April 5, 2019 / 12:45 PM / 2 months ago

POINT HEBDO-Sur les marchés, les résultats se font attendre, sur tous les fronts

* BCE et FMI face au ralentissement mondial

* L’incertitude persiste sur le commerce et le Brexit

* Les banques US en lever de rideau des résultats du T1

par Marc Angrand

PARIS, 5 avril (Reuters) - Après un premier trimestre faste pour les actions, la semaine à venir pourrait donner le ton des prochains mois sur les marchés en apportant de nouveaux éléments aux investisseurs sur les perspectives de croissance, l’évolution des politiques monétaires et la solidité des résultats d’entreprises.

Mais les marchés ne se font aucune illusion: il leur faudra patienter encore avant de voir clos les dossiers à rallonges multiples du commerce USA-Chine et du Brexit.

La Banque centrale européenne (BCE), dont la réunion est avancée à mercredi, devrait revenir sur l’adaptation de sa stratégie aux multiples signes de ralentissement économique annoncée le mois dernier avec le report à 2020 au plus tôt de la première hausse de taux et la promesse de nouvelles opérations de refinancement à long terme (TLTRO) destinées aux banques.

Si aucune annonce n’est attendue, son président Mario Draghi sera forcément interrogé sur le projet d’aménagement du taux de dépôt négatif (-0,4%), censé réduire le coût que les banques doivent supporter sur leurs réserves excédentaires.

“La BCE a pris en compte le fait que les conditions financières des entreprises et des agents économiques s’étaient un peu dégradées, que le vecteur de transmission qu’est le système bancaire commençait à souffrir”, explique Vincent Guenzi, stratège de Cholet-Dupont.

“Ça permet de stabiliser le comportement en Bourse du secteur bancaire, donc les notations, donc les capacités de refinancement du secteur bancaire sur le marché.”

D’autres sont plus sceptiques sur le changement de ton de la BCE : pour Franck Dixmier, directeur des gestions obligataires d’Allianz GI, “à force d’insister sur les risques économiques et de mettre en avant des mesures d’urgence qui ne paraissent pas nécessaires aujourd’hui, elle risque d’alimenter les incertitudes qui pèsent encore sur les marchés”.

La BCE ne modifiera pas ses prévisions de croissance mercredi mais la veille, c’est le Fonds monétaire international (FMI) qui devrait abaisser les siennes après l’OCDE, l’OMC et plusieurs gouvernements.

L’INVERSION DE LA COURBE DES TAUX, DÉJÀ DU PASSÉ

En janvier, le FMI a déjà ramené de 3,7% à 3,5% sa prévision de croissance mondiale pour cette année mais ce chiffre semble déjà hors d’atteinte au vu du choc subi ces derniers mois par les échanges commerciaux mondiaux, de la poursuite du ralentissement en Chine et des signes de dégradation de la conjoncture aux Etats-Unis et dans la zone euro.

Si les indices PMI chinois, la production industrielle allemande et le rapport mensuel sur l’emploi américain ont quelque peu rassuré ces derniers jours, les statistiques de la balance commerciale allemande lundi, puis chinoise vendredi, pourraient venir confirmer le scénario d’un coup de frein au commerce international.

Et il faudra encore patienter avant qu’un éventuel accord entre les Etats-Unis et la Chine permette d’espérer une reprise des échanges. Jeudi, le président américain, Donald Trump, a évoqué un délai de quatre semaines avant un possible accord “vraiment monumental”.

“On peut s’attendre à une non-application des droits de douane, à un début d’ouverture de la Chine sur les questions sensibles de la propriété intellectuelle et des transferts de technologie et à l’ouverture du marché à certains services, et tant que les négociations ne sont pas rompues, le marché vit d’espoir”, résume Vincent Guenzi.

“On est dans ce schéma depuis plusieurs semaines et plus ça dure, plus ça accrédite l’idée qu’on aura une issue favorable, ce qui contribue à porter les marchés, même s’ils commencent à avoir déjà intégré ces bonnes nouvelles.”

Le commerce devrait être évoqué dans le compte rendu de la dernière réunion de la Réserve fédérale attendu lui aussi mercredi, qui pourrait apporter un nouvel éclairage sur l’annonce en mars de l’arrêt de la hausse des taux.

Si cette décision est à l’origine de l’inversion partielle de la courbe des taux qui a alarmé les marchés fin mars, ce signal d’alarme s’est éteint depuis.

“On entendait dire que l’inversion de la courbe des taux annonçait une récession mais on a compris que ce n’était pas le cas: la Fed essaie simplement de prolonger le cycle tant que celui n’est pas en surchauffe et qu’il n’y a pas d’inflation”, dit le stratège de Cholet-Dupont.

“On a encore six à neuf mois au moins d’observation devant nous avant de voir éventuellement des indicateurs s’allumer. Et même quand ils s’allumeront, on aura encore six ou neuf mois avant un ‘top’ de marché et un retournement cyclique.”

LES BÉNÉFICES EN BAISSE AU PREMIER TRIMESTRE

La patience des investisseurs risque surtout d’être une nouvelle fois mise à l’épreuve par le feuilleton du Brexit.

Les multiples votes des dernières semaines à la Chambre des communes, qu’ils soient “indicatifs” ou “significatifs”, n’ont guère fait avancer Londres et l’Union vers une solution permettant d’éviter un Brexit sans accord, obligeant Theresa May à solliciter un nouveau report, peut-être jusqu’au 30 juin.

Le Conseil européen extraordinaire convoqué mercredi pourrait donc devoir se prononcer sur ce report, à condition que la Première ministre présente aux 27 une stratégie convaincante.

La fin de semaine sera aussi marquée par le coup d’envoi de la période des publications de résultats avec ceux des banques américaines JPMorgan Chase et Wells Fargo.

Le premier trimestre de cette année devrait avoir connu un coup de frein brutal aux profits des sociétés cotées: selon les données Refinitiv les plus récentes, ceux de l’indice américain Standard & Poor’s 500 devraient avoir baissé de 2,1% par rapport aux trois premiers mois de l’an dernier, et ceux du Stoxx 600 européen de 1,6%.

Le consensus prédit certes une amélioration progressive pour la suite de l’année et en 2020, mais les estimations ont largement le temps d’être remises en cause: pour le Stoxx 600, le consensus sur la croissance des bénéfices du premier trimestre a été divisé par deux depuis début février.

Ces doutes poussent certains investisseurs à s’interroger sur la solidité des niveaux de valorisation atteints avec le rebond des trois derniers mois.

“Les actions sont désormais proches de leur valeur d’équilibre et le contexte de réduction des excès de liquidités, de vieillissement du cycle économique et de ralentissement de la croissance des bénéfices par action devrait limiter le potentiel d’expansion des PER”, résument ainsi les responsables de la stratégie européenne de Barclays.

Voir aussi:

*GESTION-Toujours des flux sortants sur les actions en dépit du rally boursier-BAML (Edité par Blandine Hénault)

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