November 15, 2019 / 12:26 PM / 21 days ago

POINT HEBDO-Les marchés s'accrochent à leurs rêves

* L’espoir d’un accord commercial demeure

* Il continue de porter les marchés d’actions

* L’Allemagne évite la récession de justesse

* L’économie chinoise continue de ralentir

* Les “minutes” de la Fed et de la BCE à l’agenda

par Patrick Vignal

PARIS, 15 novembre (Reuters) - La confirmation que l’Allemagne était au bord de la récession et la publication d’indicateurs chinois guère rassurants n’ont pas vraiment perturbé les marchés financiers, qui continuent de fluctuer au gré des évolutions des négociations commerciales entre les Etats-Unis et la Chine.

Il a suffi que Larry Kudlow, principal conseiller économique de la Maison blanche, affirme une énième fois que les deux parties étaient proches d’un accord pour que les actions repartent vendredi à la hausse après deux séances de baisse.

Jusqu’à ces propos, l’espoir d’un accord transitoire dans ce conflit qui pèse sur les marchés mondiaux depuis plus d’un an et demi avait plutôt reculé.

“Les marchés veulent croire qu’il y aura une sorte de règlement du problème commercial, au moins une sorte de trêve durable, même si l’expérience des 18 derniers mois procure peu d’apaisement”, commente Shane Oliver, chef économiste chez AMP Capital.

La dégradation de la conjoncture économique et la perspective de l’élection présidentielle l’année prochaine aux Etats-Unis n’en accentuent pas moins la pression sur les deux camps pour parvenir à un accord, ajoute-t-il.

Les marchés veulent donc toujours y croire et réagissent à peine aux mauvaises nouvelles qui continuent de tomber.

Il y eut ainsi, jeudi, l’annonce que l’économie allemande, en première ligne dans le conflit commercial en raison du poids de son industrie, avait échappé de justesse à la récession au troisième trimestre sans pour autant rassurer.

“En juin 2018, nos signaux et indicateurs avancés nous poussaient à lancer un avertissement sur l’économie allemande”, rappelle John Plassard, spécialiste en investissement chez Mirabaud. “Depuis lors, les mauvaises statistiques économiques se sont succédé et la locomotive de l’Europe n’a jamais été aussi proche du précipice depuis la dernière grande crise financière.”

LA CHINE RALENTIT

La Chine, elle aussi, inquiète.

La production industrielle y a fortement ralenti en octobre, sa croissance tombant à 4,7% sur un an alors qu’elle était attendue à 5,4%, a-t-on appris jeudi.

Les ventes au détail ont également déçu et la croissance de l’investissement est revenue à son plus bas niveau depuis le début de son suivi en 1996.

La croissance du produit intérieur brut (PIB) de la Chine a ralenti au troisième trimestre à 6,0% sur un an, un plus bas de près de 30 ans, et le fléchissement devait se poursuivre au quatrième trimestre, pour des raisons dépassant le seul conflit commercial.

“Il y a un choc externe lié à la hausse des droits de douane américains mais il y a aussi un ralentissement généralisé lié notamment à des raisons structurelles”, dit Christine Peltier, spécialiste de la Chine dans l’équipe de recherche économique de BNP Paribas, en évoquant pêle-mêle l’essoufflement de la demande privée, les conséquences du ralentissement industriel, le fléchissement de la hausse du revenu réel par tête et le resserrement du crédit aux ménages.

Avec l’espoir d’un espoir commercial, l’autre moteur des marchés ces derniers mois a été la volonté affichée par les grandes banques centrales de demeurer extrêmement accommodantes.

La Réserve fédérale pourrait l’être un peu moins à l’avenir, a cependant laissé entendre mercredi Jerome Powell.

La Fed prévoit une “expansion soutenue” pour l’économie américaine avec un taux de chômage bas soutenant les dépenses de consommation et les effets encore à venir des récentes baisses des taux d’intérêt, a dit son président.

Jerome Powell paraît donc écarter la perspective d’une récession imminente et suggère que la Fed n’a pas l’intention de baisser ses taux dans un avenir proche après l’avoir déjà fait trois fois cette année.

LE CONTEXTE MACROÉCONOMIQUE SE DÉGRADE

La politique monétaire va rester dans l’actualité avec la publication des “minutes” de la réunion monétaire d’octobre de la Fed, mercredi, et le lendemain celle du compte rendu de la réunion du 24 octobre de la Banque centrale européenne.

Les investisseurs suivront également avec attention vendredi prochain les résultats préliminaires des enquêtes auprès des directeurs d’achat (PMI) sur l’activité du secteur privé dans les économies de la zone euro en novembre.

Ces enquêtes devraient confirmer la détérioration de l’environnement et des perspectives, avec un secteur manufacturier en contraction un peu partout et un secteur des services qui menace de l’y rejoindre.

Dans ce contexte tendu, tout le monde ne partage pas l’optimisme un peu surprenant qui règne sur les marchés.

Jean-Jacques Ohana, stratégiste de marché d’YCAP AM, parle ainsi d’un contexte macroéconomique fragilisé sur fond d’incertitude politique.

Il évoque notamment l’élection présidentielle qui approche aux Etats-Unis dans un climat de confrontation idéologique et la poursuite probable de la rivalité avec la Chine malgré l’accalmie actuelle mais aussi la remise en question du statut de Hong Kong en tant que centre financier international.

Les marchés sont selon lui “anesthésiés par la perfusion de liquidité des banques centrales”, avec des valorisations “totalement déconnectées des fondamentaux de croissance et d’inflation”.

édité par Marc Angrand

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