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Sociétés

POINT HEBDO-Les marchés fêtent Noël un peu trop tôt

* L’espoir d’un vaccin provoque un moment d’euphorie

* Les indices boursiers montent au plafond puis retombent

* La crise sanitaire est loin d’être terminée

* Les perspectives économiques restent incertaines

* Les banques centrales devraient demeurer accommodantes

par Patrick Vignal

PARIS, 13 novembre (Reuters) - La confirmation de la victoire de Joe Biden à l’élection présidentielle américaine et une avancée significative vers un vaccin contre le coronavirus ont conduit les marchés financiers à sauter en l’air comme si c’était déja Noël avant de redescendre sur terre.

La hausse spectaculaire des indices boursiers, avec un mouvement de rotation au profit des titres décotés de qualité (“value”) et au détriment des valeurs de croissance, a finalement cédé la place à des prises de bénéfices certes limitées mais qui témoignent de la persistance des incertitudes.

“Ces moments délicieux au milieu d’une réalité difficile, durant lesquels on croit percevoir un brusque retour à la normale, sont souvent fugitifs”, prévient Hervé Goulletquer, stratégiste de la Banque Postale Asset Management (LBPAM).

Les résultats encourageants annoncés lundi par Pfizer pour le candidat vaccin qu’il développe avec l’allemand BioNTech ne signifient pas en effet la victoire contre le virus et si le succès de Joe Biden se confirme, rien ne garantit que les démocrates prendront le contrôle du Sénat.

Pour les marchés, la perspective d’un Congrès toujours divisé a du bon puisqu’elle pourrait retarder la hausse de la fiscalité et le durcissement de la réglementation mais elle porte également la menace d’un soutien budgétaire à l’économie américaine reporté dans le temps et limité dans son ampleur.

Le COVID-19, lui, continue de se propager à grande vitesse aux Etats-Unis et en Europe, entraînant de nouvelles restrictions qui contrarient le scénario d’une reprise économique rapide et linéaire.

Dans ce contexte, les investisseurs doivent encore choisir entre constater que le verre reste à moitié vide et se projeter au-delà des difficultés actuelles, dans un avenir où le virus aurait été vaincu.

LA BCE PRÊTE À EN FAIRE DAVANTAGE

Comme toujours en période de doute, les regards des marchés se tournent vers les banques centrales, qui envoient des signaux contrastés.

Si la Banque centrale européenne (BCE) a clairement fait savoir qu’elle agirait en décembre en recalibrant les instruments à sa disposition, la Réserve fédérale a souligné pour sa part les incertitudes pesant sur le court terme et a prévenu, par la voix de son président, Jerome Powell, que les prochains mois pourraient être difficiles.

Pour Amundi, il ne fait aucun doute cependant que le soutien monétaire et budgétaire restera massif.

Le numéro un européen de la gestion d’actifs va même plus loin en annonçant le règne de la théorie monétaire moderne (Modern Monetary Theory/MMT), selon laquelle les déficits publics peuvent être compensés de manière permanente par de la création monétaire.

La société de gestion annonce en outre une “grande rotation” vers les valeurs cycliques, délaissées depuis le début de la crise sanitaire.

Là encore, tout le monde n’est pas d’accord puisque BlackRock estime au contraire que la persistance de taux bas et une recherche accrue de rendement devraient favoriser les valeurs de croissance.

DES CROISSANCES DIVERGENTES

La hausse des actions s’est accompagnée d’une remontée spectaculaire des rendements des emprunts d’Etat à échéance longue, un phénomène particulièrement net aux Etats-Unis.

“Les taux courts vont rester bas mais les taux longs pourraient remonter, ce qui entraînerait une pentification de la courbe qui serait bénéfique, notamment pour le secteur bancaire, à la condition que cette pentification ne soit pas trop violente”, dit à Reuters Nicolas Forest, directeur de la gestion obligataire chez Candriam.

“Une courbe trop plate n’est jamais une bonne nouvelle et porte souvent le signal d’une entrée en récession”, ajoute-t-il.

La suite des événements dépendra très largement de l’évolution de la situation sur le front sanitaire et des développements en matière de recherche médicale, ajoute-t-il.

L’un des effets de la crise du coronavirus est d’avoir entraîné des divergences de croissance entre les régions qui devraient se prolonger, souligne pour sa part Esty Dwek, responsable des stratégies de marché de Natixis IM Solutions.

L’économie chinoise a ainsi le vent le poupe, le pays étant sorti le premier d’une crise dont il a été le berceau, et l’économie américaine résiste à l’augmentation du nombre de cas de contamination, souligne-t-elle.

L’Europe, qui a dû prendre de nouvelles mesures pesant sur l’activité et les déplacements en raison de la hausse du nombre d’hospitalisations, paraît en revanche se diriger vers une récession en “double creux” (double dip), selon Esty Dwek.

“Dans l’ensemble, nous restons constructifs par rapport aux actifs risqués, même si nous anticipons une certaine volatilité sur les marchés en raison des incertitudes concernant l’ampleur et le timing des mesures de relance et des craintes persistantes liées au virus”, explique la stratège de Natixis IM.

édité par Blandine Hénault

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