April 2, 2019 / 2:40 PM / 3 months ago

Shell quitte un lobby pétrolier pour désaccord sur le climat

* Shell quittera l’AFPM en 2020

* Shell examine ses liens avec 19 associations professionnelles

* Un rapport salué comme une première par certains investisseurs

par Ron Bousso

LONDRES, 2 avril (Reuters) - Royal Dutch Shell a annoncé mardi son départ d’une association professionnelle américaine rassemblant des acteurs du raffinage en raison d’un désaccord sur ses positions en matière de climat, une première pour une “major” pétrolière.

Le géant anglo-néerlandais a entrepris d’examiner ses liens avec 19 associations professionnelles.

Dans le premier rapport qu’il publie sur le sujet, le groupe déclare avoir constaté un “désaccord essentiel” sur les positions climatiques défendues par l’American Fuel & Petrochemical Manufacturers (AFPM), qui regroupe notamment Exxon Mobil, Chevron, BP et Total.

Il annonce qu’il quittera l’association en 2020.

Ce rapport vise à renforcer la politique de Shell en matière de transparence et à montrer aux investisseurs que le groupe s’inscrit dans les objectifs de l’Accord de Paris sur le climat adopté en 2015. Ce dernier vise à limiter la hausse de la température mondiale à moins de deux degrés Celsius par rapport à l’époque pré-industrielle.

Cette décision illustre également la façon dont les sociétés pétrolières sont contraintes de modifier leur comportement face au changement climatique sous la pression des investisseurs.

“L’AFPM n’a pas exprimé son soutien à l’objectif de l’Accord de Paris. Shell soutient l’objectif de l’Accord de Paris”, déclare la société anglo-néerlandaise dans son rapport.

Shell ajoute ne pas être d’accord avec l’opposition de l’AFPM à un prix du carbone et à des initiatives sur les technologies à faibles émissions de carbone.

Le directeur général de l’AFPM, Chet Thompson, a remercié Shell pour sa “longue collaboration”.

“Comme toute famille, nous ne sommes pas toujours parfaitement d’accord sur toutes les politiques mais nous nous efforçons toujours de parvenir à des positions consensuelles”, déclare Chet Thompson, cité dans un communiqué.

L’API ÉGALEMENT DANS LE VISEUR

Les 300 membres américains et internationaux de l’AFPM exploitent au total 110 raffineries et 229 sites pétrochimiques, selon le rapport 2018 de l’organisation.

Le rapport de Shell a été accueilli favorablement par Adam Matthews, directeur de l’éthique et de la mobilisation du conseil des retraites de l’Église anglicane, un actionnaire du groupe avec lequel il a mené des discussions sur sa politique en matière de climat.

“C’est une première dans le secteur”, relève Adam Matthews.

“Avec cet examen, Shell a établi la référence en matière de pratiques exemplaires du lobbying, non seulement dans les secteurs du pétrole et du gaz, mais dans tous les secteurs. Le défi consiste maintenant à faire de même pour les autres.”

Shell a également fait état de “certains” désaccords avec neuf autres associations professionnelles, dont l’American Petroleum Institute, le principal lobby de l’industrie pétrolière et gazière. Il précise toutefois qu’il continuera à travailler avec lui sur les questions climatiques tout en veillant à la conformité de ses engagements avec les siens. (Catherine Mallebay-Vacqueur pour le service français, édité par Bertrand Boucey)

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