December 17, 2018 / 8:41 AM / in a month

ENCADRÉ-Il y a dix ans, l'étrange voyage de la Fed vers le taux nul

WASHINGTON, 16 décembre (Reuters) - Quand, le 16 décembre 2008, la Réserve fédérale des Etats-Unis abaissa son principal taux directeur à près de zéro au plus fort de la crise économique et financière qui secouait la planète, elle décida “la fin de l’ancien régime”, selon l’expression de son président de l’époque, Ben Bernanke.

Une décennie plus tard, les conséquences de cette décision historique ne sont toujours pas parfaitement claires. Ce qu’on sait, c’est que la banque centrale américaine a procédé à sa métamorphose, se dotant d’outils dans l’urgence, qui lui servent encore aujourd’hui. Elle n’a pas hésité à utiliser la planche à billet pour alourdir son bilan, mis ses taux à zéro, adopté un objectif d’inflation explicite de 2% et tenu des conférences après certaines de ses réunions.

QU’EST-CE QUE LA ZIRP?

La Zirp (“zero interest rate policy”) ou “politique de taux zéro” est devenue l’un des acronymes les plus couramment utilisés pour décrire la période de sept ans au cours de laquelle le taux interbancaire au jour le jour (fed funds) a été maintenu dans une fourchette allant de zéro à 0,25%. Les responsables de la politique monétaire ont appelé cela la “limite inférieure zéro” ou “limite inférieure effective”.

La Fed n’a pas été la première à mettre en œuvre une réponse aussi drastique pour lutter contre le marasme économique. La Banque du Japon a adopté la zirp dans les années 90 en réaction à l’effondrement de son marché immobilier et au développement d’une décennie de stagnation économique.

tmsnrt.rs/2QPjcTq

POURQUOI LA ZIRP?

Il n’y avait pas d’alternative. De juillet 2007 à l’automne 2008, la Fed a fait chuter son taux directeur de 5,25% à 1%.

L’économie était si faible que de nombreux modèles indiquaient que le taux d’intérêt approprié pour la Fed aurait dû être négatif - en réalité, c’est comme s’il avait fallu une taxe sur l’épargne pour inciter les gens à dépenser.

Bien que théoriquement possible et adopté par la suite par quelques banques centrales, les taux d’intérêt négatifs auraient été un non-sens politique pour le Congrès américain et difficiles à vendre au grand public dans une période de crise.

Au lieu de cela, par un geste spectaculaire en décembre 2008, la Fed a ramené son principal taux directeur dans une fourchette allant de zéro à 0,25%. Il s'agissait en réalité d'un taux zéro. Cela a surtout démontré la capacité de la Fed à passer aux mesures extrêmes en cas de situation jugée grave. tmsnrt.rs/2QRlamE

CELA A-T-IL FONCTIONNÉ?

Pas qu’un peu. Les responsables de la Fed savaient que la crise qui se développait nécessitait plus qu’une politique monétaire standard.

“Je ne vois que peu d’avantages à la progressivité”, déclarait celle qui allait devenir présidente de la Fed, Janet Yellen, selon les transcriptions de la réunion de décembre. Elle était alors présidente de la Fed de San Francisco.

Le communiqué annonçant la baisse déclarait aussi que la Fed allait “utiliser tous les outils disponibles pour promouvoir la reprise d’une croissance économique durable”.

Cela annonçait des achats d’actifs massifs utilisés pour maintenir à flot les marchés financiers et maintenir les taux d’intérêt à un niveau bas sur la durée, élément essentiel pour le marché du logement et les crédits immobiliers.

Même si la Fed ne pouvait plus réduire son taux cible une fois la "limite inférieure zéro" atteinte, les outils non conventionnels utilisés par la Fed façonnent encore les marchés financiers aujourd'hui. tmsnrt.rs/2SFRJRo

Y A-T-IL DES RISQUES ?

Le taux de chômage aux Etats-Unis est à son plus bas niveau depuis près de 50 ans. L’inflation tourne autour de la cible de la Fed. La croissance économique dure depuis près de dix ans. Ce cycle deviendra l’année prochaine le plus long cycle d’expansion jamais enregistré.

Il a fallu sept ans à la Fed pour sortir de la limite inférieure zéro et les taux restent encore à un niveau anormalement bas. Selon certaines études, les consommateurs et les entreprises sont peut-être dépendants de l’argent bon marché. Ils seraient devenus si sensibles aux taux d’intérêt que leur appétence à l’achat d’une maison ou à investir pourrait disparaître plus rapidement que par le passé au fur et à mesure que les taux vont poursuivre leur remontée.

Les entreprises, quant à elles, se sont gavées de dettes bon marché. Elles ont peut-être préparé le terrain à la prochaine crise. tmsnrt.rs/2SK4s5T

CELA VA-T-IL SE REPRODUIRE ?

Sans doute. La Fed a relevé ses objectifs de taux d’intérêt depuis trois ans, mais ne semble pas vouloir les porter à beaucoup plus que 3%. Or, des taux directeurs ciblés à 5% ou plus étaient courants par le passé. Mais peu à la banque centrale s’attendent à un retour de cette époque.

L’hypothèse de travail est que les taux d’intérêt dans le monde resteront inférieurs à ce qu’ils étaient et que les responsables de la politique monétaire vont systématiquement les réduire à zéro lors des prochaines récessions.

En conséquence, les gardiens de la politique monétaire penser garder à disposition des outils tels que l’achat d’actifs. Ils explorent aussi d’autres stratégies, telles que des cibles d’inflation plus élevées, qui pourraient permettre à tous les taux de se rapprocher de leurs niveaux précédents.

En d'autres termes, l'ère de la zirp vient peut-être seulement de commencer. tmsnrt.rs/2QLv4G1

VOIR AUSSI:

ANALYSE-USA/Taux-L’atterrissage de la Fed sera-t-il doux ou “chaotique” ?

Danielle Rouquié pour le service français, édité par Blandine Hénault

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