November 13, 2019 / 10:03 AM / in 24 days

ENTRETIEN MARCHÉS-L'obligation catastrophe a de l'avenir, selon Fermat Capital

* Les “cat bonds” ont la cote, dit l’un de leurs pionniers

* Une bouée de sauvetage pour le secteur de l’assurance

* Cet actif risqué offre un rendement élevé

* Une source de diversification pour les investisseurs

par Patrick Vignal

PARIS, 13 novembre (Reuters) - Les obligations catastrophe (“cat bonds”) sont encore jeunes et relativement méconnues mais selon John Seo, qui a joué un rôle pionnier dans la création de cet actif très particulier, elles ont de beaux jours devant elles.

Les “cat bonds”, qui font partie de l’univers des titres assurantiels (“insurance-linked securities”/ILS), sont nées au milieu des années 1990 dans le sillage de deux catastrophes naturelles aux Etats-Unis, l’ouragan Andrew en Floride en 1992 et le tremblement de terre de Northridge en Californie deux ans plus tard, raconte à Reuters le co-fondateur et directeur général de la société de gestion spécialisée Fermat Capital Management.

“Les compagnies d’assurance s’attendaient pour ces deux cas à des pertes de l’ordre de 500 millions de dollars alors que la facture pour chaque catastrophe s’est élevée à 14 milliards de dollars”, dit-il.

“On a découvert à cette occasion que le coût de la propriété au mètre carré était tellement important dans certaines régions que le marché de la réassurance ne pouvait pas y faire face.”

Les coûts largement supérieurs aux attentes de ces deux phénomènes ont conduit les réassureurs à réduire leur exposition à ces risques majeurs en convertissant des contrats d’assurance en titres et en les vendant, poursuit-il.

L’acheteur, qui empoche ainsi une obligation à haut rendement, parie en quelque sorte sur le fait que la catastrophe à laquelle est attachée le titre ne surviendra pas. Si elle se produit, il perd sa mise.

La maturité de ces titres est courte, autour de trois ans en moyenne.

LE MARCHÉ DES “CAT BONDS” S’OUVRE AU MONDE

Grands amateurs d’actifs risqués, les fonds spéculatifs (“hedge funds”) ont été attirés dans un premier temps avant de se retirer, l’absence d’effet de levier réduisant leur appétit pour la chose, et de laisser la place aux spécialistes comme John Seo.

Du côté des émetteurs, les réassureurs occupent toujours le devant de la scène mais ils ont été rejoints par des institutions internationales comme la Banque mondiale, qui émet des obligations pour le compte de pays menacés de catastrophes.

Toujours largement dominé par les Etats-Unis, en particulier par les Etats très exposés aux risques de catastrophes naturelles que sont la Californie et la Floride, le monde des ILS s’ouvre ainsi progressivement aux pays émergents mais aussi à l’Europe, couvrant notamment le risque sismique en Italie ou celui d’inondations en France, explique John Seo.

“Le marché des ILS et des cat bonds pèse aujourd’hui environ 100 milliards de dollars, dont la moitié couvre la Floride, et progresse de 20% par an”, dit-il.

“Le montant peut paraître modeste mais il ne l’est pas si on le compare à l’enveloppe dont dispose le marché de la réassurance pour couvrir une catastrophe.”

La performance annuelle des “cat bonds” est de l’ordre de 7%, selon l’indice calculé par Swiss Re, ce qui en fait un actif de choix pour les investisseurs n’ayant pas froid aux yeux.

Cet actif présente en outre, selon John Seo, l’avantage d’être décorrélé des marchés financiers et d’être ainsi préservé des soubresauts qui agitent les actions et le crédit mais aussi des risques de taux et des évolutions macroéconomiques.

Autre avantage, d’après le gérant, le fait que les modèles appliqués pour calculer la probabilité du risque s’appuient sur des travaux scientifiques reconnus, ce qui garantit une transparence que n’offrent pas toujours d’autres classes d’actifs.

UN ACTIF DE CHOIX POUR LA DIVERSIFICATION

La recherche permet en outre de balayer certaines idées reçues, prolonge-t-il en citant notamment un rapport de l’IPCC, un groupe d’experts du changement climatique placés sous l’égide des Nations unies, selon lequel rien ne permet d’affirmer que la fréquence et l’intensité des ouragans aux Etats-Unis soient en augmentation.

“Bien sûr, les scientifiques peuvent se tromper”, reconnaît-il toutefois.

Les “cat bonds” sont, selon lui, un matériau de premier choix dans la construction d’un portefeuille parce qu’ils permettent de le diversifier et d’être payé en retour.

“Dans la plupart des marchés, la diversification se fait au prix d’une baisse de rendement, mais pas dans celui-là”, dit-il.

Toujours dominé par les institutions comme les fonds de pension ou les fonds souverains, le marché des “cat bonds” s’étend progressivement à d’autres investisseurs, comme la banque privée.

“Il n’y pas une seule catégorie d’investisseurs qui ne soit pas intéressée par ce marché”, dit John Seo, en soulignant cependant que les investisseurs particuliers en sont pour l’instant absents.

L’ampleur des catastrophes récentes et la prise de conscience des effets du changement climatique à moyen terme jouent en faveur des “cat bonds” et devraient encore alimenter des émissions records en 2020, selon lui.

Autre facteur de développement, l’extension des “cat bonds” à des risques n’ayant rien de naturel, comme le risque d’attentats, lui aussi modélisable, avec, l’an dernier, la première émission d’obligations pour ce type d’événement par l’organisme étatique de réassurance britannique Pool Re, souligne l’expert de Fermat Capital Management.

édité par Marc Angrand

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