7 mars 2016 / 17:38 / dans 2 ans

RPT-La fusion LSE-D.Börse, dernier projet majeur du secteur

(Répétition titre)

* Les grands acteurs face à des problèmes de concurrence

* La fusion créerait une “bande des quatre” dominante

* Un défi stratégique pour les acteurs petits et moyens

par Huw Jones

LONDRES, 7 mars (Reuters) - Le projet de fusion entre le London Stock Exchange et Deutsche Börse, s‘il est mené à son terme, pourrait bien être le dernier d‘une longue liste de fusions entre entreprises de marché, la poursuite de la consolidation risquant désormais de se heurter à la nécessité de préserver la concurrence.

Les deux entreprises vont chercher à surmonter les obstacles réglementaires sur lesquels avait buté la tentative de rapprochement entre Deutsche Börse et NYSE Euronext, il y a quatre ans, une opération avortée en raison du quasi-monopole que l‘entité fusionnée aurait eu, en Europe, sur les dérivés négociés sur un marché réglementé.

Une fusion LSE-Deutsche Börse créerait un quatrième acteur dominant dans le secteur aux côtés de ICE et du CME aux Etats-Unis ainsi que du Hong Kong Exchanges & Clearing en Asie .

“Les très grands acteurs sont déjà confrontés au risque de se retrouver devant des problèmes de concurrence où qu‘ils aillent”, a dit Patrick Young dont l‘activité de conseil auprès d‘entreprises de marché remonte à l‘époque de la première tentative de fusion entre le LSE et la Deutsche Börse au début des années 2000.

PROIES PLUS PETITES

Les possibilités de fusions majeures intra-européennes ou transatlantiques se raréfiant, les Bourses occidentales qui espèrent encore grossir vont devoir se tourner vers des proies plus petites.

“Il n‘y a plus d‘acteur majeur à acheter. Ne reste qu‘une palette de méga-Bourses qui achèteront des acteurs spécialisés, de taille moyenne”, a dit Brian Taylor de BTA Consulting, un cabinet de consultants spécialisés sur les entreprises de marché.

Si le projet de fusion LSE-Deutsche Börse va à son terme, les acteurs européens de plus petite taille se retrouveront sous le feu des projecteurs qu‘il s‘agisse d‘Euronext ou de l‘espagnol BME.

“Toutes ces plateformes de marché de taille intermédiaire vont être soumises à une concurrence accrue et elles seront contraintes de trouver une solution”, a dit Christian Voigt, conseiller pour les affaires réglementaires chez Fidessa, qui développe des plateformes de transactions.

Un source proche d‘Euronext, séparé du NYSE en 2014, a dit que l‘entreprise, qui réfléchissait jusqu‘à présent à une stratégie de développement isolée, n‘excluait désormais aucune option pour accélérer sa croissance tout en souhaitant rester indépendante.

Euronext et BME n‘ont pas souhaité faire de commentaire.

“Je pense que cela devrait être la dernière des mégafusions et cela pose une question intéressante pour le Nasdaq. Ont-ils besoin de faire une opération, quel est leur objectif ?”, a dit Rich Daniels, analyste de TABB Group.

Un porte-parole du Nasdaq s‘est refusé à tout commentaire.

Jusqu‘au récent ralentissement de l‘économie chinoise, l‘Asie apparaissait comme la terre promise pour des Bourses occidentales en mal de relais de croissance et désireuses de se transformer en plateformes véritablement mondiales.

Les interférences politiques rendent les fusions régionales, sans parler de rapprochements internationaux, plus difficiles en Asie, a dit Brian Taylor.

En 2011, les autorités australiennes ont ainsi interdit à la Bourse de Singapour de racheter celle de Sydney pour éviter l‘implication d‘un pays étranger dans les affaires financières nationales.

Pour les spécialistes du secteur, une prise de contrôle de Bourses occidentales par des concurrentes asiatiques est plus probable que l‘inverse.

Hong Kong Exchanges & Clearing a ainsi racheté le London Metal Exchange pour tirer partie de la forte demande de la Chine en matières premières.

SGX, l‘opérateur de la Bourse de Singapour, figure parmi les candidats au rachat du Baltic Exchange, la Bourse londonienne du fret maritime.

“Je ne pense pas qu‘il y ait un pays asiatique prêt à un contrôle étranger (de son opérateur de marché)”, a dit Rich Daniels. “Je ne pense que le moment soit venu politiquement pour que l‘Asie fasse partie d‘un mouvement de consolidation véritablement mondial.”

Entre les obstacles concurrentiels en Europe et le protectionnisme asiatique, il n‘y a guère de place pour de grandes opérations stratégiques, tout au plus des rapprochements tactiques, estime-t-il.

COMPENSATION ET POSSIBLE “BREXIT”

L‘opération entre le LSE et Deutsche Börse n‘a pas encore été soumise aux autorités réglementaires mais il est un domaine où elle risque de soulever des difficultés concurrentielles.

LCH.Clearnet, la chambre de compensation du LSE, et Eurex Clearing, celle de Deutsche Börse, dominent le marché de la compensation des dérivés en Europe.

Les spécialistes du secteur estiment que le LSE pourrait céder la composante française de ses activités de compensation pour apaiser les craintes des régulateurs et amadouer les autorités françaises, soucieuses d l‘avenir de la place financière de Paris.

Parmi les réformes adoptées après la crise financière de 2008-2009, figure l‘obligation de faire enregistrer par une chambre de compensation l‘essentiel des quelques 550.000 milliards de dollars de transactions réalisées dans le monde sur les produits dérivés afin de garantir leur bonne exécution même si l‘une des parties faisait défaut.

A compter du mois de juin, la compensation, une activité lucrative, sera obligatoire pour les swaps de taux d‘intérêt au sein de l‘Union européenne.

“Un rapprochement DB-LSE créerait un acteur majeur dans la compensation en Europe, ce qui rendrait plus difficile le développement des activités de swaps et de futures en Europe pour ICE et le CME”, estime Benn Steil, chercheur au cercle de réflexion Council on Foreign Relations.

Mais d‘autres facteurs devraient intervenir dans la réponse des concurrents du LSE et de Deutsche Börse à leur projet de fusion, en particulier l‘éventualité d‘une sortie du Royaume-Uni de l‘Union européenne.

Les entreprises de marché qui entendent bénéficier du projet de l‘UE de constitution d‘un vaste marché européen des capitaux unifié devront être présentes au sein de l‘UE.

LSE et Deutsche Börse ont certes souligné que leur projet les mettait à l‘abri d‘un éventuel “Brexit” mais d‘autres acteurs comme ICE, le CME, Bats ou Chi-X, dont le siège est installé à la City, première place financière européenne, pourraient devoir se poser la question de leur localisation en cas de “Brexit”.

avec Noor Hussain à Bangalore, John McCrank à New York, Alexandre Boksenbaum-Granier à Paris, Jonathan Gould à Frankfurt et Jesus Aguado à Madrid; Marc Joanny pour le service fançais, édité par Patrick Vignal

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