April 12, 2019 / 9:20 AM / 7 days ago

ENTRETIEN-Des tarifs sur l'automobile seraient très dommageables-FMI

WASHINGTON, 12 avril (Reuters) - Une nouvelle guerre commerciale induite par des droits de douane américains sur l’automobile pourrait causer bien plus de dommages à l’économie mondiale que le conflit actuel entre Pékin et Washington, prévient l’économiste en chef du Fonds monétaire international, Gita Gopinath.

Dans un entretien à Reuters, Gita Gopinath a indiqué qu’un tel conflit pénaliserait les exportations de beaucoup plus de pays et provoquerait une levée de barrières douanières en représailles sur des biens américains par plusieurs partenaires commerciaux des Etats-Unis.

“Nous sommes inquiets de ce que des tarifs douaniers sur l’automobile pourraient faire à l’économie mondiale à un moment où nous sommes plutôt dans une phase de reprise”, a-t-elle expliqué en marge des réunions du FMI et de la Banque mondiale à Washington.

Si les tensions commerciales devaient se propager à l’automobile, cela perturberait aussi de larges pans de la chaîne d’approvisionnement manufacturière mondiale.

“Donc ce serait de fait beaucoup plus coûteux pour l’économie mondiale que simplement les tensions commerciales que nous avons entre les Etats-Unis et la Chine”, a estimé Gita Gopinath, qui est aussi enseignante à l’Université de Harvard.

Donald Trump a menacé de mettre en place des droits de douane de 25% sur les importations de voitures et de pièces détachées automobiles, évoquant la sûreté nationale avec une loi de 1962 destinée à protéger les bases industrielles militaires pendant la Guerre froide.

Le président américain a ouvertement admis qu’il se servait de cette menace pour pousser ses partenaires, dont le Japon et l’Union européenne, à engager des négociations commerciales plus larges. Il a aussi menacé récemment le Mexique d’imposer des tarifs sur l’automobile à moins que son voisin n’accepte de renforcer la sécurité à la frontière avec les Etats-Unis.

Le département du Commerce a soumis à la Maison blanche des recommandations dans son étude “Section 232” quant au fait de savoir si les importations d’automobiles constituaient une menace pour la sécurité nationale mais il n’en a pas révélé le contenu.

Dans le cadre de la “Section 232”, Donald Trump a jusqu’au 17 mai pour agir sur une éventuelle recommandation à instaurer des tarifs douaniers qui serait contenue dans le rapport.

S’il devait mettre en oeuvre des droits de douane sur l’automobile, ces tarifs pénaliseraient l’économie au second semestre 2019, à un moment où le FMI prédit un rebond de la croissance mondiale soutenu par la pause observée par la Réserve fédérale dans le relèvement de ses taux d’intérêt et par le biais plus accommodant pris par d’autres grandes banques centrales.

PRÉVISION “PRÉCAIRE”

Selon les prévisions économiques mondiales du FMI publiées mardi, le rebond de la croissance devrait se poursuivre en 2020, mais l’institution a prévenu que la prévision était “précaire” et vulnérable à plusieurs risques.

Pour Gita Gopinath, le commerce constitue le risque principal, devant la hausse de l’endettement des Etats et des entreprises, les tensions sur certains grands pays émergents et une sortie chaotique du Royaume-Uni de l’Union européenne.

Mais elle estime qu’un accord commercial entre les Etats-Unis et la Chine pourrait soutenir la croissance mondiale si les tarifs douaniers que se sont imposés respectivement les deux premières puissances économiques mondiales étaient levés.

Les dernières prévisions du FMI prennent en compte le maintien des tarifs américains de 25% sur l’équivalent de 50 milliards de dollars de produits chinois et des droits de douane de 10% sur 200 milliards de dollars d’importations en provenance de Chine.

Les négociateurs américains et chinois négocient actuellement pour parvenir à un accord commercial.

“Si cela se conclut par une levée de tous les tarifs douaniers mis en place entre la Chine et les Etats-Unis l’an dernier, alors cela serait positif pour les prévisions”, estime Gita Gopinath.

L’impact sur la croissance dépendra pour beaucoup du contenu de l’accord et un accord qui ne réglerait pas les tensions sur le long terme pourrait laisser des incertitudes susceptibles de peser sur l’investissement des entreprises, un facteur qui a déjà pesé sur la croissance en 2018.

“Nous plaidons en faveur d’une résolution rapide et durable des tensions commerciales”, indique Gita Gopinath. “Pas quelque chose qu’il faudra revoir tous les trois ou six mois”. (Blandine Hénault pour la version français, édité par Patrick Vignal)

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