August 5, 2019 / 8:28 PM / in 17 days

POINT MARCHÉS-La baisse du yuan fait subir à Wall Street sa pire séance de 2019 (actualisé)

(Actualisé avec volumes, précisions sur les taux)

* Le Dow a perdu 2,9%, le S&P 2,98%, le Nasdaq 3,47%

* La Chine laisse le yuan baisser et arrête d’acheter des produits agricoles US

* La volatilité au plus haut depuis trois mois

* Repli sur les emprunts d’Etat, baisse du dollar

par Marc Angrand

PARIS, 5 août (Reuters) - La Bourse de New York accuse en clôture lundi sa plus forte baisse en pourcentage depuis décembre, la décision de Pékin de laisser le yuan se déprécier face au dollar après les nouvelles menaces de Washington sur les droits de douane ayant nourri la crainte de voir la guerre des monnaies s’ajouter à la guerre commerciale.

L’indice Dow Jones a perdu 767,27 points, soit 2,9%, à 25.717,74 et affiche sa plus forte baisse en pourcentage depuis le 24 décembre.

Le S&P-500, plus large, a cédé 87,31 points, soit 2,98%, son repli le plus marqué depuis le 4 décembre, à 2.844,74 points; il a réduit ses pertes en fin de séance après avoir abandonné jusqu’à 3,75%. L’indice large de Wall Street affiche désormais six séances consécutives de repli, une série sans précédent depuis octobre dernier qui l’a ramené plus de 6% en dessous de son record du 26 juillet.

Le Nasdaq Composite a reculé de 278,03 points, soit 3,47%, à 7.726,04. Il accuse lui aussi sa plus forte baisse en pourcentage sur une séance depuis le 4 décembre.

Le yuan chinois a enfoncé en début de journée le plancher symbolique de 7,0 pour un dollar pour la première fois depuis plus de dix ans, une baisse dans laquelle le président américain, Donald Trump, a dit voir une “violation majeure” et une “manipulation de devise”, alors que la Banque populaire de Chine (BPC) a exclu toute dévaluation compétitive.

Marqué dès l’ouverture, le recul de Wall Street s’est amplifié après l’annonce par le ministère du Commerce chinois de l’arrêt des achats de produits agricoles américains par des entreprises chinoises.

Le fait que les tensions entre les deux premières économiques mondiales semblent se déplacer du terrain des droits de douane, qui avait déclenché la baisse de vendredi, à celui des changes, a déclenché un nouveau mouvement de repli vers les actifs les plus sûrs, comme les emprunts d’Etat, l’or, le yen ou encore le franc suisse.

“Le président (Trump) est en train de jouer un jeu très risqué”, a estimé Robert Pavlik, responsable de la stratégie d’investissement de Statestone Wealth. “Avec l’affaiblissement du yuan chinois et la chute des taux d’intérêt, je pense que la possibilité d’une récession a augmenté.”

Illustrant la montée de l’anxiété chez beaucoup d’investisseurs, l’indice de volatilité Vix est monté à 24,81, son plus haut niveau depuis début janvier.

Les volumes d’échanges ont été nourris avec 9,41 milliards de titres traités contre 6,8 milliards en moyenne sur les 20 dernières séances.

VALEURS

Le mouvement général de baisse a touché la totalité des grands secteurs de la cote à Wall Street mais il a particulièrement affecté les compartiments les plus exposés aux tensions commerciales et au marché chinois, à commencer par les hautes technologies, dont l’indice S&P a cédé 4,07%.

Aucun des 11 grands indices sectoriels sectoriels S&P n’est parvenu à se maintenir en territoire positif.

Au sein du Dow Jones, Apple a perdu 5,23%, IBM 4,41% et Intel 3,51%. Quant à l’indice Philadelphia des semi-conducteurs, il a abandonné 4,36%.

Les poids lourds du commerce et des services en ligne ont eux aussi souffert: Facebook , Amazon, Netflix et Alphabet ont cédé entre 3,1% et 3,9%.

Dans l’industrie, Boeing a perdu 2,5%.

LES INDICATEURS DU JOUR

Reflétant à son tour l’impact économique des tensions commerciales, l’indice ISM d’activité dans les services aux Etats-Unis a subi en juillet un recul inattendu à 53,7 contre 55,1 en juin alors que les économistes interrogés par Reuters prévoyaient en moyenne un indice en légère hausse à 55,5.

LA SÉANCE EN EUROPE

Comme Wall Street, les principales Bourses européennes ont fini la journée en net repli, les craintes liées à la montée des droits de douane et à la baisse du yuan affectant pêle-mêle les valeurs des matières premières, du luxe et des hautes technologies.

A Paris, le CAC 40 a perdu 2,19% à 5.241,55 points, son plus bas niveau en clôture depuis le 3 juin. Le Footsie britannique a cédé 2,47% et le Dax allemand 1,8%.

L’indice EuroStoxx 50 a abandonné 1,93%, le FTSEurofirst 300 2,34% et le Stoxx 600 2,31%, lui aussi au plus bas depuis deux mois.

TAUX

L’aversion au risque qui a plombé les actions a logiquement favorisé les bons du Trésor, avec pour conséquence une nouvelle baisse des rendements: celui des Treasuries à dix ans reculait de plus de 14 points de base en fin de séance, sa plus forte baisse depuis mai 2018, à 1,7126% après avoir touché, à 1,709%, son plus bas niveau depuis octobre 2016.

A près de 27 points, l’écart entre le rendement des titres à trois mois et le dix ans a ainsi atteint son plus haut niveau depuis avril 2007, amplifiant encore l’inversion de la courbe des rendements dans laquelle beaucoup voient un signe avant-coureur de récession.

Le rendement à deux ans, sensible aux anticipations d’évolution de la politique de la Réserve fédérale, est tombé à 1,571%, au plus bas depuis novembre 2017.

Les contrats à terme sur les fonds fédéraux impliquent désormais une probabilité estimée de 45% d’une baisse du taux des “fed funds” à 1,00%-1,25% d’ici avril 2020, contre 22% seulement vendredi.

CHANGES

Le choix de Pékin de laisser le yuan se déprécier et enfoncer le plancher de 7,0 pour un dollar, au plus bas depuis 11 ans, est bien sûr le fait du jour sur le marché des devises mais la séance a été particulièrement animée: au moment de la clôture de Wall Street, le dollar cédait en effet 0,54% face à un panier de devises de référence et près de 0,9% contre l’euro, revenu au-dessus de 1,12.

Le mouvement général de repli sur les actifs refuges a parallèlement profité à plein au yen japonais, qui prenait 0,4% face au dollar en fin de séance, et au franc suisse, qui s’appréciait de près de 0,9%.

La Banque nationale suisse (BNS) semble poursuivre ses achats de devises pour freiner la hausse du franc; de son côté, Tokyo a prévenu que les autorités japonaises étaient prêtes à intervenir pour ralentir l’appréciation du yen.

OR

Lui aussi dopé par l’aversion au risque, l’or prenait près de 1,7% en fin de séance sur le marché spot après avoir atteint, à 1,469,60 dollars l’once, son plus haut niveau depuis mai 2013.

PÉTROLE

Plombés par les craintes de ralentissement de la demande avec le nouveau durcissement du conflit commercial sino-américain, les cours du pétrole ont terminé en nette baisse: le contrat septembre sur le brut léger américain (West Texas Intermediate, WTI) a perdu 97 cents, soit 1,74%, à 54,69 dollars le baril et le Brent a cédé 2,08 dollars, soit 3,36%, à 59,81 dollars après être tombée à 59,66 dollars, au plus bas depuis le 12 juin.

A SUIVRE MARDI : (Avec April Joyner et Lewis Krauskopf à New York et Medha Singh à Bangalore)

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