June 10, 2020 / 6:32 PM / 2 months ago

LEAD 2-La Fed promet de maintenir son soutien à une reprise qui s'annonce lente

* La Fed prévoit une contraction de 6,5% du PIB cette année

* Elle ne prévoit pas de hausse de tôt avant 2022 au plus tôt

* Elle s’engage à maintenir ses achats à $120 milliards par mois (Actualisé avec conférence de presse de Jerome Powell)

par Howard Schneider et Lindsay Dunsmuir

WASHINGTON, 10 juin (Reuters) - La Réserve fédérale américaine a promis mercredi de continuer à soutenir l’économie pendant plusieurs années après la crise provoquée par la pandémie de coronavirus, qui devrait se solder par une chute du produit intérieur brut (PIB) de 6,5% cette année et porter le taux de chômage à 9,3% en fin d’année.

Les premières prévisions économiques publiées par la banque centrale des Etats-Unis depuis six mois confirment ce que ses responsables laissaient entendre ces derniers mois, à savoir que les mesures prises depuis mars resteront pour une bonne part en vigueur pendant plusieurs années.

Selon ces projections, le taux de chômage devrait encore atteindre 6,5% fin 2021 et 5,5% fin 2022, soit deux points de pourcentage au-dessus de son niveau de fin 2019, un écart qui représente plusieurs millions de chômeurs.

“La crise sanitaire en cours va peser lourdement sur l’activité économique, l’emploi et l’inflation à court terme et crée des risques considérables pour les perspectives économiques à moyen terme”, explique la Fed dans son communiqué de politique monétaire.

Son président, Jerome Powell, a souligné lors d’une conférence de presse en ligne que “des millions de personnes” pourraient rester au chômage même une fois la reprise solidement engagée.

“Le travail de la Fed touche des communautés, des familles et des entreprises dans tout le pays”, a-t-il ajouté. “Nous sommes déterminés à utiliser tous les instruments à notre disposition (...) pour faire en sorte que la reprise soit aussi solide que possible.”

“C’est un long chemin. Il prendra du temps”, a-t-il souligné.

Pour la banque centrale, cette perspective justifie de maintenir l’objectif de taux des fonds fédéraux (“fed funds”), le principal instrument de sa politique monétaire, à son niveau actuel proche de zéro jusqu’en 2022 au moins.

LE DOLLAR AU PLUS BAS DEPUIS TROIS MOIS

Les responsables de la banque centrale ont aussi promis de maintenir les achats d’obligations sur les marchés au moins à leur niveau actuel, soit environ 80 milliards de dollars par mois pour les bons du Trésor et 40 milliards pour les prêts immobiliers titrisés.

Cet engagement montre que la Fed commence à dessiner une stratégie de long terme pour accompagner la reprise économique, qui devrait se traduire en 2021 par un rebond de 5,0% du PIB.

Malgré l’ampleur de la récession en cours, la Fed n’a pas modifié ses projections à plus long terme en matière de plein emploi, de croissance tendancielle et de niveau du taux des “fed funds”, ce qui laisse entendre que l’économie ne souffrira pas de séquelles durables de la crise.

Après une réaction initiale positive au communiqué de la Fed, Wall Street a effacé ses gains et à moins d’une demi-heure de la clôture, l’indice Standard & Poor’s 500 de la Bourse de New York était pratiquement inchangé.

Le dollar est quant à lui tombé à son plus bas niveau depuis trois mois face à un panier de devises de référence (-0,50%) et l’euro est repassé au-dessus de 1,14 dollar pour la première fois depuis le 10 mars.

Sur le marché obligataire, le rendement des bons du Trésor américain à dix ans chutait de près de neuf points de base à 0,7411%.

“Les signaux envoyés par la Fed sont globalement conformes aux attentes”, commente Jon Hill, stratège taux de BMO Capital Markets. “Elle reconnaît que le chômage sera élevé, que l’inflation sera basse et qu’elle maintiendra des taux d’intérêt très bas pendant au moins deux ans.”

L’éclatement de la crise en mars a conduit la Fed à réduire l’objectif des “fed funds” de 150 points de base et à mobiliser dans l’urgence plusieurs milliers de milliards de dollars pour soutenir l’économie et les marchés financiers.

Ces mesures ont eu pour effet une envolée de la taille de son bilan, qui dépasse désormais 7.200 milliards de dollars (6.350 milliards d’euros) contre moins de 3.500 milliards début mars.

Avec Jonnelle Marte et Ann Saphir, version française Marc Angrand, édité par Blandine Hénault

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