22 mars 2016 / 20:03 / il y a un an

EDF-Macron brandit la menace d'une perte du projet Hinkley Point

* Décision début mai sur le projet d'EPR britannique-Macron

* EDF et l'Etat veulent en réduire les risques

* Le futur d'EDF reposera sur des efforts partagés-Macron

PARIS, 22 mars (Reuters) - Reporter le projet de centrale nucléaire d'Hinkley Point risquerait de se traduire par une perte du contrat pour EDF, a estimé mardi le ministre de l'Economie.

Emmanuel Macron a également annoncé que l'électricien public devrait se prononcer début mai sur la construction de deux réacteurs de type EPR à Hinkley Point, dans le sud-ouest de l'Angleterre, et non dès le 30 mars comme annoncé précédemment par la CGT.

Les détracteurs de ce projet de 18 milliards de livres sterling (23 milliards d'euros environ) estiment qu'une décision précipitée ferait courir un trop grand danger à EDF, qui doit déjà faire face à de lourds investissements dans le parc nucléaire français et à la chute des prix de l'électricité.

"D'évidence, (un report) serait la solution la plus confortable sur le plan technique et intellectuel", a reconnu Emmanuel Macron lors d'une audition à l'Assemblée nationale.

"Le problème, c'est que nous avons un client (...) et donc que nous avons une discussion avec le gouvernement britannique. Ce que nous devons apprécier - c'est tout le travail des prochaines semaines -, c'est qu'un report prend le risque fort de nous faire perdre le contrat", a-t-il toutefois ajouté.

"Le travail qui est le nôtre (...), c'est de réduire les risques, de les contenir, d'avoir des mécanismes de garanties pour éviter que les incertitudes résiduelles ne pèsent de manière excessive sur l'entreprise."

Emmanuel Macron a en outre confirmé que l'Etat français - 84,9% du capital d'EDF - recapitaliserait le groupe si nécessaire, même si une telle opération ne sera "en rien automatique", et qu'il pourrait de nouveau renoncer à percevoir ses dividendes en cash.

EDF DOIT REVOIR "SA DYNAMIQUE SALARIALE"

Globalement, le ministre juge que la clarification de la stratégie d'EDF reposera sur des efforts partagés.

"Le compromis sur lequel nous avons vécu - Etat, consommateurs, salariés - n'est plus possible, c'était un compromis court-termiste qui (...) sacrifiait l'entreprise à terme", a-t-il dit, estimant notamment que l'Etat s'était octroyé "des dividendes trop élevés" au cours des dix dernières années.

"L'augmentation sans fin des tarifs n'est pas la solution pour, de manière pérenne, traiter les problèmes de l'entreprise", a en outre déclaré Emmanuel Macron, qui demande à EDF de revoir "sa dynamique salariale" pour la rendre "plus cohérente avec la productivité" des salariés, sans pour autant toucher "à ce stade" à leur statut.

Emmanuel Macron a aussi souligné que le chiffre d'affaires d'EDF exposé aux prix de marché était passé de 20% en 2014 à plus de 60% aujourd'hui et que le groupe avait bâti son plan à moyen terme sur une hypothèse de prix de 37 euros par mégawatt/heure (MWh), à comparer avec un niveau de 26 euros aujourd'hui.

Le ministre a également déclaré que le système de prix garantis prévu pour Hinkley Point constituait un cadre intéressant sur lequel la France travaillera dans le cadre de ses nouveaux projet de centrales nucléaires. (Benjamin Mallet et Geert De Clercq, édité par Matthieu Protard)

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