s'appuyer sur les achats par la BCE d'obligations émises par les entreprises et sur de nouvelles opérations de financement à très long terme et à bas coût.

Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par Marc Angrand

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