November 24, 2011 / 1:18 PM / 8 years ago

LEAD 1-Fitch déclasse le Portugal en catégorie spéculative

* Fitch cite d’importants déséquilibres budgétaires

* Les sociétés publiques facteurs de risque

* S&P seule agence à ne pas noter le Portugal en spéculatif

par Axel Bugge

LISBONNE, 24 novembre (Reuters) - L’agence de notation financière Fitch a placé jeudi la note de crédit du Portugal en catégorie spéculative, mettant en avant un endettement élevé et des déséquilibres budgétaires importants, le jour où une grève générale était organisée dans le pays pour protester contre la cure d’austérité infligée en échange de l’aide internationale.

La note est ramenée de BBB- à BB+ avec perspective négative. Ce nouveau “rating” reste un cran plus élevé que le Ba2 attribué par l’agence américaine Moody’s. Standard & Poor’s est désormais la seule des trois grandes agences mondiales à noter le Portugal en catégorie “investissement”.

Fitch, qui estime que le Portugal sera en contraction économique de 3% en 2012, observe que d’importants déséquilibres budgétaires et une dette élevée font que la note souveraine du pays n’est plus compatible avec la catégorie investissement.

Fitch souligne que l’aggravation de la récession rend la tâche de réduction du déficit budgétaire “beaucoup plus difficile” pour le gouvernement. L’agence estime toutefois que les objectifs budgétaires pourront être atteints à la fois cette année et l’an prochain.

“Toutefois, le risque de retard, soit par détérioration de la situation macroéconomique, soit par un contrôle insuffisant des dépenses, est important”, estime Fitch.

Après la décision de Fitch, le rendement de l’emprunt portugais à dix ans est monté pour atteindre 13,15%, contre 12,71% mercredi soir, tandis qu’augmentait la prime exigée par les investisseurs pour détenir de la dette d’Etat portugaise plutôt que du papier obligataire allemand de référence. Cet écart de rendement (spread) a augmenté de 21 points de base, à 1.095 points.

Ce nouveau déclassement est intervenu alors que les syndicats portugais entamaient jeudi une grève générale, la première en un an, pour protester contre l’austérité imposée par le gouvernement en échange de l’aide financière de l’Union européenne et du Fonds monétaire international. (voir )

Le Portugal est désormais confronté à sa plus grave récession depuis le retour de la démocratie en 1974. Dans ses projections, le gouvernement prévoit une contraction du produit intérieur brut (PIB) de 2,8% en 2012, après un recul de 1,9% cette année.

DE NOUVELLES MESURES D’AUSTÉRITÉ ?

Le Portugal est le troisième pays de la zone euro à avoir bénéficié d’un renflouement international, après la Grèce et l’Irlande. Selon ce plan de 78 milliards d’euros élaboré par la “troïka” des bailleurs de fonds internationaux - UE, FMI, Banque centrale européenne - le Portugal doit ramener son déficit budgétaire à 5,9% du PIB cette année, contre environ 10% en 2010, puis à 4,5% du PIB en 2012.

Afin de diminuer le déficit budgétaire et l’endettement, le gouvernement a ordonné la réduction des primes de fin d’année, la suppression des primes de congés et de fin d’année 2012 pour les fonctionnaires, la baisse des dépenses dans tout le secteur public, des hôpitaux à la télévision, et l’allongement de la durée de travail d’une demi-heure par jour.

Dans son communiqué, Fitch estime que le secteur des entreprises publiques est aussi “une source importante de risque” pour le budget et qu’il a été la cause d’un certain nombre de révisions à la hausse des chiffres de la dette et du déficit budgétaire cette année.

Le gouvernement a parlé d’un trou de trois milliards d’euros supplémentaire cette année.

“Compte tenu de ces risques, Fitch estime qu’il y a une probabilité importante que de nouvelles mesures d’assainissement soient nécessaires au cours de l’année 2012”, ajoute Fitch.

L’agence voit la dette du Portugal monter à 116% du PIB en 2013. Elle en représentait 93,3% fin 2010.

Filipe Garcia, économiste chez Informacao de Mercados Financeiros, estime que la baisse de la note souveraine ne modifie pas les conditions de financement de l’Etat parce que le pays est sous sauvetage. Il souligne toutefois que cela pourrait entraîner des difficultés pour certaines sociétés.

Il explique que la note des banques ou de la compagnie d’électricité EDP sont très influencées par la note de la dette souveraine.

Fitch n’exclut pas de nouveaux abaissements de note.

“En outre, bien que le Portugal soit financé jusqu’à la fin 2013, le risque souverain de liquidité pourrait augmenter de façon notable vers la fin du programme si des conditions de marché défavorables persistaient”, estime-t-elle.

* Le communiqué de Fitch (en anglais): (Jean-Stéphane Brosse et Danielle Rouquié pour le service français, édité par Dominique Rodriguez)

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