March 29, 2019 / 3:35 PM / 4 months ago

LEAD 3-Brexit: Le risque d'un No Deal se précise après le vote des Communes

* Les Européens réclamaient que l’accord de Brexit soit ratifié cette semaine

* Un sommet extraordinaire se tiendra le 10 avril

* Londres dispose de deux semaines pour trouver une solution

* A défaut, le Royaume-Uni quittera l’UE sans accord le 12 avril (.)

par William James, Kylie MacLellan et Elizabeth Piper

LONDRES, 29 mars (Reuters) - Les députés de la Chambre des communes ont rejeté vendredi, pour la troisième fois depuis janvier, l’accord de sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne par 344 voix contre 286, le jour même de la date initialement prévue pour le Brexit.

A la suite de ce nouveau rejet, le Royaume-Uni devrait quitter l’UE sans accord le 12 avril, sauf si Londres présente d’ici là une alternative et demande un nouveau report.

Aussitôt connue l’issue du vote, le président du Conseil européen, Donald Tusk, a annoncé la tenue d’un sommet extraordinaire de l’UE le 10 avril.

A l’issue du débat à Westminster, la Première ministre Theresa May avait exhorté les députés à voter en faveur de l’accord, jugeant que c’était la dernière occasion pour garantir que le Brexit ait bien lieu.

Accepter l’accord, avait-elle souligné, devait écarter le risque d’un report prolongé de la date du Brexit susceptible de remettre en cause le principe même de la sortie du Royaume-Uni de l’UE. Elle n’a pas été entendue.

“Je crains que nous ayons atteint les limites de ce processus à la Chambre”, a-t-elle déclaré après sa nouvelle défaite. “Les implications de la décision de la Chambre sont graves”, a ajouté la Première ministre, qui devrait débattre dans les prochaines heures et les prochains jours avec les membres de son cabinet des suites à donner à la procédure de divorce avec l’Union européenne.

La dirigeante britannique, qui avait mis sa démission dans la balance pour tenter de trouver une majorité sur l’accord de divorce négocié avec les Européens, dispose de deux semaines pour convaincre ses 27 partenaires européens qu’elle dispose d’une solution. A défaut, ainsi qu’elle l’a redit devant les Communes, ce sera un “No Deal”, une sortie sans accord que redoutent les milieux économiques.

Pour éviter ce “saut dans le vide”, Londres pourrait demander un nouveau, et long, report de la date du divorce (mais les Britanniques devraient alors participer aux élections européennes de la fin mai) ou en passer par de nouvelles élections. Il est également possible, en théorie, d’annuler toute la procédure de divorce, ce que redoutent les plus ardents Brexiters qui se sont rassemblés vendredi devant Westminster.

UN DIVORCE SANS ACCORD ? SCÉNARIO PROBABLE

Le nombre de députés rejetant l’accord a été vendredi quelque peu inférieur à celui des deux précédents votes, le 15 janvier et le 12 mars. Le 15 janvier, les députés avaient rejeté l’accord par une énorme majorité de 432 voix contre et 202 pour. Le 12 mars, cette majorité contre s’était réduite, 391 députés votant contre l’accord et 242 pour.

A Bruxelles, la Commission européenne a estimé qu’une sortie sans accord du Royaume-Uni le 12 avril était “un scénario probable”.

En France, l’Elysée a jugé que ce nouveau rejet “accroît très fortement les risques d’une sortie sans accord”. “Il appartient d’urgence au Royaume-Uni de présenter dans les tout prochains jours un plan alternatif (élections législatives, referendum, union douanière...). A défaut, et cela devient le plus probable, nous constaterons que le Royaume-Uni quitte l’Union européenne sans accord”, a ajouté la présidence française.

Le Premier ministre néerlandais, Mark Rutte, a déclaré que le risque d’un Brexit sans accord était désormais “très réel”.

Pour le chancelier autrichien Sebastian Kurz, Londres se doit de proposer à l’UE un nouveau plan de Brexit, dans les deux semaines à venir, faute de quoi un “Brexit dur” interviendra.

Sur les marchés financiers, la livre sterling a marqué le coup. Vers 19h00 GMT, elle était en baisse de 0,3% face au dollar et de 0,2% face à l’euro.

CORBYN APPELLE MAY À LA DÉMISSION

Theresa May, pour tenter de rallier les suffrages de certains élus conservateurs, s’était engagée mercredi à démissionner si l’accord avait été voté ce vendredi.

Mais sa décision, qualifiée de sacrifice par certains, n’a pas impressionné les élus nord-irlandais du Parti unioniste démocratique (DUP), indispensables à sa majorité parlementaire et qui sont restés inflexibles.

Jeremy Corbyn, chef de file du Labour (opposition britannique), a affirmé que la Première ministre devait partir sans attendre et a réclamé la tenue d’élections législatives anticipées pour permettre aux Britanniques de décider de leur avenir.

Un député conservateur pro-Brexit, Steve Baker, a estimé lui aussi que May devait laisser la place à un nouveau dirigeant et reconnaître que son accord de Brexit est “cuit”.

Contrairement aux votes du 15 janvier et du 12 mars, le scrutin de vendredi aux Communes portait uniquement sur l’accord de retrait, pas sur la “déclaration politique” concernant les relations futures entre le Royaume-Uni et l’UE.

Lundi prochain, les parlementaires vont tenter de reprendre la main sur le gouvernement pour tenter de définir un plan alternatif susceptible de réunir une majorité aux Communes.

Une première série de “votes indicatifs” s’est déroulée mercredi dernier, et aucune des huit options soumises au vote des élus n’a réuni de majorité.

Les motions qui ont obtenu pour l’instant le plus de suffrages proposent soit des relations plus étroites avec l’UE, avec notamment le maintien d’une union douanière, soit un second référendum.

Oliver Letwin, le député conservateur à l’origine de ces “votes indicatifs”, estimait jeudi matin que cette “voie parlementaire” n’était pas encore en échec. “Je pense qu’à un moment ou un autre, nous devrons soit approuver un accord, soit accepter de trouver une alternative si nous voulons éviter un ‘no deal’ le 12 avril, qui est pour le moment je pense l’issue la plus probable”, disait-il au micro de la BBC.

Pour retrouver la couverture EN DIRECT des événements de la journée:

LE POINT sur les négociations du Brexit

CHRONOLOGIE des négociations du Brexit

Avec Costas Pitas, Kate Holton, Tom Finn and Tommy Wilkes; Eric Faye et Guy Kerivel pour le service français, édité par Henri-Pierre André

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