January 22, 2019 / 3:18 PM / 3 months ago

LEAD 2-Renault convoque son conseil jeudi pour tourner la page Ghosn

(Répétition)

* La réunion commencera à 10h00

* Senard devrait être choisi comme président et Bolloré promu DG

* Ghosn s’est résolu à démissionner

* Sa demande de libération encore rejetée au Japon

par Laurence Frost et Gilles Guillaume

PARIS, 22 janvier (Reuters) - Renault a convoqué un conseil d’administration jeudi pour travailler à la succession de son PDG Carlos Ghosn, a déclaré mardi soir Bruno Le Maire, confirmant une information de Reuters sur cette réunion susceptible d’apaiser les tensions avec Nissan deux mois après l’arrestation au Japon du patron de l’alliance, Carlos Ghosn.

“Il y aura un conseil d’administration de Renault qui se réunira jeudi, c’est lui qui prendra la décision sur la gouvernance de Renault”, a dit le ministre français de l’Economie et des Finances sur BFM TV.

Le conseil d’administration, qui se réunira à partir de 10h00 (09h00 GMT), va réfléchir à la désignation de Jean-Dominique Senard, actuel président de Michelin, à la présidence et à la promotion de Thierry Bolloré, actuel directeur général adjoint, au poste de directeur général, selon trois sources.

Ces noms ont, comme attendu, été proposés par le comité des nominations du constructeur automobile français.

Sans confirmer explicitement ces informations, le ministre, qui se contentait jusqu’ici de saluer les qualités du président de Michelin, a plus clairement affiché son soutien en déclarant que “Jean-Dominique Senard ferait un excellent président de Renault”.

Il s’est également prononcé en faveur d’une gouvernance bicéphale, précisant que l’Etat actionnaire était “favorable à la dissociation des missions de président et de directeur général”, le premier s’occupant de la stratégie de long terme et le second du fonctionnement de l’entreprise au jour le jour.

Avec cette initiative, le constructeur français va officiellement tourner la page de deux décennies qui auront vu Carlos Ghosn superviser le sauvetage de Nissan par Renault en 1999 puis porter cette alliance au sommet du secteur automobile mondial par les ventes.

Nissan a pour sa part évincé Carlos Ghosn trois jours seulement après son arrestation pour des soupçons de malversations financières. L’homme fort de la première alliance automobile mondiale a depuis été inculpé de trois chefs pour avoir minimisé sa rémunération pendant huit ans, pour un total de plus de 80 millions de dollars (70,5 millions d’euros), et transféré temporairement dans les comptes de Nissan des pertes personnelles.

VERS UNE ÉVOLUTION DE L’ALLIANCE?

Bien qu’il démente ces accusations, Carlos Ghosn a désormais accepté de démissionner de ses fonctions chez Renault, dont l’Etat français est le premier actionnaire, ont dit à Reuters trois sources proches du dossier. Il s’y est résolu à la suite du rejet par le tribunal de Tokyo d’une nouvelle demande de libération sous caution et de récentes déclarations du gouvernement français, qui a ouvertement plaidé en faveur de son remplacement au vu de la prolongation de sa détention.

“Au moment où je vous parle (...) la gouvernance provisoire qui est encore à la tête de Renault n’a pas reçu de lettre de démission de Carlos Ghosn”, a cependant déclaré Bruno Le Maire sur BFM TV.

A 64 ans, Carlos Ghosn risque désormais de rester en détention jusqu’à son éventuel procès au Japon.

Cette saga judiciaire a ébranlé l’alliance entre Renault et Nissan alors que le constructeur français est le premier actionnaire de son partenaire japonais avec 43,4% du capital. Ce dernier ne possède qu’une participation de 15% sans droit de vote chez son allié.

Une fois réglée la succession de Carlos Ghosn, les autorités françaises semblent vouloir travailler à la consolidation de l’alliance entre Renault et Nissan via une nouvelle structure. Carlos Ghosn était censé mener cette réflexion conformément au mandat qui lui avait été confié l’an dernier lors du renouvellement de son contrat à la tête du groupe au losange.

“Nous souhaitons que le prochain président ait comme priorité absolue la consolidation de l’alliance”, a confirmé Bruno Le Maire.

Ces projets suscitent toutefois la méfiance de Nissan. Hiroto Saikawa, directeur général du constructeur japonais, a déclaré la semaine dernière que l’évolution de la structure de l’alliance n’était “vraiment pas la priorité actuelle” malgré l’impatience de certains actionnaires face à la sous-valorisation de leur investissement. (Benoit Van Overstraeten et Bertrand Boucey pour le service français, avec Myriam Rivet à Paris, édité par Sophie Louet)

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