20 mars 2016 / 13:43 / il y a 2 ans

Départ du patron de Telecom Italia, Vivendi resserre son emprise -sources

* L‘administrateur délégué Marco Patuano démissionne-sources

* L‘information devrait être confirmée en début de semaine

* Son départ témoigne de l‘influence croissante de Vivendi

* Flavio Cattaneo favori pour lui succéder

par Agnieszka Flak et Danilo Masoni

MILAN, 20 mars (Reuters) - L‘administrateur délégué de Telecom Italia, Marco Patuano, a remis sa lettre de démission après des semaines de spéculations sur son avenir au sein de l‘opérateur télécoms italien, a-t-on appris samedi auprès de quatre sources proches de la situation.

Cette démission intervient alors Vivendi resserre son emprise sur le groupe qui a fait état jeudi d‘une perte nette consolidée de 72 millions d‘euros en 2015.

Vivendi a récemment porté sa participation dans Telecom Italia à 24,9%, juste en dessous du seuil des 25% qui l‘obligerait à lancer une offre publique d‘achat.

La démission de Marco Patuano sera formalisée dans les prochains jours, a dit une cinquième source.

Marco Patuano, âgé de 51 ans et dont le mandat courait jusqu‘à avril 2017, n‘a pu être joint durant le week-end pour commenter cette information.

Ses relations avec Vivendi étaient tendues depuis que le groupe de médias français était entré au capital de l‘ex-monopole en juin dernier avec une participation de 8%.

Vivendi avait reçu cette participation dans le cadre de la vente de sa filiale brésilienne GVT à l‘espagnol Telefonica , à l‘époque premier actionnaire de Telecom Italia.

Le groupe de Vincent Bolloré, loin d‘être un actionnaire passif, a depuis triplé sa part, obtenu quatre sièges au conseil d‘administration et mis la pression sur Patuano pour qu‘il réduise les coûts en Italie et décide une fois pour toutes du sort des actifs de Telecom Italia au Brésil.

Selon des sources, Vivendi est favorable à la vente de TIM Participações, le deuxième opérateur de téléphonie mobile au Brésil, alors que Marco Patuano tient la filiale pour un actif stratégique dont il n‘est pas question de se défaire.

Vivendi s‘est refusé à tout commentaire samedi.

Selon d‘autres sources, qui s‘exprimaient sous le sceau de l‘anonymat, Flavio Cattaneo, qui dirige actuellement le groupe ferroviaire italien NTV et est par ailleurs administrateur de Telecom Italia, est favori pour succéder à Marco Patuano.

CATTANEO “HEUREUX LÀ OÙ IL EST”

Flavio Cattaneo, ex-patron de la Rai, la télévision d‘Etat, et de l‘opérateur du réseau gazier Terna, siège aussi au conseil d‘administration de l‘assureur Generali, où Vincent Bolloré est également influent.

Cattaneo n‘a pu être joint dans l‘immédiat mais une source de son entourage a assuré qu‘il n‘avait pas reçu de proposition de Telecom Italia et qu‘il était “heureux là où il est”.

Les autres administrateurs de Telecom Italia resteront en place et le président Giuseppe Recchi assurera l‘intérim de la direction opérationnelle jusqu‘à la nomination du successeur de Patuano, ont dit des sources. L‘administrateur délégué sortant touchera une indemnité de départ d‘environ sept millions d‘euros, a précisé l‘une d‘elles.

Marco Patuano, qui a débuté sa carrière à Telecom Italia en 1990 avant d‘en gravir les échelons jusqu‘à sa nomination à la tête du groupe fin 2013, a fortement investi dans les réseaux mobiles pour rattraper le retard de l‘Italie en matière d‘internet et de haut débit.

Il n‘a pas hésité à céder des actifs pour réduire l‘endettement de Telecom Italia, actuellement de quelque 27 milliards d‘euros, et a conclu des accords avec des fournisseurs de contenus pour dégager de nouvelles sources de revenus.

Mais Vivendi juge que les choses n‘avancent pas assez rapidement et les divergences au sujet de la stratégie au Brésil ont encore dégradé les relations entre l‘administrateur délégué et son principal actionnaire, selon des observateurs.

Le mois dernier, Telecom Italia a rejeté une proposition de fusion entre TIM et son concurrent local Oi. Selon une des sources, cette décision pourrait précipiter la vente de la filiale brésilienne de Telecom Italia.

“Patuano et les Français avaient des vues divergentes sur le Brésil. Je m‘attends à présent à ce que les choses accélèrent sur ce front”, a déclaré Tommaso Iaquinta, l‘un des fondateurs de la petite banque d‘investissement Livolsi-Iaquinta & Partners.

A la Bourse de Milan, l‘action Telecom Italia a grimpé d‘environ 20% sur les quatre dernières semaines, les investisseurs voulant croire que la pression exercée par Vivendi finira par entraîner des changements en profondeur au sein du groupe, voire un rapprochement avec un autre opérateur ou fournisseur de contenus.

Le PDG d‘Orange, Stéphane Richard, a déclaré le 8 mars qu‘il pourrait réfléchir à l‘opportunité d‘un rapprochement avec Telecom Italia si Vincent Bolloré lui en faisait la proposition mais il a ajouté qu‘à son avis ce n‘était pas l‘intention du président du conseil de surveillance de Vivendi.

Vivendi, propriétaire en France de Canal+, discute par ailleurs du rachat de Mediaset Premium, la filiale de télévision payante de Mediaset, selon des sources. (Véronique Tison et Nicolas Delame pour le service français)

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