January 9, 2019 / 11:54 AM / 4 months ago

La BoJ prépare sa réponse à une possible pause de la Fed

* Le “flash crash” du dollar/yen a pris la BoJ par surprise

* La Fed pourrait compromettre le scénario optimiste de la BoJ

* Le soutien à la croissance redeviendrait prioritaire

* Statu quo attendu à la réunion monétaire des 22-23 janvier

par Leika Kihara

TOKYO, 9 janvier (Reuters) - Redoutant une pause dans le cycle de hausse des taux aux Etats-Unis, la Banque du Japon intègre l’idée de devoir peut-être prendre de nouvelles mesures de soutien à la croissance cette année pour contrer les effets de l’appréciation du yen, a-t-on appris auprès de plusieurs sources.

Il y a quelques mois encore, les banquiers centraux japonais réfléchissaient aux moyens de commencer à réduire leur programme de soutien massif en raison des inquiétudes sur l’impact des taux d’intérêt historiquement bas sur les profits des banques.

Mais le “flash crash” de la parité dollar/yen en début de semaine dernière est venu rappeler que leur stratégie repose en grande partie sur des facteurs qui échappent à leur contrôle, en premier lieu la politique monétaire de la Réserve fédérale.

“Cela m’a rendu nerveux car c’était totalement imprévisible et difficilement explicable”, a dit un haut fonctionnaire du ministère des Finances au sujet du plongeon du dollar le 3 janvier: dans un marché déserté pour cause de congés, le billet vert a momentanément touché son plus bas niveau depuis dix mois face à la devise japonaise à 104,96 yens.

L’envolée du yen est vite devenue le grand sujet de conversation des fonctionnaires de la BoJ à leur retour au travail le lendemain, ont dit à Reuters des sources au fait des débats au sein de la banque centrale.

Les banques centrales du monde entier s’interrogent sur les moyens de réduire l’impact sur leurs économies d’un éventuel changement de pied de la Réserve fédérale, qui a relevé ses taux directeurs à neuf reprises depuis la fin 2015.

Pour le Japon, la conséquence probable serait un renforcement durable du yen susceptible de pénaliser les exportations et d’affaiblir davantage une croissance déjà atone.

De ce fait, et même si le dollar a depuis rebondi à plus de 108 yens, la BoJ se focalise de nouveau sur les risques pour la croissance et se demande si le maintien des mesures actuelles de soutien sera suffisant.

“Il est exact que le yen subira davantage de pression haussière si la Fed arrête de relever les taux”, a dit l’une des sources. “Si l’économie marque le pas et que les risques de récession s’accentuent, la BoJ devra agir.”

CASSE-TÊTE

Le gouverneur Haruhiko Kuroda s’est dit disposé à faire davantage si nécessaire pour soutenir la croissance mais il pourrait avoir du mal à imposer ses vues compte tenu du coût déjà élevé de la politique ultra-accommodante de la BoJ, ont dit les sources.

“Si la Fed s’abstient de relever ses taux pour un long moment, ce sera un casse-tête pour la BoJ”, confirme Shigeto Nagai, un ancien cadre de la banque centrale qui est maintenant le chef économiste pour le Japon chez Oxford Economics.

Dans le cadre de sa politique de contrôle de la courbe des rendements, la BoJ guide les taux à court terme à -0,1% et les rendements des obligations d’Etat (JGB) à dix ans autour de zéro.

Cette politique a pour objectif principal de maintenir les coûts d’emprunt à un niveau bas mais elle vise aussi à prévenir une appréciation du yen en maintenant un différentiel de taux important avec les rendements américains. Une pause de la Fed dans ses hausses de taux réduirait cet écart et renforcerait la devise nippone face au dollar.

La BoJ comptait sur le cycle de resserrement américain pour maîtriser le niveau du yen et fondait ses hypothèses économiques optimistes sur la poursuite d’une forte croissance aux Etats-Unis, susceptible d’alimenter la demande mondiale et de bénéficier aux exportations japonaises.

Mais ces hypothèses ont été mises à mal vendredi quand Jerome Powell, le président de la Fed, a indiqué que celle-ci n’appliquait pas une politique prédéterminée en matière de taux d’intérêt et promis qu’elle serait attentive aux risques de dégradation de la situation.

Pour l’heure, la BoJ peut tenter de contenir l’appréciation du yen en laissant les rendements des JGB à 10 ans descendre sous zéro. Elle n’a pas besoin pour cela de baisser ses taux puisqu’elle a décidé en juillet dernier d’autoriser les rendements à fluctuer plus largement autour de son objectif de zéro.

Avec l’accalmie actuelle sur les marchés et les risques encore éloignés d’une récession au Japon, les observateurs n’imaginent pas de nouvelles mesures d’assouplissement dès la prochaine réunion monétaire des 22 et 23 janvier.

“La BoJ peut s’en tenir au statu quo pour le moment car l’économie reste en assez bonne condition”, explique Sayuri Shirai, un ancien membre du directoire de la BoJ resté proche de ses ex-collègues. “Mais elle fera probablement ce qu’elle pourra, y compris baisser ses taux, si les risques de récession s’accentuent.” (avec la contribution de Tetsushi Kajimoto, Véronique Tison pour le service français, édité par Marc Angrand)

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