December 17, 2018 / 2:41 PM / a month ago

GRAPHES-USA-Moins de hausses de taux, un dollar plus fort, cherchez l'erreur!

PARIS, 17 décembre (Reuters) - La poursuite de l’appréciation du dollar depuis le début du mois de novembre peut surprendre au vu de l’évolution des anticipations de marché sur les hausses de taux à venir de la Réserve fédérale, à moins que les intervenants du marché des changes soient plus clairvoyants sur la poursuite du resserrement monétaire la banque centrale américaine que ne le sont ceux du marché monétaire.

Le niveau implicite du taux des fonds fédéraux à l’horizon janvier 2020 tel qu’il ressort de l’évolution des contrats à terme sur les taux courts a nettement reculé depuis le début du mois de novembre, dans la foulée des déclarations du président de la Fed et d’autres membres de son comité de politique monétaire intervenues après la dernière réunion du FOMC marquée par un statu quo sur les taux et le diagnostic économique.

Dans le même temps, le dollar a continué de faire preuve de fermeté comme le montre l’évolution de son indice contre un panier d’autres grandes devises.

“Je suis surpris que le dollar ait pu s’apprécier (...) alors que dans le même temps les anticipations de marché sur les hausses de taux de la Fed ont significativement baissé”, note Ulrich Leutchman, stratégiste changes de Commerzbank.

Si une nouvelle hausse de taux est très largement attendue lors de la réunion du FOMC de cette semaine, les anticipations des marchés ont de plus en plus divergé d’avec les projections de taux des responsables monétaires américains.

“Pour rester haussier sur le dollar dans cet environnement, il faut faire l’hypothèse que des événements passablement épouvantables vont se dérouler dans le reste du monde”, estime Ulrich Leutchmann, qui prévient qu’une correction sur le dollar est des plus vraisemblable.

Pour Antonio Garcia Pascual, économiste en chef sur l’Europe de Barclays, la Fed devrait s’en tenir à ses projections de trois hausses de taux supplémentaires l’année prochaine et une encore en 2020.

“Le marché a interprété les derniers discours du président (Jerome) Powell et du vice-président (Richard) Clarida comme accommodant, n’escomptant au mieux qu’une hausse de taux l’année prochaine.”

“Nous pensons à l’inverse que la communication de la Fed n’est pas aussi accommodante que les marchés ne le pensent”, poursuit-il, ce qui pourrait justifier la fermeté du dollar.

Antonio Garcia Pascual avance deux raisons pour justifier la conviction de la banque d’investissement que le marché se fourvoie dans l’interprétation du message de la Fed. “La première a à voir avec la manière dont la Fed communique à ce moment du cycle de resserrement et la seconde résulte de l’incertitude sur ses estimations de la croissance potentielle”, explique-t-il.

Plus la Fed se rapprochait d’un taux neutre, qui ne freine ni n’accélère la croissance, plus elle s’est éloignée par le passé d’une communication avancée (forward guidance) sur ses intentions en matière de taux d’intérêt mais cela ne signifie pas, selon lui, un changement majeur dans l’orientation de sa politique monétaire.

La principale source d’incertitude qui fait débat au sein de la Fed actuellement est de savoir dans quelle mesure le potentiel de croissance de l’économie américaine s’est amélioré avec la reprise, poursuit-il.

“A une croissance potentielle plus forte correspond un taux neutre plus élevé, pas moins élevé, et c’est la raison pour laquelle nous maintenons notre prévision d’une hausse de taux par trimestre tout au long de 2019 du fait d’une croissance supérieure à la tendance, d’un taux de chômage en baisse et d’une inflation sous-jacente proche ou au niveau de l’objectif de la Fed”, conclut-il.

Pour les analystes de Lazard Frères Gestion, la Fed est confrontée à un dilemme entre d’une part une croissance des salaires qui va continuer à accélérer et d’autre part un secteur de l’immobilier résidentiel, secteur traditionnellement avancé de l’économie, qui ralentit.

“On n’observe aucun ralentissement du rythme des créations d’emplois et il est donc probable que les salaires vont continuer d’accélérer en 2019 et que les entreprises vont se trouver sous pression pour répercuter ces hausses salariales dans les prix, ce qui devrait soutenir l’inflation”, notent-ils.

Le pire scénario pour la Fed serait celui d’une poursuite de l’accélération des salaires et d’un retournement du secteur résidentiel, préviennent-ils.

“En revanche, un redressement du résidentiel pourrait inciter la Fed à continuer sur le rythme actuel de quatre hausses de taux par an”, donnant raison au marché des changes.

Sur le même thème :

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*ENCADRE-Il y a dix ans, l’étrange voyage de la Fed vers le taux nul

Sources :

* Daily Curreny Briefing. Commerzbank. 17 décembre 2018.

* Poursuite de l’accélération des salaires aux Etats-Unis, un case-tête à venir pour la Fed. Graphique de la semaine. Lazard Frères Gestion. 17 décembre 2018

* Let it slow, let it slow... Global Economics Weekly. Barclays. 14 décembre 2018

Marc Joanny, édité par Wilfrid Exbrayat

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