December 26, 2018 / 10:04 AM / in 5 months

CORR-3 QUESTIONS À-Le Moan: "Sigfox, seul réseau mondial qui marche tout le temps"

(Référence erronée au seuil critique supprimée au dernier paragraphe)

PARIS, 26 décembre (Reuters) - La start-up française Sigfox, spécialiste de l’internet des objets (IoT), développe un réseau mondial de télécommunications à bas débit pour exploiter le potentiel des données recueillies par les objets connectés, comme les capteurs développés par sa Fondation pour protéger les rhinocéros du braconnage. (voir)

Ingénieur de formation, co-fondateur et dirigeant de Sigfox, membre du Conseil national du numérique, Ludovic Le Moan explique que son entreprise est allée, dès sa création en 2009, à rebours de la course à la performance technologique. Une philosophie qui peut aujourd’hui se résumer en deux mots: “frugalité” et “zéro G”.

1/ Quelle est la spécificité du réseau Sigfox?

Ludovic Le Moan: L’idée de créer un réseau mondial de télécommunications à bas débit est depuis le départ dans l’ADN de Sigfox. Pendant que tous les opérateurs télécoms cherchaient à passer de plus en plus de mégabytes, voire de gigabytes, nous, nous disions que nous allions passer quelques centaines de bytes.

A l’époque ça paraissait complètement délirant puisqu’on avait la maîtrise technique pour un débit beaucoup plus élevé. Mais le haut débit coûte cher et ne se justifie pas pour transmettre les données des objets connectés. Quand on veut faire passer des vélos, on n’a pas besoin de construire une autoroute.

Si on résume, on peut dire qu’on est parti de l’IoT pour aller vers la zéro G, un réseau d’une grande frugalité, peu coûteux et résistant. C’est le seul réseau mondial qui marche tout le temps.

2/ Sigfox vient d’équiper la nouvelle box de Free, est-ce un signe que le pari est en train d’être gagné?

Ludovic Le Moan: On a réalisé que Sigfox pouvait devenir une sorte de back-up de sécurité pour tous les autres réseaux, y compris filaires : il continue à fonctionner quand tous les canaux de communication principaux sont coupés, par exemple après une catastrophe naturelle comme une grosse tempête ou un tsunami. Avec Sigfox, ou plus exactement avec la zéro G, on peut malgré tout envoyer un message, une position GPS et ça peut sauver des vies.

C’est le même principe pour Free. Si la box tombe en panne, on peut continuer à envoyer des messages avec Sigfox, ce qui fait gagner du temps au support quand le client appelle car ils ont déjà toutes les informations techniques. On sait s’il y a encore de l’énergie, un problème de câble...

On nous compare souvent aux opérateurs télécoms mais on n’en est pas un. On est plus comme des astrophysiciens qui captent des signaux et qui les décodent. Contrairement aux opérateurs télécoms, on n’applique pas de protocole. On a conçu un réseau simplifié à l’extrême pour être capable demain de connecter un objet à quasiment 0 centime s’il le faut.

3/ Les objets connectés sont dans toutes les conversations, mais sont-ils l’eldorado pressenti ?

Ludovic Le Moan: Le grand enjeu de l’IoT, c’est d’extraire les données du monde physique. Des données, il y en a une multitude et il y en a partout : mouvements, températures, pollution, pression... Pour les extraire, il faut un capteur qui prend toute sa valeur quand il est connecté à internet et qu’on peut exploiter et combiner ces données.

Le réseau planétaire est la clé. Avec du volume, on parvient à un coût d’extraction extrêmement bas et on dégage des marges qui permettent de rentabiliser les investissements. Sans cette marge, beaucoup d’innovations technologiques ne dépassent pas le stade du concept ou des effets d’annonce, ce qui décrédibilise toute la filière.

Il faut donc un réseau opérationnel au niveau mondial. Pour ça, Sigfox va investir 30 millions d’euros pour déployer d’ici à 2022 une constellation de satellites très simples, un réseau à faible capacité qui couvrira très bien les zones inaccessibles comme les océans, les déserts ou les forêts. S’ils étaient déjà disponibles, c’est ce qu’on utiliserait pour les projets de la Fondation dans la brousse africaine.

Par contre, dans les grandes villes, ce réseau satellitaire ne marchera pas car le grand nombre d’objets connectés va saturer la partie radio. Dans les zones densément peuplées, les antennes sol resteront la meilleure solution pour connecter du volume. Pour l’instant, Sigfox est implanté dans 53 pays et le développement se poursuit.

L’objectif, c’est d’avoir un milliard d’objets connectés à l’horizon 2023. Pour le moment, il ne faut pas se cacher que le concept suscite encore beaucoup d’interrogations et de résistance, notamment de la part des opérateurs télécoms traditionnels. Il nous a fallu cinq tours de table pour lever 300 millions d’euros auprès d’investisseurs. (Propos recueillis par Tangi Salaün, édité par Marc Joanny)

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