December 19, 2018 / 9:09 AM / 8 months ago

"Gilets jaunes"-L'imbroglio comptable de Matignon sévèrement critiqué

PARIS, 19 décembre (Reuters) - Le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, a accusé mercredi le gouvernement d’être rivé sur “la règle à calcul” et non la justice sociale au lendemain du revirement de Matignon sur les mesures annoncées en novembre par Edouard Philippe face à la crise naissante des “Gilets jaunes”.

Les services du Premier ministre avaient annoncé mardi l’annulation de certaines des mesures dévoilées le 14 novembre pour un montant de 500 millions avec l’objectif de dégager quelque 130 millions d’économies dans le projet de loi de finances 2019, l’exécutif ayant annoncé depuis pour plus de 10 milliards d’euros de gestes en faveur du pouvoir d’achat.

Sous la pression des députés de la majorité, Matignon a finalement renoncé à cette suppression quelques heures plus tard.

Ainsi l’extension du chèque énergie à deux millions de foyers supplémentaires (de 3,6 millions de foyers à 5,6 millions), ou encore le doublement de la prime à la conversion pour les actifs non imposables qui roulent plus de 60 km par jour pour aller au travail ou les 20% de foyers les plus modestes, figureront bien dans le PLF 2019.

“Tant mieux!”, a réagi sur BFM TV le ministre de l’Economie et des Finances, manifestant une désapprobation à peine dissimulée à l’égard du Premier ministre et de son cabinet.

“C’est tout à fait vrai, a confirmé Bruno Le Maire, les députés ont protesté, ont dit que tout cela n’était pas une bonne idée, qu’il fallait maintenir ces mesures. Ils ont raison.”

“On ne peut pas demander aux Français de polluer moins, d’avoir des voitures qui rejettent moins de CO2 ou moins de particules fines et ne pas les aider”, a-t-il expliqué. “Tant mieux si la majorité nous rappelle de temps en temps à l’ordre, je pense que c’est son rôle.”

“AMATEURISME”

Pour Laurent Berger, critique depuis le début du quinquennat d’une gouvernance “verticale” et “technocratique”, cette nouvelle volte-face est “la démonstration” que “la règle à calcul a pris le pas sur la justice sociale et la transition écologique.”

“Il y a une forme de panique, d’une certaine manière, en disant, ‘maintenant il va falloir trouver sur les dépenses qui ont été opérées des économies’”, a-t-il aussi jugé.

La présidente du Rassemblement national, Marine Le Pen, y voit un signe d’”amateurisme”.

“Le moins qu’on puisse dire, c’est que ce gouvernement d’experts et d’économistes qu’on nous avait vendu fait preuve d’un amateurisme absolument total”, a-t-elle estimé sur RTL.

“En réalité, ils ne savent pas où ils vont. Ils réagissent à une actualité mais ils n’ont pas une idée précise de là où ils veulent mener le pays, et donc ils sont gênés aux entournures, d’autant que l’Union européenne et la Commission effectuent sur eux une pression considérable”, a-t-elle dit.

Aurore Bergé, porte-parole des députés La République en Marche, a expliqué sur RTL que les parlementaires de la majorité étaient “montés au créneau” mardi, car “ça aurait été complètement illisible par rapport à ce que l’on souhaite sur la transition écologique pour l’accompagner socialement.”

“En effet, il faut que la politique reprenne ses droits. Ce ne sont pas les ‘technos’ qui doivent gouverner dans ce pays”, a-t-elle jugé, soulignant “l’étonnement” de la majorité face à l’initiative de Matignon. (Sophie Louet, édité par Myriam Rivet)

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