November 30, 2018 / 11:30 AM / 12 days ago

POINT HEBDO-Trois échéances cruciales pour le bilan 2018 des marchés

* Rencontre au sommet samedi entre Trump et Xi

* Son issue est décisive pour un éventuel rallye de fin d’année

* La réunion de l’Opep les 6 et 7 décembre est aussi très attendue

* Avant le vote sur le Brexit du Parlement UK le 11 décembre

par Blandine Henault

PARIS, 30 novembre (Reuters) - Après une année 2018 plus chahutée que prévu, les investisseurs s’apprêtent à affronter trois échéances qui s’annoncent cruciales pour la performance annuelle des marchés d’actions : la rencontre entre Donald Trump et son homologue chinois Xi Jinping samedi sur le commerce, la réunion de l’Opep et ses alliés le 6 décembre et le vote du Parlement britannique sur le Brexit le 11 décembre.

Ces derniers jours, Washington a soufflé le chaud et le froid sur la perspective d’un accord commercial avec la Chine, Donald Trump durcissant le ton avant que des membres de son administration ne modèrent ses propos juste après.

Une technique coutumière du président américain, qui a pris l’habitude de déclarations tempétueuses avant d’être finalement plus conciliant lorsque les négociations entrent dans le vif du sujet.

Au final, difficile de savoir ce qui ressortira de la réunion au sommet qui se tiendra en marge du G20. Pékin et Washington ont assuré de leur volonté de trouver un accord tout en prévenant que beaucoup d’efforts restaient à faire.

Si les négociations n’aboutissent pas, les Etats-Unis relèveront dès le 1er janvier, de 10% à 25%, les droits de douane imposés depuis septembre sur l’équivalent de 200 milliards de dollars de produits chinois. Ils menacent également de taxer 267 milliards de dollars d’importations supplémentaires en provenance de Chine.

“En ce moment, nous sommes à ce qu’on peut appeler un pic d’incertitude - et le fait d’y voir un peu plus clair, même si, comme pour le Brexit, l’accord est loin d’être parfait, pourrait donner un élan aux marchés”, juge Johanes Müller, responsable de la stratégie macroéconomique chez DWS.

Les attentes du marché sur cette rencontre apparaissent faibles et beaucoup estiment que la seule annonce d’un report du relèvement des droits de douane pourrait constituer un résultat positif pour les investisseurs.

De quoi favoriser un “rallye” en décembre sur les actions, le mouvement de hausse qui caractérise généralement la fin de l’année ? “Les questions commerciales sont véritablement la clé de cette fin d’année (...) et pourraient intensifier ou non un potentiel rallye de fin d’année”, pointent les stratèges de Mirabaud Securities.

De fait, l’issue de la rencontre pourrait bien déterminer si les marchés d’actions américains termineront l’année en territoire positif.

FAIBLE PERFORMANCE POUR LES BOURSES EN 2018

Pour l’heure, le S&P 500 affiche un gain de 2,4% depuis le début de l’année, ce qui constituerait sa plus faible performance annuelle depuis 2015.

Le Dow Jones progresse quant à lui de 2,5% et le Nasdaq Composite de 5,36%.

“Tout accord vite fait constituerait une base faible pour un rallye de fin d’année sur les actions”, prévient toutefois Johannes Müller chez DWS, qui table sur un conflit de longue durée entre les deux premières puissances économiques mondiales.

“Le différend sino-américain n’est pas seulement une question de balance commerciale. Il a une dimension géopolitique et stratégique”.

Au-delà des relations commerciales entre Washington et Pékin, l’Union européenne reste par ailleurs sensible à toute menace de taxation des voitures importées aux Etats-Unis. Un projet en ce sens pourrait être présenté prochainement, ce qui romprait la trêve conclue avec Bruxelles lors de la visite fin juillet à Washington du président de la Commission, Jean-Claude Juncker.

Cette perspective a de nouveau pesé ces derniers jours sur l’indice Stoxx automobile, qui accuse un repli de plus de 23% depuis le début de l’année.

C’est en partie ce qui explique le net recul du Dax 30 (-13%) en 2018, l’indice allemand étant en passe d’accuser sa plus mauvaise performance annuelle depuis 2011.

Le CAC 40 accuse un repli de plus de 6%, le Footsie 100 de plus de 9% - sa pire évolution depuis la crise de 2008 - et le Stoxx 600 de plus de 8%.

LE PÉTROLE SUSPENDU À LA RÉUNION DE L’OPEP

Les questions géopolitiques agitent aussi le marché pétrolier, entré depuis octobre dans un brutal “bear market”.

Le ralentissement de la demande, la hausse continue de la production des Etats-Unis et les nombreuses exemptions accordées par Washington aux importations de pétrole iranien ont fait chuté de plus de 30% les cours du brut en seulement deux mois.

Le baril de brut léger américain est ainsi tombé brièvement à 49 dollars, alors qu’il avait touché un pic à 76,90 début octobre. Celui du Brent de la mer du Nord tente de se stabiliser autour de 60 dollars après avoir dégringolé de 86,74 jusqu’à 57,50 dollars.

Dans ce contexte, les anticipations d’une réduction de la production de l’Opep et ses alliés ont augmenté, quitte à déplaire à un Donald Trump satisfait de la faiblesse actuelle des cours de l’or noir.

“Nous pensons qu’une stabilisation du marché nécessiterait une réduction de plus d’un million de barils par jour”, indique Johannes Müller chez DWS.

Le cartel pétrolier et d’autres pays producteurs, comme la Russie, se réuniront les 6 et 7 décembre à Vienne pour discuter d’un éventuel encadrement de la production.

“La prochaine réunion de l’Opep devrait apparaître comme un moment crucial pour la direction des prix du pétrole en 2019”, estime Harry Tchilinguirian, stratège chez BNP Paribas.

La Russie semble prête à rejoindre l’Arabie saoudite sur une réduction de la production mais la position du royaume wahhabite a été affaiblie par le scandale entourant l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi à Istanbul.

Les turbulences du marché pétrolier ne sont pas sans impact sur les Bourses mondiales. Non contentes de peser sur le sentiment général des investisseurs, elles ont pénalisé les valeurs de l’énergie: l’indice Stoxx 600 du pétrole et gaz a reculé de 13% en deux mois et celui du S&P 500 de l’énergie a cédé 15%.

UN BREXIT AVEC OU SANS ACCORD ?

En Europe, la tonalité de la fin d’année sur les marchés d’actions est aussi suspendue aux développements sur la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, programmée en mars prochain.

Londres et Bruxelles sont parvenues à un accord sur les conditions de Brexit, mais il ne satisfait guère outre-Manche où il est vivement critiqué, par l’opposition comme au sein de la majorité.

Le Parlement britannique doit s’exprimer le 11 décembre sur cet accord et l’issue du vote apparaît hautement incertaine: le gouvernement n’a pas de majorité et la Première ministre Theresa May fait face à des dissensions au sein même de son cabinet.

Le consensus de marché reste néanmoins confiant sur l’émergence d’un Brexit négocié, ce qui laisse la porte ouverte à une importante déception si un “hard” Brexit devait se profiler.

La Banque d’Angleterre (BOE) a averti mercredi qu’une telle issue provoquerait un choc plus violent pour l’économie britannique que la crise financière de 2008.

Dans ce “scénario du pire”, le PIB britannique se contracterait de 8% en l’espace d’un an environ, le taux de chômage monterait à 7,5% et l’inflation pourrait atteindre 6,5%.

Les dernières semaines de 2018, en particulier sur les marchés d’actions européens, ne s’annoncent donc guère reposantes. D’autant que les investisseurs restent aux aguets de toutes avancées dans les discussions entre Rome et Bruxelles sur le budget italien, avant le Conseil européen des 13 et 14 décembre.

Le Comité économique et financier de l’Union européenne a approuvé la mise en oeuvre d’une nouvelle étape de la procédure disciplinaire qui vise l’Italie, ce qui signifie que la Commission peut désormais recommander l’ouverture formelle d’une procédure disciplinaire pour déficit excessif.

Le gouvernement italien de coalition a toutefois multiplié les signes d’apaisement ces derniers jours, provoquant un repli du “spread” entre les taux italien et allemand à 10 ans à moins de 300 points de base.

UN MOIS DE DÉCEMBRE HISTORIQUEMENT FAVORABLE

Les investisseurs devront aussi compter pour la fin de l’année sur les banques centrales, même si les réunions du mois de décembre sont bien balisées. La Réserve fédérale (Fed) devrait annoncer un relèvement de ses taux le 19 décembre tandis que la Banque centrale européenne (BCE) confirmera très probablement le 13 décembre l’arrêt de son programme d’achats d’actifs.

Pour 2019, le président de la Fed, Jerome Powell, a largement rassuré mercredi, en laissant entrevoir la perspective d’une pause dans le rythme des relèvements des taux l’an prochain.

Les investisseurs n’en surveilleront pas moins l’audition, mercredi, du patron de la Fed devant la commission économique conjointe du Congrès ainsi que la publication, vendredi, du rapport mensuel sur l’emploi.

Face à ces nombreuses échéances, difficile donc de se positionner avec certitude sur la performance des marchés d’actions en décembre.

Les analystes de Schroders donnent néanmoins un argument : d’après leurs calculs, l’indice MSCI World a progressé en décembre dans 79% des cas depuis 1987, ce qui en fait le meilleur mois de l’année en moyenne au cours des 32 dernières années.

VOIR AUSSI :

LE POINT sur les perspectives de marché 2019 des gérants et stratèges

Édité par Marc Angrand

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