July 8, 2019 / 9:25 AM / 2 months ago

POINT MACRO-Branle-bas de combat chez les banques centrales ? Pas forcément

* Des marchés impatients de voir les banques centrales agir

* Un mouvement en juillet semble prématuré

* Des situations économiques divergentes entre USA et Europe

* La BCE reste prête à agir pour relancer l’inflation

par Wilfrid Exbrayat

PARIS, 8 juillet (Reuters) - Les marchés se prennent à espérer une détente monétaire généralisée dans les grandes puissances économiques face aux incertitudes du moment et à une conjoncture économique mondiale dégradée mais peut-être vont-ils un peu vite en besogne.

Une interrogation devenue pertinente depuis que les Etats-Unis ont annoncé, vendredi, des créations d’emplois bien supérieures aux attentes, au risque de chagriner des investisseurs qui espéraient une baisse des taux conséquente de la part de la Réserve fédérale dès ce mois-ci.

La Fed avait observé le statu quo le 20 juin mais laissait la porte ouverte à une détente monétaire d’ici à la fin de l’année, en réponse à un environnement économique de plus en plus incertain et à une inflation modeste.

Les marchés s’étaient mis à envisager sérieusement une baisse de taux d’un demi-point dès la réunion des 30 et 31 juillet. Mais avant même les chiffres de l’emploi, les banquiers de la Fed, dont le président Jerome Powell lui-même, tentaient de tempérer leurs attentes.

“C’est peut-être un peu tôt pour la Fed de s’engager à hauteur de 50 points de base (pdb) dès juillet; je pense même que c’est complètement exclu”, a dit à Reuters Christophe Barraud, économiste de Market Securities.

“Ca aurait plus de sens de faire quelque chose en septembre quand on en saura plus sur l’impact des derniers droits de douane, décidés en mai mais appliqués en juin”.

Comme le remarquait lundi David Madden, analyste de CMC Markets, “certains investisseurs ont pris la fâcheuse habitude de considérer que de mauvaises nouvelles sont de bonnes nouvelles, c’est-à-dire que si c’est mauvais pour l’économie, c’est bon pour la Bourse”.

DIVERGENCE ET DICHOTOMIE

Au premier abord, les situations économiques ne sont pas exactement les mêmes en Europe et aux Etats-Unis.

La croissance annuelle du produit intérieur brut (PIB) des Etats-Unis atteignait 3,1% en rythme annualisé au premier trimestre, tandis qu’elle n’était que de 1,2% en zone euro. Elle a accéléré dans le premier cas et stagné dans le second.

La première estimation de la croissance du deuxième trimestre sera donnée le 26 juillet. Pour la zone euro, il faudra attendre le tout dernier jour du mois, avec en prime la version “flash” de l’inflation de juillet.

En revanche, les indices des directeurs d’achats attestent d’un même tassement de part et d’autre de l’Atlantique, révélant à nouveau une dichotomie entre indicateurs économiques purs et indicateurs d’activité.

La situation était un peu meilleure en juin dans la zone euro grâce aux services seulement, l’industrie restant en situation de récession. Mais aucun rebond d’envergure n’était pressenti à court terme.

Ce n’était guère mieux aux Etats-Unis. L’indice ISM manufacturier était en juin au plus bas depuis octobre 2016, tandis que son équivalent pour les services n’avait jamais été aussi faible depuis juillet 2017.

En revanche, les Etats-Unis peuvent espérer que la consommation des ménages aura soutenu leur croissance du deuxième trimestre puisque les ventes au détail ont augmenté en mai et aussi en avril, alors qu’elles avaient été annoncées en baisse dans un premier temps ce mois-là.

Il en va autrement pour la zone euro où les ventes au détail ont fléchi contre toute attente en mai et le fait qu’elles aient moins baissé qu’on ne l’avait cru le mois précédent est une maigre consolation.

FRONT COMMUN DERRIÈRE DRAGHI

Pour ce qui est d’un autre indicateur qui préoccupe au premier chef les banques centrales, à savoir l’inflation, les prix de détail en donnent aux Etats-Unis une image modérée qui n’est donc pas un obstacle à une baisse de taux.

En zone euro, elle est restée stable à 1,2% annuel, en net retrait par rapport à l’objectif de 2% de la Banque centrale européenne (BCE). Mais l’inflation dite de base, soit hors produits alimentaires et énergie, est remontée à 1,2%, après 1,0% en mai, alors que le marché l’attendait inchangée.

Cette mesure d’inflation, privilégiée par la BCE, n’a toutefois été que conforme aux attentes en mai et reste inférieure à celle d’avril, laissant penser que les pressions haussières sur les prix restent limitées.

C’est pourquoi la normalisation de la politique monétaire attendra, comme l’a signalé la BCE début juin, s’engageant à maintenir ses taux directeurs à leurs plus bas records au moins jusqu’à la fin du premier semestre 2020.

Le président Mario Draghi remettait le couvert à Sintra, vers la mi-juin en déclarant que la BCE était prête à utiliser toute la flexibilité permise par son mandat si l’inflation ne convergeait pas vers son objectif.

Ce discours avait fait grincer les dents de certains de ses collègues et hommes politiques, allemands pour ne pas les nommer.

Mais début juillet, les rangs paraissaient s’être resserrés derrière le président, plusieurs banquiers centraux, dont le Néerlandais Klaas Knot - un “faucon” - ainsi que le nouvel économiste en chef Philip Lane, ayant mis en avant la volonté de la BCE d’agir si nécessaire pour redresser l’inflation.

“Un tel consensus est logique, sachant que l’Europe est plus exposée à une récession que les Etats-Unis”, observe Christophe Barraud. “La difficulté pour la zone euro est qu’il y a un risque supplémentaire, celui du Brexit et surtout le risque de droits de douane américains sur l’automobile européenne”.

Mais, poursuit-il, autant pour la BCE que pour la Fed, “le marché est beaucoup trop optimiste quant à la possibilité de mouvements extrêmement accommodants en juillet”.

“Cela remet en jeu l’agenda de septembre”, conclut-il.

édité par Patrick Vignal

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