June 28, 2019 / 4:29 PM / 4 months ago

GESTION-EDRAM investie prudemment, vante le cash et les cycliques

PARIS, 28 juin (Reuters) - Le cycle est très mature et l’environnement chahuté par des risques politiques et s’il convient de rester investis en raison de la proactivité des banques centrales, la modération est de mise, estime Edmond de Rothschild Asset Management (EDRAM) qui vante les vertus du cash pour se protéger d’éventuelles turbulences et saisir les opportunités qui ne manqueraient pas d’apparaître en pareil cas.

Revenant sur l’évolution des marchés depuis le début de l’année, Benjamin Melman, responsable des investissements de la société de gestion, a souligné le contraste entre des marchés, aussi bien de taux que d’actions en forte hausse, et l’attentisme des investisseurs.

“C’est un rallye aussi puissant que sans conviction et sans flux, c’est un rallye sans acheteurs”, a-t-il résumé lors d’une présentation de presse.

Il attribue ce paradoxe à la fois à la maturité du cycle, qui renforce la probabilité d’un basculement en récession et pousse à la prudence et à des marchés qui sont déconnectés, depuis un an, des fondamentaux et sous l’influence des politiques qu’elles soient monétaires, protectionnistes ou populistes.

La société de gestion suit particulièrement deux indicateurs comme signaux avant-coureurs du déclenchement d’une récession : l’inversion de la courbe des taux aux Etats-Unis, en particulier sur la partie courte actuellement la plus inversée, et l’évolution des marges des entreprises qui se contractent en fin de cycle et entraînent un retournement des capex avec un ou deux semestres de décalage.

“On est très avancé dans le cycle, nous ne sommes pas convaincus que l’on soit à l’aube d’un retournement du cycle mais nous surveillons de plus en plus ce risque de très près”, a dit Benjamin Melman.

“REDONNER DU SENS AU CASH”

“Le retour de la liquidité banque centrale sera un élément porteur” pour les marchés, a-t-il poursuivi tout en appelant à faire la distinction entre les liquidités fournies par les banques centrales et la liquidité des marchés eux-mêmes qui se détériore en raison des évolutions de la réglementation bancaire qui réduisent le rôle de teneur de marché des banques d’investissement.

“Dans un contexte de cycle mature où tout le monde se demande quand la prochaine crise va se produire, il va falloir à nouveau donner un vrai sens à la liquidité”, a-t-il dit.

“De plus en plus, nous constituons de vraies poches de cash dans les portefeuilles”, notamment obligataires alors que les marchés de taux sont chers.

Rappelant que le cash coûte au moins 40 points de base au sein de la zone euro, il a ajouté: “sait-on jamais, une fois de plus ce n’est pas notre scénario central et c’est vraiment un scénario adverse mais si la récession devait arriver plus tôt, ou en cas de crise économique ou de crise politique, nous sommes assez convaincus que l’on aurait des crises de liquidités.”

Prenant l’exemple du fonds EdRF Bond Allocation, il a dit que la poche de cash ou d’équivalent cash, correspondant à des bons du Trésor de pays sûrs, atteignait désormais 27%, tout en mettant en avant ses convictions fortes sur la dette émergente et la dette subordonnée financière.

Il s’est dit aussi à “à l’aise” sur le crédit européen mais pas sur le crédit américain en raison du levier élevé des entreprises américaines.

LES CYCLIQUES, NOUVELLES DÉFENSIVES ?

Sur les marchés actions, Christophe Foliot, responsable des investissements sur cette classe d’actifs, a souligné que toute la partie cyclique des marchés actions est quasiment à des plus bas historiques relativement aux valeurs de croissance ou à faibles volatilité (low vol).

“Les niveaux de dispersion entre les valeurs de croissance ou les valeurs ‘low vol’ par rapport aux valeurs cycliques sont extrêmes sur pratiquement tous les marchés”, a-t-il relevé.

“Depuis plusieurs années, beaucoup d’investisseurs s’attendent à une récession et sont positionnés dans cette perspective”, a-t-il poursuivi.

“La question est de savoir s’il faut déjà solder toutes nos valeurs cycliques parce que les choses vont mal se passer à un moment donné ou bien s’il faut considérer que les choses ont été tellement anticipées qu’au premier son du canon ou aux premières détériorations, ce sera au contraire un moment intéressant pour revenir sur ces valeurs.”

Pour lui, la dispersion historique entre les valorisations des valeurs de croissance et “low vol” d’une part et les valeurs sensibles au cycle économique s’explique surtout par une “bulle” sur les premières qui sont perçues comme peu risquées et sont devenues dans certains cas très chères. Elles pourraient décevoir à un moment donné et connaître des compressions de multiples importantes, prévient le gérant.

Il fait ainsi le parallèle entre la situation actuelle du marché américain et celle qui prévalait au début des années 70 avec peu de croissance, peu d’inflation et déjà quelques valeurs seulement qui tiraient tout le marché comme IBM, Polaroïd ou Kodak.

“Ces valeurs se traitaient à un moment sur des multiples de valorisation de 60 à 70 fois les bénéfices. Nous n’y sommes pas encore mais il y a des valeurs très chères comme des Netflix ou des Tesla”, a-t-il dit.

“Le jour où l’inflation est revenue dans les années 70, ces valeurs ont perdu en moyenne 75% de leur valeur. Il n’y a pas eu de changement au niveau fondamental dans l’activité mais le marché n’a plus voulu payer plus de 20 fois les bénéfices pour une entreprise et cela a duré quasiment dix ans”, a-t-il ajouté.

“Si l’on arrive réellement dans une phase de ralentissement économique qui se matérialise par des déceptions sur les résultats et par une détérioration des marges, tous les marchés peuvent baisser mais est-ce que le risque de compression des multiples n’est pas moindre sur les valeurs cycliques ?” s’est-il interrogé. (Marc Joanny, édité par Blandine Hénault)

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