December 11, 2018 / 3:13 PM / in a month

Gilets jaunes-Macron sacrifie le 3% et une partie de sa crédibilité

* Macron affaibli par ses concessions forcées

* L’Italie montre immédiatement la France du doigt

* Minces victoires françaises sur la scène européenne

par Jean-Baptiste Vey

PARIS, 11 décembre (Reuters) - Les “Gilets jaunes” ont abattu un des piliers de la stratégie économique et diplomatique d’Emmanuel Macron : le maintien du déficit public sous la limite de 3% du PIB, clé du renforcement de la crédibilité du chef de l’Etat sur la scène européenne.

Ce dérapage annoncé fragilise le président français, qui peine à convaincre ses partenaires d’accélérer les réformes européennes et l’approfondissement de la zone euro en acceptant plus de transferts financiers et un partage accru des risques.

L’impact des mesures annoncées sur la trajectoire des finances publiques reste à préciser mais le ministre de l’Action et des Comptes publics, Gérald Darmanin, a cité mardi le chiffre de 10 milliards d’euros, soit 0,5 point de PIB, en intégrant l’annulation de la hausse de la taxe carbone.

Il a évoqué un déficit public “autour de 2,5%”, en excluant l’impact exceptionnel de 0,9 point du CICE en 2019, confirmant ainsi la perspective d’un net dépassement des 3%.

Dépasser cette limite, alors que la France vient de sortir de la procédure européenne de déficit excessif, entraînera mécaniquement un durcissement du dialogue avec la Commission européenne sur le budget 2019, confirme une source européenne.

Paris est déjà dans le viseur pour un effort de réduction du déficit structurel plus faible que requis et les tensions entre l’exécutif européen et l’Italie sur son projet de budget imposent politiquement d’être vigilant vis-à-vis de la France, ajoute cette source.

L’ITALIE MONTRE LA FRANCE DU DOIGT

Luigi Di Maio, un des vice-présidents du Conseil italien, a montré la France du doigt mardi et jugé que si Rome ne mettait pas en oeuvre ses promesses, l’Italie finirait dans la même situation que le pays frappé par la crise des “Gilets jaunes”.

Si les règles sont les mêmes pour tout le monde, la France s’expose désormais à des sanctions européennes, a-t-il insisté.

Selon une seconde source européenne, toute éventuelle procédure contre la France ne pourra être décidée avant mai par la Commission européenne, car cette dernière aura besoin pour ce faire de s’appuyer sur des prévisions financières actualisées.

“Nous surveillons de près les possibles nouvelles mesures annoncées, mais nous ne pouvons faire aucun commentaire avant qu’elles aient été formellement annoncées et détaillées”, a dit lundi le vice-président de la Commission, Valdis Dombrovskis.

La France étant sortie de la procédure de déficit excessif, elle peut bénéficier de souplesse si elle prouve que l’entorse à la règle des 3% s’accompagne de réformes structurelles, a ajouté la première source européenne. Mais les mesures annoncées lundi devraient aggraver le déficit structurel et donc le problème vis-à-vis de la Commission, a-t-elle souligné.

Emmanuel Macron a insisté lors de son intervention télévisée sur la poursuite des travaux sur les réformes des retraites, de l’assurance chômage et de l’action publique et le Premier ministre, Edouard Philippe, a assuré mardi devant l’Assemblée nationale que la volonté de réforme de l’exécutif était intacte.

L’Allemand Manfred Weber, président du groupe du Parti populaire européen au Parlement européen et proche de la chancelière Angela Merkel, a quant à lui soutenu les annonces d’Emmanuel Macron, insistant sur la nécessité de marier réformes et réponses aux attentes sociales.

“D’un point de vue général, nous ne parlons pas des règles, nous parlons de la stabilité de nos pays et nous devons garder à l’esprit les leçons de la crise de 2008-2009”, a dit mardi l’eurodéputé de l’Union social-chrétienne bavaroise, candidat du PPE à la présidence de la future Commission européenne.

UN ÉLAN DE RÉFORMES EUROPÉENNES ENTRAVÉ

Salué par des pro-européens frustrés d’avoir attendu la France pendant des années, l’élan d’Emmanuel Macron pour une “refondation” de l’Union européenne s’est heurté à un climat politique volcanique en Europe.

L’Allemagne a répondu timidement, sur fond de fragilisation d’Angela Merkel, l’Italie est passée dans le camp des opposants, des pays nordiques alliés aux Pays-Bas ont dit leur hostilité, Pologne et Hongrie font figure d’adversaires et même l’allié belge Charles Michel gouverne désormais sans majorité.

Le Conseil européen devrait acter jeudi et vendredi la minceur des victoires françaises, deux sujets étant particulièrement à la traîne : le budget de la zone euro cher à Emmanuel Macron et la garantie européenne des dépôts bancaires.

“L’Europe progresse par touches successives”, tempère un diplomate français, soulignant que sur quasiment tous les sujets la France parvient à bousculer les immobilismes. “A Bruxelles, quand la graine est plantée, la plante grandit toujours.”

Plusieurs think tanks européens soulignent eux aussi l’importance de l’action d’Emmanuel Macron et expliquent la timidité des avancées par le climat politique actuel en Europe.

“Il n’a pas accompli grand-chose pour l’instant, mais Macron demeure le plus grand espoir pour mener les réformes indispensables”, écrivait fin octobre Leonard Schuette, du Centre for European Reform. “Macron a commis des erreurs mais c’est d’abord l’absence de nouvelle pensée politique ailleurs en Europe qui est à blâmer.” (avec Myriam Rivet, Gilbert Reilhac à Strasbourg et Angelo Amante à Rome, édité par Yves Clarisse)

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