December 3, 2019 / 10:23 AM / 4 days ago

AVANT-PAPIER-L'épreuve de force sur les retraites débute le 5 décembre

* Grèves massives dans les transports jeudi

* Le mouvement social de 1995 en arrière-fond

* L’exécutif ferme sur l’objectif, souple sur les modalités

* Une réforme “encore inscrite nulle part”, déplore Berger

PARIS, 3 décembre (Reuters) - Gouvernement et syndicats français entament un bras de fer sur l’avenir du système des retraites jeudi, une journée de grèves et de manifestations annoncées comme massives à l’instar de la mobilisation de 1995, qui avait alors fait plier le pouvoir.

L’exécutif, qui s’attend à “un mur” le 5 décembre tant les mécontentements sociaux se sont agrégés depuis la crise des “Gilets jaunes”, affiche sa fermeté sur l’objectif d’un régime universel de retraites par points mais se ménage une marge de négociation, sur l’entrée en vigueur de la réforme particulièrement, mais aussi la pénibilité et les droits familiaux. et

Sa capacité d’action se mesurera à l’aune de la contestation de jeudi et des jours, voire des semaines, qui suivent, avec la menace d’une grève “illimitée” dans les transports à l’approche des vacances de Noël. Le gouvernement prend aussi très au sérieux le risque de violences, les “Gilets jaunes” ayant décidé de se rallier au mouvement, notamment le samedi 7 décembre, un an après les débordements à Paris.

“Le 5 décembre, je pense que ça va péter très fort. Le corps social refuse ce qui lui arrive et il y a beaucoup de réfractaires au changement. Mais il faut passer par la colère pour arriver à la phase d’acceptation. Il faudra tenir bon”, souligne un député de la majorité.

“BEAUCOUP PLUS FORT QU’EN 1995”

Le haut-commissaire aux Retraites Jean-Paul Delevoye livrera les conclusions de ses discussions avec les partenaires sociaux “le 9 ou le 10 décembre”, notamment sur le mode de transition des régimes spéciaux vers le système unique, le Premier ministre, Edouard Philippe, dévoilant ensuite les grandes lignes du projet de loi pour un examen au Parlement début 2020.

“Même si on disait ‘on retire le projet de réforme’, on aurait une grève. Etre un responsable politique, ce n’est pas vivre dans un Etat de panique éternelle”, explique un ministre. “C’est une réforme majeure pour les 40 prochaines années, ce sera l’un des piliers du quinquennat”, plaide-t-il.

Le mouvement social de l’automne 1995 (24 novembre-15 décembre) contre le “plan Juppé” de refonte de la Sécurité sociale, des retraites de la Fonction publique et des régimes spéciaux (SNCF, RATP, EDF) fut le plus important depuis les événements de Mai 68, drainant des millions de personnes dans les rues. Alain Juppé, mentor d’Edouard Philippe, cédera sur les retraites, pas sur la Sécurité sociale.

“On va vivre une forme d’affrontement assez puissant sur une réforme (...) qui n’est encore inscrite nulle part”, déplore le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, qui ne participera pas au mouvement du 5 décembre.

“En termes de tensions, de cohésion sociale, de sécessions qui existent au sein de la société, c’est beaucoup plus fort qu’en 1995”, souligne-t-il dans un entretien à Reuters.

Avant des élections municipales délicates pour la République en marche, Emmanuel Macron joue “l’acte II” de son quinquennat sur cette réforme.

“Depuis Jacques Chirac, tous les présidents qui ont forcé la main des Français sur un sujet social de première importance (...) l’ont systématiquement payé politiquement par la suite”, prévient dans Le Journal du Dimanche Bernard Thibault, l’un des chefs de file du mouvement de 1995, alors qu’il dirigeait la CGT-Cheminots.

DES TRANSPORTS À L’ARRÊT

Un haut représentant de l’Etat s’inquiète : “Ce n’est pas impossible qu’on ait une réédition de 1995. Et encore à l’époque il y avait des corps intermédiaires. Ce qui n’est plus le cas aujourd’hui en raison de la verticalité du président. Quand vous traitez Laurent Berger comme un tricard...”

Le gouvernement a tenté de parer aux perturbations, qui seront d’ampleur, en préparant notamment un plan de transport. Il encourage le télétravail, s’efforce de convaincre compagnies de VTC et de taxis de ne pas augmenter inconsidérément leurs tarifs.

Personnels des transports, enseignants, étudiants, policiers, avocats, personnels hospitaliers, dans les raffineries, les universités, la collecte des ordures... : plusieurs millions de salariés du public et du privé sont appelés à faire grève.

La CGT, FO, la FSU et Solidaires sont à l’origine de l’appel à une grève interprofessionnelle. La CFE-CGC a appelé à manifester, la CFTC laisse ses syndicats libres de rallier le mouvement. La CFDT ne se joint pas au mouvement mais sa branche Cheminots a déposé un préavis de grève.

Selon un sondage Ifop pour Le Journal du Dimanche, 76% des Français sont favorables à une réforme des retraites mais 64% ne font pas confiance à Emmanuel Macron et son gouvernement pour la mener à bien. (Sophie Louet avec Elizabeth Pineau, et Caroline Pailliez, édité par Jean-Michel Bélot)

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