March 10, 2020 / 3:01 PM / 5 months ago

Coronavirus-Le coût de la crise s'alourdit pour le transport aérien

* Les réductions de capacités se multiplient

* Asie, Europe et Etats-Unis sont touchés

* Plusieurs compagnies renoncent à leurs prévisions financières

* Après l’Italie, l’expansion du virus en Espagne redoutée

par Hyunjoo Jin et Jamie Freed

SEOUL/SYDNEY, 10 mars (Reuters) - L’ensemble du secteur du transport aérien continue de s’enfoncer dans la crise liée à l’épidémie de coronavirus, qui conduit de nombreuses compagnies à revoir en baisse leurs capacités et leurs objectifs de résultats, et pour certaines à évoquer un risque de faillite pure et simple.

Le bouclage intégral de l’Italie annoncé lundi soir par Rome est le dernier épisode en date de la tempête qui secoue le marché depuis le début de l’année: British Airways (filiale d’IAG), EasyJet, Wizz Air et El Al entre autres ont annoncé des annulations de vols par centaines vers et depuis la péninsule.

Parmi les situations les plus tendues figure celle de Norwegian Air: la compagnie à bas coûts norvégienne, dont la valeur boursière a fondu de 70% depuis le 1er janvier, s’apprête à mettre en chômage technique une part “importante” de ses effectifs et ne fait plus aucune prévision financière pour 2020.

De son côté Air France-KLM, qui a vu son trafic passagers baisser de 0,5% en février, a dit s’attendre à ce que l’impact de l’épidémie augmente au cours des prochains mois. Air France prévoit d’annuler 3.600 vols au total sur le seul mois de mars, dont 25% de ses capacités en Europe.

Quant à Ryanair, elle devrait transporter cette année trois millions de passagers de moins que prévu initialement, soit 151 millions seulement, en raison de la suspension de la quasi-totalité de ses vols au départ ou à destination de l’Italie à partir du mois prochain.

Pour Mark Simpson, analyste spécialisé de Goodbody, la prochain inconnue clé concerne l’Espagne, une destination estivale majeure qui compte déjà plus de 1.200 cas d’infection au coronavirus.

“Une situation comparable en Espagne entraînerait IAG et des tour-opérateurs comme TUI et DART”, dit-il. “IAG serait beaucoup plus exposées parce qu’il possède Vueling, Iberia et bientôt Air Europa.”

La situation est tout aussi préoccupante aux Etats-Unis: American Airlines et Delta Air Lines ont annoncé mardi des réductions de capacités susceptibles d’atteindre 25% à l’international et 15% sur le marché américain. Et leurs prévisions de résultats financiers pour l’exercice en cours sont pour l’instant suspendues.

“Il est clair qu’il ne s’agit pas d’un événement lié à l’économie”, a dit le directeur général de Delta, Ed Bastian. “Il s’agit d’un événement lié à la peur, plus proche de ce qu’on avait observé après le 11 septembre (2001-ndlr).”

KOREAN AIR CRAINT POUR SA SURVIE

En Asie, Korean Air Lines numéro un du secteur en Corée du Sud, a averti que sa survie même pourrait être compromise par l’épidémie, qui l’a obligée à réduire ses capacités à l’international de 80% et à immobiliser 100 de ses 145 avions.

“Si cette situation se prolonge, nous pourrions arriver au stade où nous ne pourrons pas garantir la survie de la compagnie”, a reconnu son président, Woo Kee-hong, dans un message aux salariés.

L’australienne Qantas Airways, qui réduira ses capacités à l’international de près de 25% sur les six prochains mois, veut reporter la livraison d’Airbus A350 pour s’adapter à la chute de la demande.

Elle a précisé qu’elle n’était plus en mesure d’estimer l’impact financier du coronavirus. Ses principaux dirigeants ont renoncé à leurs salaires pour l’instant, les cadres ne toucheront plus de primes et tous les salariés sont invités à prendre des congés, payés ou sans solde.

En Chine, où a débuté l’épidémie, les vols annulés se comptent désormais en dizaines de milliers et HNA Group, actionnaire de plusieurs compagnies du pays dont Hainan Airlines , s’est déclaré en “état de guerre” pour tenter de limiter l’impact financier de la crise.

Le secteur du transport aérien est l’un des plus durement touchés par les répercussions de l’épidémie: la capitalisation boursière cumulée de 20 premières compagnies cotées a chuté de 70 milliards de dollars, soit près d’un tiers, depuis le début de cette année selon les calculs de Reuters.

La crise a déjà fait une victime, la britannique Flybe, qui a déposé le bilan la semaine dernier.

Seule petite consolation pour les compagnies européennes: Bruxelles a proposé mardi de suspendre la règle qui les oblige à assurer 80% de leurs liaisons pour conserver leurs créneaux d’atterrissage et de décollage, ce qui a conduit nombre d’entre elles à faire voler à vide une partie de leur flotte ces dernières semaines.

Voir aussi:

ANALYSE-Le coronavirus accélèrera une consolidation de l’aérien en Europe

Avec Terje Solsvik à Oslo, Laurence Frost à Paris, Tracy Rucinski à Chicago, Rachit Vats à Bangalore, Stella Qiu et Brenda Goh à Pékin, Angel Krasimirov et Tova Cohen à Tel Aviv, Sarah Young, Kate Holton et Josephine Mason à Londres, Christian Krämer à Berlin; version française Marc Angrand, édité par Jean-Michel Bélot

0 : 0
  • narrow-browser-and-phone
  • medium-browser-and-portrait-tablet
  • landscape-tablet
  • medium-wide-browser
  • wide-browser-and-larger
  • medium-browser-and-landscape-tablet
  • medium-wide-browser-and-larger
  • above-phone
  • portrait-tablet-and-above
  • above-portrait-tablet
  • landscape-tablet-and-above
  • landscape-tablet-and-medium-wide-browser
  • portrait-tablet-and-below
  • landscape-tablet-and-below