July 1, 2019 / 12:05 PM / in 2 months

ECLAIRAGE-Test crucial pour le projet internet de ballons flottants de Google

SAN FRANCISCO, 1er juillet (Reuters) - Le projet Loon de Google visant à fournir, à partir de ballons suspendus dans le ciel, un accès à internet dans des zones retirées va passer prochainement un test crucial dans un contexte de doutes sur la viabilité de la technologie.

La filiale d’Alphabet a annoncé son intention de déployer ses ballons au Kenya dans les prochaines semaines dans la cadre du premier test commercial du service.

Le test, mené en partenariat avec le troisième opérateur télécoms du pays Telkom Kenya, permettra aux villageois des montagnes d’acheter des services de téléphonie mobile de quatrième génération (4G) au prix du marché pour une période indéterminée. Un feu vert définitif au projet sera signé ce mois-ci, selon les autorités kényanes de l’aviation.

Créé en 2011, le projet Loon vise à fournir un accès au réseau internet dans les zones les plus reculées du monde grâce à une constellation de ballons flottants alimentés par l’énergie solaire. Dans ces zones, la construction de tours de transmission classiques serait trop onéreuse.

Ces ballons à l’hélium, dont l’envergure est équivalente à celle d’un terrain de tennis, ont permis aux opérateurs télécoms mobiles au Pérou et à Porto Rico d’assurer une continuité de service à la suite de catastrophes naturelles ayant détruit leurs infrastructures de télécommunications.

Si les responsables kényans se montrent enthousiastes sur ce projet qui devrait permettre à davantage de personnes d’être connectées, les dirigeants de cinq autres opérateurs télécoms courtisés par Loon affichent une certaine prudence.

Ils estiment que Loon n’est pas pour le moment une solution durable et le ne sera peut-être jamais. Pour Telkom Indonesia , Vodafone New Zealand (IPO-VOD.NZ) et Orange , Loon doit démontrer que sa technologie est fiable, sécurisée et rentable pour les opérateurs.

Hervé Suquet, directeur de la technologie et de l’information chez Orange pour le Moyen-Orient et l’Afrique, estime par exemple que Loon doit faire ses preuves au Kenya.

“Si les résultats sont positifs, alors nous serions potentiellement intéressés”, a-t-il déclaré.

L’opérateur Zain Group, basé au Koweït, a dit lui aussi suivre de près l’expérimentation au Kenya.

Le projet revêt une certaine importance pour Alphabet, la maison mère de Google, qui cherche à diversifier ses revenus au-delà de la publicité, grâce à plusieurs “paris”, comme Loon ou encore la conduite autonome avec Waymo.

Alastair Westgarth, directeur général de Loon, devenue officiellement une filiale Alphabet en juillet dernier, a exprimé sa confiance dans la stratégie de la société. “Plusieurs” entités supplémentaires sont sur le point de signer des contrats avec Loon, a-t-il déclaré. Les effectifs de l’entreprise ont triplé à plus de 200 employés l’an dernier.

Des investisseurs s’intéressent également à Loon. Une filiale de SoftBank Corp, développant des drones internet, a par exemple investi cette année 125 millions de dollars (108,4 millions d’euros) dans Loon dans le cadre d’un partenariat.

Cet investissement a accru l’intérêt, jusqu’ici jamais divulgué, de Loon pour des applications industrielles à destination des fermes et des puits de pétrole offshore.

“Grâce à des années de développement technique, plus de 35 millions de kilomètres parcourus et des centaines de milliers de personnes connectées, nous avons une longueur d’avance et nous sommes bien placés pour connecter beaucoup de gens et saisir les opportunités qui en découlent”, déclare Alastair Westgarth dans un communiqué.

DES LIMITES TECHNIQUES

Loon a décidé de s’associer avec des opérateurs télécoms pour ne pas risquer de brusquer ces derniers, ni ses actionnaires et ni les groupes activistes qui jugent l’influence du géant de l’internet déjà trop importante, ont déclaré trois anciens dirigeants de Google.

La start-up souhaite proposer pour son service un paiement fixe en fonction de la taille de la zone de couverture, majoré des frais liés au trafic de données.

Mais certains clients télécoms potentiels hésitent, préférant payer en fonction du nombre d’abonnés, ont déclaré un opérateur et un ancien responsable de Google.

D’autres se méfient des limitations techniques. En théorie, une constellation de six ballons peut fournir la 4G à des milliers d’appareils sur une zone presque aussi vaste que Porto Rico (environ 9.100 km2), mais les utilisateurs peuvent perdre leur connexion en cas de vents violents.

En outre ces équipements alimentés à l’énergie solaire nécessitent un important ensoleillement toute l’année, ce qui exclut de facto certaines zones. Ces ballons pourraient aussi perturber les autres signaux de communications en se rapprochant des villes.

Chaque ballon coûte des dizaines de milliers de dollars et doit être remplacé tous les cinq mois à mesure que son enveloppe en plastique se dégrade.

Loon n’a pas souhaité s’exprimer sur les coûts mais a dit continuer à améliorer la couverture et la longévité de ces ballons.

MÉFIANCE EN INDONÉSIE

La filiale d’Alphabet a aussi fait face à des obstacles politiques et culturels.

En 2015, elle a invité des responsables indonésiens au siège de Google en vue d’essais dans le quatrième pays le plus peuplé du monde, dont les 268 millions d’habitants, musulmans pour la plupart, sont répartis sur des milliers d’îles, ce qui rend ardu une couverture télécoms traditionnelle.

Quatre ans après, Loon attend toujours le feu vert définitif des autorités pour pouvoir lancer des expérimentations.

Une source raconte que, lors de cette visite, le groupe américain avait notamment servi des sandwichs au porc à ses invités musulmans, ce que Loon conteste.

Au retour en Indonésie de la délégation, des rumeurs selon lesquelles les ballons sont dotés de caméras de surveillance ont circulé sur internet et au sein du gouvernement, ce que Loon rejette également.

En 2016, les autorités indonésiennes ont lancé une enquête sur Google pour évasion fiscale présumée avant de conclure finalement un accord pour un montant non divulgué. La même année, Loon a annulé une visite prévue en Indonésie en raison de la montée du sentiment anti-Google dans le pays, selon deux sources proches des projets du groupe.

Loon a déclaré avoir des contacts fréquents avec les autorités indonésiennes et qu’elles lui avaient accordé une autorisation préliminaire le mois dernier. Le ministère indonésien de la Défense doit toujours cependant procéder à des inspections de sécurité, notamment la recherche d’éventuelles caméras, a déclaré un responsable indonésien à Reuters.

Parallèlement, Telkom Indonesia, le premier opérateur du pays, a choisi de se concentrer sur les satellites pour étendre sa couverture, a déclaré à Reuters David Bangun, l’un des principaux dirigeants du groupe.

L’opérateur espagnol Telefonica, qui a discuté avec Loon pendant des années, teste de son côté des solutions alternatives comme le recours à l’énergie solaire pour réduire les coûts de fonctionnement de ses tours.

Un autre opérateur latino-américain, dont les infrastructures sont exposées aux tempêtes, a déclaré avoir trouvé une solution alternative aux catastrophes: il fortifiera ses tours de transmission.

Voir aussi

* ENCADRE : Le projet Loon d’accès internet par des ballons flottants (Avec Fanny Potkin et Cindy Silviana à Djakarta Claude Chendjou pour le service français, édité par Benoît Van Overstraeten)

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