June 28, 2019 / 12:44 PM / 3 months ago

POINT HEBDO-Après un bon semestre, le plus dur pour les marchés est de tenir

* De belles performances pour les indices vedettes au S1

* Les tensions commerciales appelées à perdurer

* La Fed et les résultats au menu de l’été

par Marc Angrand

PARIS, 28 juin (Reuters) - Arrivés au milieu d’une année 2019 agitée, les investisseurs ne peuvent guère compter sur un retour rapide au calme sur le front du commerce et ils se préparent à un second semestre plus incertain malgré la mobilisation générale des banques centrales au secours de la croissance et du crédit.

Pour les actions, le bilan des six premiers mois de l’année est flatteur: vendredi, l’indice MSCI Monde s’acheminait vers une progression de plus de 14% en six mois, le Standard & Poor’s 500 américain vers un gain de plus de 16% et le Stoxx 600 européen vers une hausse de 13% environ.

Pas si mal pour une période marquée par le ralentissement de l’économie mondiale, des tensions commerciales constantes et les turbulences liées pêle-mêle au Brexit, à l’Italie ou au Moyen-Orient, une conjonction de risques déjà à l’origine du passage à vide boursier de mai.

“A l’horizon de trois, quatre mois, le scénario principal, c’est que les actions se tiennent bien. La baisse de mai était un mouvement de consolidation dans une tendance qui reste haussière”, explique Christophe Moulin, responsable des gestions multi-actifs chez BNPP AM.

“Nous maintenons le scénario de ‘Goldilocks fragile’ présenté en début d’année, avec un triptyque croissance-inflation-banques centrales favorable. Ce triptyque est de nature à supporter les marchés et surtout à conforter les investisseurs dans leur appétit pour les actifs de portage mais aussi, à un degré moindre, pour les actifs de croissance comme les actions.”

Pour autant, rares sont les investisseurs qui prédisent pour les mois à venir des performances boursières équivalentes à celles du premier semestre. Notamment parce que la hausse récente s’est appuyée pour une bonne part sur l’anticipation de mesures d’assouplissement monétaires appelées à se concrétiser dans les semaines ou les mois à venir... au risque d’inciter aux prises de profit.

QUELLE RÉACTION APRÈS UNE BAISSE DE TAUX DE LA FED ?

De plus, la Réserve fédérale américaine, en ouvrant grand la porte à une baisse des taux, sans doute dès le 31 juillet, et la Banque centrale européenne (BCE), en entretenant l’espoir d’une relance de l’assouplissement quantitatif, ont certes rassuré et évité la déprime aux marchés. Mais elles ont aussi pris le risque d’alimenter les craintes.

NN Investment Partners rappelle ainsi que si les marchés avaient bien réagi aux cycles de baisse de taux de la Fed de 1995 et 1998, ils avaient baissé pendant ceux de 2001 et 2007.

“Bien sûr, dans les deux derniers cas, l’économie est tombée en récession, ce qui explique la baisse du marché actions. Cette fois-ci pourrait être différente car les baisses de taux prévues sont des baisses d’’assurance’ visant à empêcher l’économie de s’enfoncer dans une déflation à la japonaise”, expliquent NN IP.

En effet, si l’économie américaine n’est toujours pas menacée de contraction à court terme, elle commence à montrer des signes de décélération marqués, visibles notamment sur le marché de l’emploi.

La publication du rapport mensuel sur l’emploi américain pour le mois de juin, attendue vendredi prochain, sera ainsi particulièrement suivie après la forte déception du mois de mai, au cours duquel les créations de postes étaient tombées sous le seuil des 100.000.

Mais l’économie américaine montre aussi des signes d’essoufflement dans l’immobilier et le secteur manufacturier, le plus touché par la montée des barrières douanières.

ATTENTES MODESTES POUR LES RÉSULTATS TRIMESTRIELS

Ce dernier facteur reste évidemment prépondérant pour beaucoup d’investisseurs et la rencontre de samedi entre Donald Trump et Xi Jinping ne devrait pas changer la donne.

“La problématique des tarifs douaniers n’est que le sommet de l’iceberg, la thématique de la démondialisation est plus structurelle, dit ainsi Christophe Moulin. Nous nous attendions à ce que, dans cette ère de démondialisation, il y ait des vagues de tension et des phases d’accalmie dans le marché. C’est exactement ce qui s’est produit en 2018 et début 2019; on s’attend à ce que ces vagues continuent leur chemin cette année et l’année prochaine; il faut un peu surfer sur ces vagues.”

Un positionnement qui incite BNPP AM à se positionner par exemple sur le dollar contre les monnaies asiatiques, sur le CAC 40 contre le Dax ou encore sur les obligations d’Etat américaines contre les allemandes. Tout en gardant à l’esprit deux scénarios alternatifs aux probabilités non négligeables: celui d’un ralentissement économique plus global et plus marqué et celui d’un retour des tensions inflationnistes.

Autre facteur à prendre en compte: l’évolution des flux d’investissement, qui reste défavorable aux actions.

“Les investisseurs semblent avoir profité de la hausse des marchés actions pour alléger leurs positions (...) et leur niveau de confiance est faible”, note Nadège Dufossé, responsable de l’allocation d’actifs chez Candriam, qui conserve néanmoins une surpondération sur les actions.

“Il nous faudrait capituler si le ralentissement de l’activité se renforçait et si les banques centrales étaient impuissantes à enrayer le ralentissement de l’activité en cours”, explique-t-elle.

De quoi stimuler l’intérêt pour les publications de résultats à venir, qui justifieront ou pas les niveaux de valorisation élevés atteints par les grands indices, à commencer par le S&P-500, dont le ratio cours/bénéfice s’affiche à 17,8.

Le consensus pour le premier trimestre est pour l’instant prudent, avec une hausse attendue de 0,3% des profits de l’indice américain selon le consensus Refinitiv. Pour le Stoxx 600, le marché table même sur une baisse des profits de 2%.

Voir aussi:

*GESTION-L’obligataire toujours à la fête, grand retour sur l’or-BAML

*ENQUÊTE-Les rendements souverains bas pendant encore au moins deux ans

*ANALYSE-Calme plat sur le marché des changes, avant la tempête ?

*”Retour vers les futures”-La peur d’un krach profite aux dérivés en Europe

Edité par Blandine Hénault

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