December 10, 2018 / 10:31 AM / a month ago

GRAPHES-Cinq questions pour la BCE avant la réunion de jeudi

LONDRES, 10 décembre (Reuters) - La Banque centrale européenne (BCE) annoncera sans doute jeudi officiellement, à l’issue de sa réunion de politique monétaire, la fin de son programme de plus de 2.600 milliards d’euros de rachats d’actifs, dit d’assouplissement quantitatif (quantitative easing, QE).

Mais dans un contexte économique assombri, fait de tensions commerciales internationales et d’incertitudes entourant l’Italie et le Brexit, les marchés financiers se projettent l’an prochain et se demandent comment la BCE protègera la zone euro d’une éventuelle récession.

Voici certaines des questions importantes que se posent les investisseurs avant la dernière conférence de presse de l’année de Mario Draghi, le président de la BCE:

1. De quelle manière la BCE va-t-elle prendre acte du ralentissement de la croissance économique?

Il est vraisemblable que la BCE réaffirmera que la conjoncture économique est suffisamment solide pour pouvoir mettre un terme à près de quatre années de QE.

Dans le même temps, elle devra tenir compte de certaines données économiques récentes: la croissance de l’activité manufacturière dans la zone euro est tombée en novembre à son rythme le plus faible depuis plus de deux ans; l’économie allemande s’est contractée au troisième trimestre, pour la première fois depuis 2015, précisément l’année où la BCE a lancé le QE.

Les économistes estiment probable que la BCE aura revu en baisse, sans les sabrer, ses prévisions de croissance attendues jeudi et qu’elle confirmera que les risques pour l’économie sont “globalement équilibrés”.

“On ne peut nier que les risques penchent de fait vers le bas par rapport à l’évaluation qu’en faisait la BCE voici trois ou six mois mais elle pourrait encore résister à la pression pour des motifs de communication puisque, dans le même temps, elle arrêtera ses rachats d’actifs nets”, dit Frederik Ducrozet (Pictet Wealth Management).

2. La BCE pourrait-elle modifier le pilotage des anticipations sur l’évolution des taux d’intérêt?

Les anticipations de hausse des taux ont été nettement revues à la baisse ces dernières semaines au vu de statistiques économiques moroses, de l’instabilité des marchés et des craintes de voir se déclencher une véritable guerre commerciale; l’évolution des cours du marché monétaire laisse penser que les investisseurs estiment à 80% environ la probabilité d’une hausse de 10 points de base par la BCE l’an prochain, alors qu’elle était de 100% le mois dernier.

La BCE affirme depuis juin qu’elle maintiendra les taux d’intérêt inchangés durant une bonne partie de l’année prochaine et les déclarations récentes de plusieurs banquiers centraux laissent penser qu’elle s’en tiendra là, même si les craintes se précisent de plus en plus pour ce qui est des perspectives économiques.

“Elle dit qu’elle relèvera les taux à la fin de l’été ou fin 2019 mais il peut se passer beaucoup de choses d’ici là”, observe Guy Foster, directeur des études du gérant de fortune Brewin Dolphin.

3. Quand se manifestera la hausse tant attendue de l’inflation de base?

Cela fait des mois que l’inflation globale se situe au-dessus de l’objectif de la BCE, qui est d’un petit peu moins de 2%. Quant à l’inflation de base, qui exclut les éléments les plus volatils que sont les prix alimentaires et ceux de l’énergie, elle reste source de déception.

Cette dernière, surveillée de près par la BCE, n’a été que de 1,1% en rythme annuel en novembre après 1,2% en octobre.

Le taux d’inflation “à cinq ans dans cinq ans” , indicateur très suivi de l’évolution des anticipations d’inflation à long terme dans la zone euro, est proche de son plus bas niveau depuis plus d’un an, plombé par des prix pétroliers en recul de quelque 30% ces deux derniers mois.

Dans ce contexte, une révision à la baisse des prévisions d’inflation de la BCE n’aurait rien d’étonnant. L’institut d’émission pourrait parallèlement mettre en avant le coup de pouce à l’économie qu’implique la baisse des prix pétroliers puisque la zone euro est importatrice pétrolière nette et qu’un baril de brut moins cher est en principe synonyme de revenu disponible plus élevé.

4. Que dira la BCE au sujet du réinvestissement des obligations arrivées à échéance?

La BCE serait plutôt tentée de ne procéder qu’à des changements limités quant à la manière dont elle réinvestit le produit des obligations échues, ont dit en novembre à Reuters plusieurs sources au fait des discussions.

Peter Praet, le chef économiste de la BCE, a dit récemment que les marchés étaient fondés à attendre une définition plus précise à ce sujet lors de la réunion de décembre dans la mesure où l’institut d’émission s’est contenté de dire jusqu’à présent que ces réinvestissements se poursuivraient durant une période prolongée.

Les marchés pensent que les réinvestissements continueront pendant deux ans environ après la première hausse de taux et les banquiers centraux se disent à l’aise avec ces anticipations.

Le QE étant sur le point de s’achever, les réinvestissements deviendront un outil important de politique monétaire, surtout pour un marché obligataire sur lequel les rachats d’actifs ont maintenu bas les coûts d’emprunt.

Version interactive du graphe ci-dessous:

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5. Le moment de nouvelles TLTRO est-il venu?

Il est peut-être temps de procéder bientôt à une nouvelle vague d’”opérations de refinancement à plus long terme ciblées” (TLTRO).

Plusieurs sources ont dit la semaine dernière à Reuters que de nouveaux mécanismes de prêts aux entreprises et des hausses de taux par petits paliers faisaient partie des idées étudiées au sein de la BCE dans le cadre de la réflexion en cours sur les moyens de couper progressivement le robinet de l’argent facile dans la zone euro.

Les banques italiennes, espagnoles, portugaises et grecques continuent d’emprunter davantage auprès de la BCE - en particulier via les TLTRO - qu’elles n’y déposent. Cela voudrait dire que ces banques devraient se tourner vers les opérations hebdomadaires de refinancement de la BCE une fois les TLTRO arrivées à terme.

Dans la mesure où recourir aux opérations “repo” se traduirait par une hausse du taux interbancaire, actuellement lié au taux de dépôt négatif de la BCE, et conduirait donc à une hausse des coûts d’emprunt pour l’ensemble de l’économie, l’idée d’une nouvelle vague de TLTRO l’an prochain fait son chemin.

La discussion se poursuit au sein de la BCE mais les conditions de ces opérations différeraient des précédentes, ont dit les sources. En outre, ladite discussion ne fait que commencer et il ne faut sans doute rien attendre de décisif de ce point de vue jeudi.

Avec Balasz Koranyi à Francfort et Josephine Mason à Londres; infographies de Ritvik Carvalho et Francesco Canepa Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par Marc Angrand

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