July 26, 2019 / 4:02 AM / 2 months ago

CORR-La BCE laisse les taux inchangés mais confirme un assouplissement à venir

(Corrige le nom de l’économiste d’UBP)

* Statu quo sur les taux

* La communication avancée prépare une baisse

* Les options pour un nouvel assouplissement à l’étude

* L’objectif d’inflation devient “symétrique”

par Francesco Canepa et Balazs Koranyi

FRANCFORT, 26 juillet (Reuters) - La Banque centrale européenne (BCE) a maintenu jeudi ses taux directeurs inchangés mais a ouvert la voie à une refonte de son approche et de ses outils de politique monétaire en vue d’un nouvel assouplissement et a dit pour la première fois que son objectif d’une inflation légèrement inférieure à 2% ne constituait pas un plafond.

Avec une hausse des prix bien inférieure à son objectif, un secteur manufacturier en zone euro, notamment en Allemagne, en contraction et le revirement accommodant de la Réserve fédérale (Fed), un nouvel assouplissement par la BCE n’était plus, pour de nombreux investisseurs, qu’une question de calendrier. Dans le communiqué publié à l’issue de la réunion du Conseil de gouverneurs, elle a dit que ses taux directeurs resteront à leurs niveaux actuels, ou à des niveaux plus faibles, au moins - et ces deux mots font toute la différence - pendant le premier semestre 2020, alors qu’elle s’était engagée en juin à ce qu’il en soit ainsi jusqu’à la fin juin 2020.

La BCE a aussi chargé les équipes concernées d’examiner différentes options d’assouplissement, y compris la reprise de ses achats nets d’actifs.

“Les perspectives ne cessent d’empirer”, a déclaré son président Mario Draghi, lors de sa traditionnelle conférence de presse, ajoutant que le rebond un temps espéré au second semestre était “moins probable.”

Le communiqué de la BCE ne reprend pas non plus la mention habituelle d’un objectif d’inflation proche de mais inférieur à 2% à moyen terme, faisant à la place référence à son “engagement en faveur de la symétrie dans l’objectif d’inflation”.

“Fondamentalement nous n’aimons pas ce que nous constatons sur le front de l’inflation et la symétrie signifie qu’il n’y a pas de plafond à 2%. L’inflation peut dévier d’un côté comme de l’autre”, a dit Mario Draghi.

La symétrie “signifie que la BCE va accepter des périodes de hausse et de baisse de l’inflation autour de 2% et ne plus commencer à remonter ses taux dès que l’inflation progresse et s’approche des 2%, c’est un changement de philosophie en ligne avec la même réflexion observée du côté de la Fed”, commente Patrice Gautry, chef économiste à l’UBP.

SOMBRE TABLEAU

La promesse de plus en plus explicite de nouvelles mesures de stiulation monétaire vise à soutenir la confiance dans une économie de la zone euro embourbée dans une récession manufacturière qui menace de remettre en cause les fragiles acquis des années d’assouplissement massif.

Si la confiance des ménages, le marché de l’emploi et le crédit au secteur privé résistent, plusieurs indicateurs récents sur le climat des affaires dans l’industrie dressent un tableau particulièrement sombre et font craindre que la faiblese de la demande extérieure, en partie liée aux tensions commerciales, se propage aux marchés intérieurs.

L’euro a baissé contre la devise américaine après les annonces de la BCE, tombant à 1,111 dollar vers 12h00 GMT contre 1,13 avant la publication de son communiqué. Il a ensuite repris une partie du terrain perdu après que Mario Draghi eut déclaré qu’il considérait que le risque d’une récession était faible.

Les Bourses européennes, qui avaient accru leurs gains, se sont retournées à la baisse. Le rendement de l’emprunt allemand à 10 ans, qui avait renoué avec son plus plus bas historiques à -0,41%, s’est légèrement repris pour revenir autour de -0,36% vers 15h00 GMT.

La faiblesse des indicateurs conjoncturels, en particulier dans les secteurs manufacturier et exportateur, moteurs de la reprise au sein de la zone euro, plaide pour une nouvelle stimulation monétaire.

L’indicateur Ifo du climat des affaires en Allemagne pour le mois de juillet, publié dans la matinée de jeudi, a enregistré une dégradation plus forte qu’attendu et alimenté les craintes de récession du secteur manufacturier de la première économie européenne.

“Il n’y a de près ou de loin aucun signe d’une reprise au second semestre qui était espérée dans de nombreux endroits”, a dit Jörg Krämer, économiste de Commerzbank. “L’Allemagne est dans une zone grise entre un ralentissement marqué et une récession.”

A trois mois de la fin de son mandat de huit ans à la tête de la BCE, Mario Draghi n’a plus beaucoup d’occasion de consolider son héritage avant de céder la place à Christine Lagarde, le 31 octobre.

Quelles que soient les mesures décidées par la BCE dans les prochains mois, elle risque de se heurter à la faiblesse de ses marges de manoeuvre alors que ses taux directeurs sont déjà à des plus bas records et que le total de son bilan représente 40% du produit intérieur brut (PIB) de la zone euro.

Une reprise des achats de dette publique des pays de la zone euro risque aussi de contrevenir à la règle que la BCE s’est elle-même imposée de ne pas détenir plus du tiers de l’encours de titres de dette publique de tel ou tel pays de la zone euro.

Si les responsables monétaires européens affirment qu’ils disposent encore de marges d’ajustement, les détracteurs de la politique d’assouplissement massif, qui l’ont déjà contestée en justice, pourraient bien à nouveaux traîner la BCE devant les tribunaux.

Lire aussi: La BCE laisse la main à la Fed-Amplegest (avec Michelle Martin et Frank Siebelt, Marc Joanny et Patrick Vignal pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat)

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