June 12, 2019 / 3:37 PM / 3 months ago

GRAPHES -Loin d'être "dévalué", l'euro profite des tensions commerciales

* Le taux de change effectif de l’euro au plus haut depuis 5 mois

* La baisse du yuan pénalise les exportateurs européens

* Donald Trump juge que l’euro est “dévalué”

* La vigueur de l’euro pose problème à la BCE - sources

par Tommy Wilkes

LONDRES, 12 juin (Reuters) - La dépréciation du yuan induite par le conflit commercial entre les Etats-Unis et la Chine n’est pas sans conséquence sur l’euro, dont l’appréciation contre les devises des principaux partenaires commerciaux de la zone euro handicape les économies du bloc les plus dépendantes de l’export, Allemagne en tête.

Contrairement aux récriminations du président américain, Donald Trump, sur un euro “dévalué” qui donnerait un avantage compétitif indu aux exportateurs européens, la monnaie unique européenne a atteint un plus haut de cinq mois par rapport à un panier de devises des principaux partenaires commerciaux de la zone euro, selon les calculs de la Banque centrale européenne (BCE).

Son indice du taux de change effectif réel de l’euro est en hausse de près de 4% depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Trump.

L’aggravation des tensions commerciales a alimenté son appréciation avec une progression de 1,6% depuis le début du mois de mai, qui le place 2% seulement en dessous de son plus haut de quatre ans atteint en 2018.

Sa vigueur est un défi supplémentaire pour la BCE, déjà confrontée à la faiblesse de la croissance et de l’inflation au sein de la zone euro.

Le poids des devises émergentes dans le panier de calcul du taux de change effectif réel s’est accru au fil du renforcement des économies concernées dans les échanges commerciaux avec la zone euro. Ainsi, le yuan chinois pèse désormais 23% de ce panier, contre un peu moins de 10% en 2003 alors que la pondération du dollar est passée sur la même période de 22% à 17%.

Les responsables monétaires de la BCE ne cachent pas leur préoccupation. Des sources au fait des discussions au sein du conseil des gouverneurs ont dit à Reuters qu’après la réunion de politique monétaire de la semaine dernière, ils étaient prêts à une baisse des taux si la vigueur de l’euro devait continuer à peser sur une économie déjà pénalisée par la guerre commerciale.

“Je vais vous donner cinq motifs de baisser les taux”, a dit l’une des sources avant de répéter à cinq reprises : “le taux de change”.

Si le taux de change ne figure pas parmi les objectifs de la BCE, dont le seul mandat porte sur la stabilité des prix, - mais par conséquent sur tout ce qui peut y contribuer - le président de l’institution, Mario Draghi, a évoqué l’appréciation de l’euro la semaine dernière lors de la traditionnelle conférence de presse qui suit chaque réunion de politique monétaire.

L’EURO EST SOUS-ÉVALUÉ SELON CERTAINS MODÈLES

“Pour une banque centrale confrontée au risque d’un ralentissement de l’économie avec une inflation faible, la dernière chose souhaitable, c’est une appréciation du taux de change”, a dit Jane Foley, analyste à la Rabobank.

Les responsables monétaires européens n’apprécieraient certainement pas que Donald Trump “plaide pour une baisse du dollar”, a-t-elle ajouté.

Certains modèles de valorisation, comme celui de la parité des pouvoirs d’achat, font ressortir une sous-évaluation de l’euro, sachant que le dollar s’est renforcé au cours des dernières années, a-t-elle ajouté.

Mais elle a expliqué cette situation par la surperformance de l’économie américaine et la hausse rapide par la Réserve fédérale de ses taux directeurs depuis la fin 2015.

De plus, si Donald Trump peut se plaindre de la baisse de plus de 4% de l’euro contre le dollar en termes nominaux depuis un an, la monnaie unique européenne s’est appréciée de 10% contre le billet vert depuis son lancement.

L’évolution de l’euro va désormais largement dépendre de l’ampleur de la dépréciation du yuan décidée par les autorités chinoises.

La devise chinoise a fortement chuté depuis le mois de mai et les nouvelles menaces de droits de douane de l’administration américaine, comme elle l’avait fait après la première offensive tarifaire de Donald Trump.

Elle s’est rapprochée du seuil psychologique de 7 yuans pour un dollar dont Pékin pourrait accepter qu’il soit franchi si le confit commercial devait s’envenimer malgré la rencontre prévue entre Donald Trump et son homologue chinois, Xi Jinping, en marge du sommet du G20 d’Osaka des 28 et 29 juin.

Dans son premier entretien à un média international, le gouverneur de la Banque populaire de Chine (BPC), Yi Gang, a d’ailleurs déclaré la semaine dernière qu’il ne pensait pas qu’aucun “chiffre numérique” soit plus important qu’un autre.

L’appréciation de l’euro pénalise toutefois la compétitivité des exportateurs européens, notamment les allemands, dont les ventes à l’étranger ont chuté de près de 4% en avril, leur recul le plus marqué depuis août 2015.

Mais un affaiblissement de l’euro ne serait pas nécessairement la panacée pour les économies les plus exportatrices de la zone euro au moment où le ralentissement de la croissance mondiale pèse sur la demande en biens et services.

Konstantinos Venetis, économiste de TS Lombard, estime que le taux de change est un moindre problème aujourd’hui que lors de précédentes “guerres des changes” au cours desquelles certains pays cherchaient délibérément à obtenir un avantage compétitif en dépréciant leur devise.

“Ce qu’il faut réellement, c’est que la demande mondiale reparte. Si cela se produit, l’euro, même à 1,20 dollar, ne sera pas douloureux”, a-t-il dit. “La dépréciation de la devise peut soutenir vos exportations mais seulement si l’économie mondiale croît à vive allure et si la demande est solide.”

Marc Joanny pour le service français, édité par Marc Angrand

0 : 0
  • narrow-browser-and-phone
  • medium-browser-and-portrait-tablet
  • landscape-tablet
  • medium-wide-browser
  • wide-browser-and-larger
  • medium-browser-and-landscape-tablet
  • medium-wide-browser-and-larger
  • above-phone
  • portrait-tablet-and-above
  • above-portrait-tablet
  • landscape-tablet-and-above
  • landscape-tablet-and-medium-wide-browser
  • portrait-tablet-and-below
  • landscape-tablet-and-below