January 10, 2019 / 1:16 PM / in 12 days

ENTRETIEN-Les marchés exagérément pessimistes pour 2019-DWS

* Pas de catastrophe en vue en 2019 pour DWS

* Le pessimisme des marchés d’actions jugé excessif

* La croissance devrait tout de même ralentir

* Une ou deux hausses de taux possibles aux Etats-Unis

* La montée des populismes menace les fondamentaux

par Patrick Vignal

PARIS, 10 janvier (Reuters) - La nervosité est palpable sur les marchés financiers au sortir d’une année brutale mais le pessimisme généralisé concernant l’année qui commence est sans doute excessif, dit-on chez DWS.

Toutes les classes d’actifs ont souffert en 2018, si l’on veut bien exclure les Bunds allemands et le dollar, rappelle Stefan Kreuzkamp, directeur des investissements de la société de gestion allemande.

“A ma connaissance, nous venons de vivre, de ce point de vue, la pire année depuis 1901, soit plus de 100 ans, alors que même lors des grandes crises financières de 1929 et 2008, certaines classes d’actifs avaient généré du rendement”, dit-il à Reuters. “Cela rend naturellement les investisseurs nerveux.”

Cette inquiétude est-elle justifiée ?

Si l’on veut être négatif, oui, en raison des incertitudes qui se bousculent, reconnaît Stefan Kreuzkamp avant de citer pêle-mêle les tensions commerciales, l’Italie, le Brexit, la montée des populismes et la possibilité d’une erreur de la part d’une banque centrale.

“En termes de politique monétaire, la crainte du marché concerne ce qui se passerait en cas de ralentissement économique, en particulier en Europe”, dit-il.

“La BCE n’a clairement plus de munitions: le taux de dépôt est à -40 points de base, le bilan est gonflé à bloc et les autres instruments risquent d’être moins efficaces qu’ils l’ont été.”

PAS DE CATASTROPHE EN VUE

En ce qui concerne la Réserve fédérale, le marché redoute une poursuite du resserrement monétaire en dépit de signes d’un tassement de l’activité, un scénario auquel Stefan Kreuzkamp dit ne pas croire.

“Jerome Powell a clairement expliqué que la Fed surveillait attentivement la situation sur les marchés et je considère comme hautement improbable une erreur de politique monétaire aux Etats-Unis”, dit-il.

Le stratège de DWS n’en pense pas moins que les marchés ont tort de miser sur zéro hausse de taux cette année du côté de la Fed.

“Je pense personnellement que l’économie américaine n’est pas encore au bord du gouffre et qu’elle peut supporter une ou deux hausses de taux cette année”, dit-il.

Pour cette raison et d’autres, notamment l’apaisement qu’il prévoit sur le front commercial et des dossiers comme l’Italie et le Brexit, Stefan Kreuzkamp ne prévoit pas de catastrophe pour les actions cette année.

“Nous voyons bien les risques mais nous pensons que le marché d’actions les exagère”, dit-il. “Même si nous allons vraisemblablement affronter davantage de volatilité, le plus gros risque pour nos clients serait de sortir du marché d’actions”, ajoute-t-il en recommandant cependant une plus grande exposition aux actions les moins risquées.

“Globalement, nous ne sommes pas si négatifs que cela pour 2019”, poursuit-il. “Nous sommes confiants qu’il n’y aura pas de récession globale cette année, et certainement pas l’année prochaine non plus. Mais c’est un fait que nous allons assister à un ralentissement et à une désynchronisation de la croissance”.

LA MONTÉE DES INÉGALITÉS, RISQUE MAJEUR

Même si elle a tendance à faiblir, la croissance est toujours là et il n’est pas exclu que la Fed réussisse à faire atterrir l’économie américaine en douceur, dit-il.

Autre motif d’espoir, qui pourrait même prolonger, selon lui, d’un ou deux ans la longévité d’un cycle qui tire à sa fin, la nécessité pour les entreprises d’améliorer leur productivité en s’appuyant sur les transformations technologiques en cours.

“La productivité doit être améliorée pour compenser la pression que l’augmentation des salaires fait peser sur les marges”, dit-il. “Les entreprises sont contraintes à innover en s’appuyant sur les tendances comme la numérisation et l’intelligence artificielle”.

Des taux qui restent bas des deux côtés de l’Atlantique et des banques bien plus saines qu’avant la crise financière complètent un tableau pas si noir dans l’ensemble, selon Stefan Kreuzkamp, qui insiste cependant sur la menace que font peser sur les marchés la montée des inégalités, terreau des populismes.

“Les marchés ont connu des performances extraordinaires depuis 10 ans mais tout le monde n’en a pas profité”, dit-il. “Une grosse partie de la société est restée à l’écart de l’augmentation des richesses.”

Il faudrait y ajouter le fait que les largesses des banques centrales ont sérieusement ralenti la mise en place de réformes structurelles pourtant nécessaires, fait valoir Stefan Kreuzkamp.

“Nous allons assister partout à la montée du populisme, du protectionnisme et du nationalisme, ce qui est un véritable problème parce que cela remet en question les fondamentaux sur lesquels repose notre société”, prévient-il.

édité par Blandine Hénault

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