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Sociétés

PORTRAIT-Mariani, le pari manqué du redressement de Dexia

PARIS/BRUXELLES, 10 octobre (Reuters) - Pierre Mariani, propulsé à la tête de Dexia en 2008 après un premier sauvetage de la banque franco-belge, ne sera finalement pas parvenu à redresser l’ancien numéro un mondial du financement des collectivités locales piégé par la crise de la dette en zone euro.

Acculé, le conseil d’administration de Dexia a été contraint lundi d’acter son démantèlement au terme d’une réunion marathon de près de douze heures. (voir )

Lors de la conférence de presse qui a suivi, Pierre Mariani a tenu à défendre son bilan à la tête du groupe, en rappelant qu’il avait hérité d’un lourd passif.

“J’ai dit que je n’étais pas du genre à fuir mes responsabilités dans des périodes difficiles. Je les assume”, a-t-il répondu à une question sur son avenir à la tête de Dexia, avant de préciser qu’il revenait au conseil d’administration de prendre la décision.

Ancien directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy lorsque celui-ci fut ministre du Budget de 1993 à 1995, Pierre Mariani n’a pourtant pas ménagé ses efforts depuis 2008 en endossant la tenue de pompier pour éteindre l’incendie Dexia et mener une restructuration à marche forcée.

“Mariani est quelqu’un de très rapide”, explique un banquier parisien proche de Dexia, sous couvert d’anonymat.

“Professionnellement, c’est quelqu’un d’assez efficace et qui connaît très bien ses sujets”, se souvient une ancienne collaboratrice qui n’a pas souhaité être nommée. “Humainement, par contre, ce n’est pas toujours évident. Il est assez dur avec ses équipes.”

Pourtant, certains se demandent aujourd’hui s’il n’a pas justement trop tardé à restructurer Dexia en restant trop longtemps dans une posture de gestion de crise, même s’il n’est pas forcément tenu pour responsable de la situation actuelle.

“Monsieur Mariani est un sapeur-pompier”, souligne ainsi Michel de Herde, chargé du budget de Schaerbeek, une commune de Bruxelles et actionnaire de Dexia. “Il a bataillé dur mais il n’est pas parvenu à sortir des flammes.”

D’autres lui reprochent un style autoritaire ayant conduit au départ de plusieurs hauts responsables de la banque, comme celui de Stefaan Decraene, le président du comité de direction de Dexia Banque Belgique, le mois dernier.

ÂPRES NÉGOCIATIONS AVEC BRUXELLES

En 2010, après des mois d’âpres négociations avec la Commission européenne, il n’échappe pas à la cure d’amaigrissement à l’international imposée par Bruxelles en contrepartie des aides reçues pendant la crise financière. Mais si Dexia s’engage à céder certaines filiales à l’étranger, elle sauve sa filiale turque Denizbank considérée comme sa “pépite”.

Pierre Mariani reconnaîtra un peu plus tard que la partie était pourtant loin d’être gagnée.

Fort du redressement des comptes dès 2009, l’administrateur délégué de Dexia s’oppose par la suite à toute scission de la banque franco-belge même si on lui attribue en coulisse l’origine de rumeurs de rapprochement avec d’autres établissements bancaires, comme fin 2008 avec La Banque postale, avec laquelle Dexia a passé un accord de financement.

Toutefois, la crise de la dette dans la zone euro ne cesse de s’aggraver. La direction de Dexia n’a d’autre choix que d’accélérer au printemps dernier les cessions dans son portefeuille d’actifs toxiques. Mais rien n’y fait. Avec la crise et les tensions sur le marché interbancaire, Dexia voit sa situation de liquidité se détériorer, la conduisant dans une impasse.

RUMEURS DE DÉPART

Pierre Mariani, qui s’était attelé à réduire la taille du bilan de Dexia, avait pourtant essayé en 2010 de convaincre les marchés de la capacité de la banque à rester au prix d’un recentrage radical de ses activités dans la banque de détail.

Mais les analystes ont eu aussi plusieurs occasions de s’interroger sur sa volonté réelle de rester aux commandes.

En 2010, la presse se faisait ainsi l’écho de rumeurs selon lesquelles Pierre Mariani aurait pu remplacer Claude Guéant au poste de secrétaire général de l’Elysée.

La rumeur le donnait aussi possible successeur de Baudouin Prot comme directeur général de BNP Paribas à la place du dauphin tout désigné Jean-Laurent Bonnafé.

Né en 1957 à Rabat, au Maroc, Pierre Mariani connaît bien la maison BNP dont il dirigea la banque de détail à l’étranger avant de passer chez Dexia.

Diplômé de HEC, énarque et inspecteur des finances, il avait rejoint la banque de la rue d’Antin en 1996 après un début de carrière dans la haute administration. Il avait alors joué un rôle de premier plan dans le rachat de l’italienne BNL, le premier grand réseau étranger acquis par BNP Paribas en 2006.

Mais il a dû s’effacer ensuite devant Jean-Laurent Bonnafé, alors patron du réseau France qui, après avoir assuré avec succès l’intégration de la BNL, a été promu directeur général délégué du groupe.

Voir aussi :

* Le PORTRAIT de Jean-Luc Dehaene

* Bruxelles, Paris et Luxembourg lancent le démantèlement de Dexia

* ENCADRE-Le plan de démantèlement de Dexia

* CHRONOLOGIE-Trois ans après son sauvetage, Dexia acculé au démantèlement (Avec Julien Ponthus et Gwénaëlle Barzic, édité par Dominique Rodriguez)

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