March 13, 2020 / 11:43 AM / 20 days ago

POINT HEBDO-Le Covid-19 plonge les marchés vers des profondeurs inconnues

* Un vent de panique continue de souffler sur les marchés

* Le CAC 40 a vécu jeudi la pire séance de son histoire

* Les indices de Wall Street basculent en “bear market”

* Les banques centrales incapables d’éteindre l’incendie

* Une réponse budgétaire massive se fait attendre

par Patrick Vignal

PARIS, 13 mars (Reuters) - Rien ne paraît pouvoir enrayer dans un avenir proche la chute vertigineuse des marchés financiers, les banques centrales n’ayant pas les armes pour lutter face à un choc de type Covid-19 et une relance budgétaire massive et coordonnée de la part des Etats tardant à se dessiner.

La poursuite de la propagation de l’épidémie hors de son berceau de Chine continentale, l’effondrement des cours du pétrole en raison d’une guerre des prix lancée par l’Arabie saoudite et la décision de Donald Trump de fermer les frontières des Etats-Unis aux ressortissants des 26 pays membres de l’espace Schengen ont provoqué un vent de panique dévastateur.

Le CAC 40 a ainsi plongé jeudi de plus de 12%, la plus forte baisse de son histoire, et Wall Street a connu le même jour sa pire séance depuis le krach de 1987, les trois indices de référence entrant en marché baissier (“bear market”), soit une baisse supérieure à 20% depuis leurs récents plus hauts.

Personne ne croit vraiment aux fragiles signes de stabilisation apparus depuis, les intervenants de marché misant sur des turbulences durables pour les actifs risqués avec la poursuite des mouvements violents observés récemment sur les actions mais aussi sur le crédit, à commencer par la dette d’entreprise à haut rendement (“high yield”).

L’affolement est général avec des sorties de toutes les classes actifs pour un désinvestissement total de 137 milliards de dollars, selon les données hebdomadaires fournies par Bank of America Merrill Lynch.

Même l’intervention des banques centrales, avec les mesures de soutien au crédit et l’augmentation du volume de ses rachats d’actifs annoncés jeudi par la BCE, dans le sillage de la baisse de taux de 50 points de base décidée en urgence par la Réserve fédérale, n’a pas suffi à rassurer les marchés.

L’épidémie provoque un choc d’offre résultant du dérèglement des chaînes d’approvisionnement mais également un choc de demande en raison notamment des mesures de confinement, deux phénomènes sur lesquels la politique monétaire a peu de prise.

“Les banques centrales savent qu’elles ne sont pas très efficaces face à ce type de risque mais elles se sentent dans l’obligation de faire quelque chose”, explique Bastien Drut, stratégiste senior chez CPR AM.

MISSION IMPOSSIBLE

En ce qui concerne la BCE, la déception des marchés a été spectaculaire mais la mission était quasiment impossible pour sa présidente, Christine Lagarde, qui n’aurait pas été applaudie même si elle avait cédé à la pression en enfonçant davantage son taux de dépôt en territoire négatif, fait valoir Ulrike Kastens, économiste chez DWS.

“Les attentes à l’égard de la BCE ont rarement été aussi élevées, précisément parce qu’il a toujours été évident que la BCE ne peut contribuer que dans une faible mesure à la résolution de la crise du coronavirus”, dit-elle.

“C’est peut-être pour cette raison que la banque centrale de la zone euro n’a même pas essayé de répondre aux attentes du marché, qui n’aurait probablement été satisfait que si celles-ci avaient été dépassées.”

Les banques centrales tentent cependant de réduire les tensions sur le marché interbancaire, comme l’a fait la Fed en annonçant trois tranches de prises en pension (“repo”) de 500 milliards de dollars chacune.

La BCE s’est dite prête pour sa part à agir pour réduire les écarts de rendements entre les emprunts des différents pays membres de la zone euro si ceux-ci entravaient l’efficacité de sa politique monétaire.

Les instituts d’émission peuvent tenter d’éteindre certains des incendies qui s’allument un peu partout mais leur mission est vouée à l’échec, estiment les analystes de Saxo Banque.

“Les banques centrales ne peuvent plus rien”, écrivent-ils dans une note. “La BCE a beau éventualiser de nouveaux soutiens et la Fed mettre 1.500 milliards de dollars sur la table à échéance courte pour tenter d’endiguer les flux baissiers, rien n’y fait.”

Le marché n’en compte pas moins sur un nouveau geste de la Fed, misant pour les décisions qu’elle annoncera mercredi sur une nouvelle baisse de taux de 50 à 75 points, dont la probabilité est estimée à 100%, selon le baromètre FedWatch de CME Group.

LES GOUVERNEMENTS APPELÉS À LA RESCOUSSE

Christine Lagarde a pourtant implicitement reconnu les limites de l’action monétaire en insistant jeudi sur l’urgence d’une réponse budgétaire ambitieuse et coordonnée.

“Les gouvernements et toutes les institutions politiques doivent prendre des mesures rapides et ciblées pour répondre au défi de santé publique qu’est la restriction de la propagation du virus et pour en limiter l’impact économique”, a-t-elle dit lors de sa conférence de presse.

Ce n’est pas gagné car si certains pays ont déjà annoncé des mesures, aucune des plus grandes économies du monde que sont les Etats-Unis, la Chine, le Japon et l’Allemagne n’a pas annoncé pour l’instant d’effort budgétaire de taille à avoir un impact sur la croissance mondiale.

La coordination pourrait également poser problème lorsque l’on sait que les présidences du G7 et du G20 sont respectivement assurées par les Etats-Unis, dont le gouvernement ne cache pas son penchant isolationniste, et l’Arabie saoudite, qui vient de provoquer un effondrement des cours du brut en baissant ses prix et en augmentant sa production.

Dans les séances à venir, les investisseurs auront les yeux rivés sur les courbes de contamination au Covid-19 hors de Chine, où l’épidémie continue de se propager et ne manquera pas de peser sur l’activité, explique-t-on chez Saxo Banque.

L’épidémie se stabilise en Chine, où il faut s’attendre à une évolution du produit intérieur brut (PIB) “catastrophique” au premier trimestre et où la relance pourrait être freinée par les difficultés économiques que ne manqueront pas de connaître ses partenaires commerciaux, souligne pour sa part Laetitia Baldeschi, responsable des études et de la stratégie chez CPR AM.

“La question maintenant n’est pas de savoir s’il y aura un ralentissement de la croissance mais si l’économie mondiale se dirige vers une récession”, dit de son côté Keith Wade, chef économiste chez Schroders.

édité par Blandine Hénault

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