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Économie

Veolia met la pression sur Suez avec un calendrier d'OPA accéléré

PARIS (Reuters) - Veolia s’est engagé mardi à déposer une offre d’achat sur l’ensemble du capital de Suez qu’il ne détient pas encore dès que le conseil d’administration de sa cible aura donné son aval à ce projet et aura désactivé le dispositif empêchant la cession de l’activité Eau en France de Suez.

Veolia s'est engagé mardi à déposer une offre d'achat sur l'ensemble du capital de Suez qu'il ne détient pas encore dès que le conseil d'administration de sa cible aura donné son aval à ce projet et aura désactivé le dispositif empêchant la cession de l'activité Eau en France de Suez. /Photo prise le 28 septembre 2020/REUTERS/Stéphane Mahé

Alors que Veolia envisageait précédemment de déposer son offre au plus tard lors de l’obtention des autorisations réglementaires nécessaires, soit dans un délai de 12 à 18 mois, ce nouvel engagement pris par le numéro un mondial du traitement de l’eau et des déchets met un peu plus la pression sur le conseil d’administration de sa cible, qui rejette fermement ses avances et toute forme de dialogue.

Le prix de l’OPA, maintenu à 18 euros par action (coupon attaché) et toujours ajustable pour le solde du capital, serait identique à celui payé par Veolia à Engie début octobre pour acquérir 29,9% des titres Suez et devenir ainsi le premier actionnaire de sa cible, première étape d’un projet de prise de contrôle globale.

“Nous avons la conviction que nous parviendrons à convaincre le conseil d’administration de Suez, dans sa forme actuelle ou, à défaut, après une assemblée générale, de la pertinence de notre projet”, a dit le PDG de Veolia, Antoine Frérot, cité dans un communiqué.

“En résumé : le seul obstacle qui empêche l’ensemble des actionnaires de Suez de profiter d’une offre publique d’acquisition à 18 euros par action, c’est l’opposition du conseil d’administration de Suez dans sa composition actuelle”, a-t-il ajouté.

Le PDG est allé plus loin, lors d’une conférence de presse à distance, en laissant entendre que Veolia pourrait présenter une offre sans l’aval de sa cible et ainsi revenir de fait sur un engagement pris - notamment auprès du gouvernement - lors du rachat de la quasi-totalité de la participation d’Engie.

“Puisque le conseil de Suez ne veut même pas décrocher son téléphone pour écouter mon projet, je vais le présenter directement aux actionnaires de Suez. Cela signifie, de manière simple, que l’OPA se fera, quoi qu’il arrive et au plus tard après la prochaine assemblée générale”, a-t-il dit.

“RIEN N’ARRÊTE UN TRAIN LANCÉ”

“Notre train est lancé et rien n’arrête un train lancé”, a ajouté Antoine Frérot, précisant toutefois qu’il comptait sur les autres actionnaires de Suez pour faire “pression” sur la direction du groupe et qu’il n’imaginait pas ne pas obtenir leur soutien et in fine celui du conseil d’administration - potentiellement remanié - de sa cible.

Le directeur général de Suez, Bertrand Camus, a redit fin octobre son opposition au projet de Veolia en faisant notamment valoir que ce dernier ne proposait pas “d’offre précise, structurée (et) engageante pour l’ensemble (des) actionnaires” de Suez et n’avait toujours pas démontré la pertinence de son projet industriel.

Suez a aussi indiqué qu’il entretenait “un dialogue actionnarial” au sujet du dispositif controversé mis en place en septembre pour protéger son activité Eau France, qui repose sur une fondation de droit néerlandais et a pour effet de compliquer la réalisation du projet de Veolia, ce dernier ayant l’intention de céder les activités concernées au fonds Meridiam pour éviter tout problème de concurrence.

Suez ayant fait savoir qu’il comptait maintenir ce dispositif “le temps nécessaire, et jusqu’en septembre 2024 au plus tard, dans le but de protéger les intérêts de ses actionnaires, salariés, clients et ses autres parties prenantes”, Veolia a annoncé mardi qu’il comptait obtenir l’annulation de la fondation en justice.

Alors que Suez prévoit de nouvelles cessions, Veolia veut aussi que la direction de sa cible s’engage à “gérer le groupe Suez SA dans le cours ordinaire des affaires, sans cession d’actifs autres que ceux nécessaires aux fins de l’obtention des autorisations réglementaires”.

La justice a par ailleurs ordonné le 9 octobre la suspension des effets de l’acquisition par Veolia de l’essentiel des actions Suez détenues par Engie, ainsi que de l’OPA prévue dans la foulée par le groupe de services aux collectivités sur son rival, tant que les comités sociaux et économiques (CSE) concernés n’auront pas été informés et consultés.

Veolia et Engie ont fait appel de cette décision et défendront leurs arguments lors d’une audience programmée jeudi.

A 11h24, le titre Suez gagnait 0,67% à 15,855 euros et celui de Veolia 2,11% à 16,95 euros, tandis que l’indice CAC 40 affichait une progression de 2,19%.

Avec Jean-Philippe Lefief, Bertrand Boucey, édité par Blandine Hénault et Jean-Michel Bélot

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