15 avril 2016 / 15:32 / dans un an

Une nouvelle crise de la zone euro, hantise des Allemands

* Regain d‘inquiétude relayé par les politiques et les médias

* La Banque centrale européenne sur la sellette

* Les Allemands craignent pour la rémunération de leur épargne

par Noah Barkin

BERLIN, 15 avril (Reuters) - Les craintes d‘un éclatement de la zone euro font un retour en force en Allemagne, alimentées par des proches d‘Angela Merkel qui y voient un moyen de détourner les esprits de la crise des migrants et de préempter un débat dont pourrait se saisir l‘AfD, le parti eurosceptique en pleine ascension.

Depuis l‘été dernier, l‘afflux de candidats à l‘asile a éclipsé tous les autres sujets dans le débat politique en Allemagne, s‘affichant à la une des journaux et se retrouvant au centre de toutes les conversations.

Les choses ont changé ces dernières semaines. Avec le net ralentissement du flux de nouveaux arrivants, les inquiétudes sur l‘avenir de l‘Union monétaire européenne sont revenues sur le devant de la scène.

“Une tempête se prépare”, s‘est ainsi alarmé cette semaine le quotidien de centre gauche Süddeutsche Zeitung. “Parfois le sort d‘un peuple se décide dans des moments qui n‘ont rien de particulièrement dramatique. Et c‘est ce qui est en train d‘arriver en ce moment avec l‘union monétaire européenne.”

Le regain d‘inquiétude sur le sort de la zone euro relayé par les responsables politiques et les médias allemands s‘explique par des développements qui, pour être distincts, n‘en sont pas moins liés.

Ils vont des réticences grandissantes à l‘encontre des politiques d‘austérité dans les pays du sud de l‘Europe aux conséquences de la politique monétaire ultra-accommodante de la Banque centrale européenne en passant par la recomposition en cours de la scène politique allemande.

Capitalisant sur son opposition virulente à la politique d‘immigration d‘Angela Merkel, Alternative für Deutschland (AfD) a réalisé une percée électorale spectaculaire dans trois Länder le mois dernier, devançant dans deux d‘entre eux l‘Union chrétienne démocrate de la chancelière et contraignant les formations traditionnelles à revoir leur stratégie.

LA BCE SUR LA SELLETTE

Pour la garde rapprochée d‘Angela Merkel, la leçon des scrutins a été de tout faire pour détourner le débat politique de la question des migrants, ont dit des responsables à Reuters.

Les dirigeants de son parti, emmenés par le ministre des Finances Wolfgang Schäuble, ont intensifié leurs attaques verbales contre la politique de taux ultra-bas de la BCE.

Leur crainte est que l‘AfD, lancé il y a trois ans pour fédérer les eurosceptiques, se saisissent de ce thème dans la perspectives des élections législatives de 2017.

Pour l‘un des principaux dirigeants de la coalition de la chancelière, le débat sur les taux est “le prochain grand cheval de bataille” de l‘AfD.

La faiblesse des taux d‘intérêt est une question particulièrement sensible en Allemagne en raison de ses conséquences sur la rémunération de l‘épargne retraite.

L‘AfD avait vivement réagi le mois dernier après l‘évocation par le président de la BCE Mario Draghi d‘un possible recours à de la “monnaie hélicoptère” qui verrait la banque centrale distribuer directement des liquidités aux particuliers pour essayer de relancer l‘inflation.

“C‘est le bon moment pour se plaindre de la BCE”, a dit un proche de Merkel cette semaine.

RELÂCHEMENT DANS LE SUD DE L‘EUROPE

Il y a un autre motif qui justifie les attaques visant la banque centrale. Sa politique accommodante est tenue responsable en Allemagne du relâchement de la pression sur les pays d‘Europe du Sud pour qu‘ils réforment leurs économies, assainissent leurs finances publiques et réduisent leur endettement.

Berlin n‘a cessé de déplorer les libertés grandissantes prises par les pays de la zone euro avec les trajectoires de consolidation de leurs finances publiques sur lesquelles la chancelière comme son ministre des Finances avaient tant insisté au plus fort de la crise de zone euro.

Au Portugal, le nouveau gouvernement socialiste, formé avec l‘appui de la gauche radicale, a annoncé le mois dernier son intention de revaloriser le salaire minimum de 20%, d‘abaisser de 10 points de pourcentage la TVA dans la restauration et de rétablir quatre jours fériés.

En France, la mobilisation se poursuit contre le projet de réforme du Code du travail que le gouvernement a déjà beaucoup édulcoré. Et l‘Italie comme l‘Espagne n‘ont pas fait mystère de leur peu d‘empressement à se conformer aux recommandations de la Commission européenne sur la réduction de leur déficit public.

Autre sujet de frustration pour Berlin, les négociations entre Athènes et ses créanciers sur les progrès réalisés dans le cadre du plan de renflouement du pays traînent en longueur.

Le directeur général du Mécanisme européen de stabilité (MES), l‘Allemand Klaus Regling, habituellement plutôt sur la réserve, s‘est emporté estimant que la Grèce était le plus mauvais élève de l‘Europe en matière de réformes structurelles.

Les graphiques sur la montée de l‘endettement public dans les pays de la zone euro les moins vertueux ont refait surface dans la presse allemande.

“Si l‘Europe du Sud continue sur sa lancée, l‘euro va sombrer dans une nouvelle crise”, a prévenu l‘éditorialiste du Süddeutsche Zeitung. “Et cette fois, les coffres seront tellement vides et les mécanismes de sauvetage si faibles que la monnaie unique pourrait bien ne pas s‘en remettre.” (Marc Joanny pour le service français, édité par Yves Clarisse)

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