25 septembre 2015 / 15:01 / il y a 2 ans

AVANT-PAPIER-Les Catalans restent calmes et pragmatiques avant les élections

par Julien Toyer

OLOT, Espagne, 25 septembre (Reuters) - En l‘espace de 40 ans, Xavier Espuna a transformé sa petite affaire de charcuterie du nord-est de l‘Espagne en société internationale prospère qui exporte ses produits aussi bien au Japon qu‘en Argentine.

Comme beaucoup d‘autres Catalans, il se sent aspiré par le mouvement nationaliste qui vise à séparer sa région du reste de l‘Espagne sans pour autant se préoccuper des conséquences qu‘un tel événement pourrait avoir sur son entreprise. Et ce pour une raison simple: il ne croit pas que l‘indépendance arrivera de sitôt.

“Ma préoccupation, c‘est de faire du bon jambon, la politique n‘est pas ma priorité”, déclare-t-il, alors que les Catalans se présentent aux urnes dimanche pour élire un nouveau Parlement.

Les formations séparatistes devraient obtenir la majorité des sièges et ils ont prévenu qu‘ils déclareraient unilatéralement l‘indépendance dans les 18 mois s‘ils remportent les élections, dont les résultats seront connus à 20h00. (voir )

L‘indépendance formelle de la Catalogne reste toutefois bien théorique dans l‘esprit de nombreux Catalans, montrent les études d‘opinion. Seuls 20% des électeurs pensent que le mouvement séparatiste obtiendra gain de cause, selon un sondage publié par le quotidien barcelonais La Vanguardia.

Une autre étude, publiée par le Centre d‘Estudis d‘Opinio, un institut appuyé par le gouvernement régional, montre que le sujet n‘est que la quatrième préoccupation des Catalans, derrière le chômage, le mécontentement politique et la situation économique.

“Je ne pense pas que les élections auront un quelconque impact sur l‘économie”, dit Xavier Espuna.

NATION CATALANE

Ces discours tempérés montrent qu‘en dépit des déclarations des responsables politiques, les électeurs catalans pensent que l‘aspiration indépendantiste, ravivé depuis 2012, est davantage un instrument destiné à obtenir davantage de concessions de la part du pouvoir central qu‘un objectif à atteindre à tout prix.

Le chef de l‘exécutif catalan, Artur Mas, a déclaré cette semaine que la sécession reste un but, en dépit de l‘opposition farouche du président du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, qui propose plutôt un dialogue économique et politique approfondi avec la région.

“Si nous obtenons un mandat démocratique clair et précis le 27 septembre, les choses changeront parce qu‘en fin de compte l‘indépendance dépend de notre seule volonté”, a déclaré Mas dans une interview accordée à Reuters. (voir )

Des discussions sur la mise en place d‘un nouveau régime fiscal plus favorable pour la Catalogne doivent démarrer après les élections générales prévues en décembre. Il est également question d‘accroître la participation du gouvernement dans les grands projets d‘infrastructure régionaux.

Le résultat des élections générales de décembre pourrait également se traduire par une révision constitutionnelle reconnaissant à la Catalogne le statut de nation au sein du royaume espagnol.

“Les gens disent qu‘ils veulent que les choses changent en Catalogne, mais en même temps, ils ne veulent pas de l‘indépendance ni ne pensent même qu‘il est possible de l‘obtenir”, déclare Josep Borrell, un ancien ministre socialiste qui a occupé la fonction de président du Parlement européen.

“Ils veulent juste être dans une meilleure position pour négocier avec le gouvernement central.”

SORTIE DE L‘EURO ?

Les conséquences économiques d‘une sécession sont floues et amplement débattues.

Le gouverneur de la Banque d‘Espagne a prévenu lundi que l‘indépendance de la Catalogne entraînerait sa sortie automatique de la zone euro et celle, probable, de l‘Union européenne.

Pour les séparatistes, la Catalogne, qui pèse 1/5e du PIB espagnol et attire des millions de touristes chaque année, serait plus compétitive si elle devenait indépendante.

Ses recettes fiscales, dont une partie est redistribuée par Madrid vers des régions plus pauvres par le pouvoir central, augmenteraient de 12 milliards d‘euros en cas de sécession, disent les indépendantistes.

Mais selon l‘ancien ministre des Affaires étrangères José Manuel Garcia-Margallo, près de 700.000 emplois seraient détruits en cas d‘indépendance et le taux de chômage s‘envolerait pour atteindre 37%.

Le déroulement des discussions l‘an prochain entre Madrid et la Catalogne dépendra de la volonté de négocier qu‘afficheront les responsables politiques catalans. Mais leur teneur dépendra également du résultat des élections générales de décembre qui risquent de déboucher sur la formation d‘une coalition fragile.

Selon les sondages, deux voire trois partis devront s‘allier pour former un gouvernement.

“La question qui est posée est celle de savoir si l‘Etat sera en mesure de discuter des réformes susceptibles de refaire de l‘Espagne un pays attractif”, dit Lluis Orriols, enseignant à l‘Université Carlos III à Madrid. (Nicolas Delame pour le service français)

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