November 28, 2018 / 5:47 PM / 20 days ago

LEAD 1-Un Brexit sans accord, plus grave que la crise financière de 2008 - Banque d'Angleterre

* Londres défend son plan, “le meilleur possible”

* La Banque d’Angleterre tire la sonnette d’alarme sur l’impact d’un Brexit sans accord

* Philip Hammond dément pratiquer la “stratégie de la peur” alors que les députés voteront le 11 décembre (Actualisé avec Banque d’Angleterre)

par David Milliken, Huw Jones et William Schomberg

LONDRES, 28 novembre (Reuters) - Les autorités britanniques ont multiplié mercredi les mises en garde en cas de Brexit sans accord, la Banque d’Angleterre (BOE) notamment affirmant qu’une telle issue provoquerait un choc plus violent pour l’économie britannique que la crise financière de 2008.

Dans ce “scénario du pire”, le PIB britannique se contracterait de 8% en l’espace d’un an environ, le taux de chômage monterait à 7,5% et l’inflation à 6,5%. De même, poursuit l’estimation de la BOE, les prix de l’immobilier chuteraient de 30% et la livre perdrait un quart de sa valeur.

Cette sortie sans accord n’est pas le scénario que les économistes de la Banque d’Angleterre jugent le plus probable. Mais il reste une issue plausible alors que Theresa May doit encore faire approuver par un Parlement qui semble pour l’heure réticent l’accord conclu par les négociateurs de Londres et de Bruxelles et validé le week-end dernier par les chefs d’Etat et de gouvernement des Vingt-Sept réunis en sommet extraordinaire à Bruxelles.

“Notre travail n’est pas d’espérer le meilleur, mais de nous préparer au pire”, a dit le gouverneur de la Banque d’Angleterre, Mark Carney, lors d’une conférence de presse.

Dans tous les cas de figure étudiés par la Banque d’Angleterre, le tableau est moins positif que dans ses estimations préalables au référendum du 23 juin 2016 par lequel les Britanniques se sont majoritairement prononcés pour une sortie de l’Union européenne.

Dans un rapport distinct, le gouvernement britannique évoque lui aussi de graves conséquences pour l’économie tout en reconnaissant que l’économie du pays pâtira de toutes façons de la sortie de l’Union européenne même si l’accord conclu dimanche dernier à Bruxelles - et toujours très contesté au Royaume-Uni - est entériné.

Si la sortie du Royaume-Uni de l’UE se fait aux termes de cet accord, Londres prévoit dans quinze ans une économie nationale en baisse de 2,1% par rapport à ce qu’elle serait si le pays restait dans l’UE.

En cas de Brexit sans accord, souligne le rapport britannique, la baisse de l’économie britannique serait de 7,7% dans quinze ans.

STRATÉGIE DE LA PEUR ?

Les opposants à la sortie du Royaume-Uni de l’Union ont aussitôt saisi l’occasion pour dénoncer les “fausses promesses” des Brexiters sur l’ère de prospérité qui serait censée suivre le divorce fixé au 29 mars 2019.

“Il a fallu attendre ce matin pour que le chancelier (ministre des Finances Philip Hammond) admette finalement une chose: il serait préférable que nous restions dans l’UE”, a déclaré la députée travailliste Alison McGovern.

Les secteurs les plus touchés en cas de “no-deal” seraient l’automobile et la chimie, affectant plus de 20% de la production, précise le rapport gouvernemental.

Les prévisions du gouvernement supposent qu’aucun changement n’affecte les règles sur l’immigration mais que des normes non-tarifaires (environnementales, sociales ou sanitaires) soient introduites au Royaume-Uni. Pourtant, l’hostilité à l’immigration avait été en juin 2016 l’un des moteurs du vote en faveur du Brexit.

Le ministre des Finances a assuré que le projet d’accord défendu par la Première ministre Theresa May était le meilleur possible pour le Royaume-Uni.

“Si le seul critère était l’économie, alors les analyses montrent clairement que le maintien dans l’Union européenne serait la meilleure solution pour l’économie mais pas de beaucoup”, a affirmé Philip Hammond.

Il a réfuté au passage l’idée selon laquelle le gouvernement chercherait à effrayer les députés britanniques qui doivent se prononcer le 11 décembre par un vote sur l’accord conclu avec les Européens. Le Parlement de Westminster est loin d’être acquis à la position de la Première ministre.

“Je n’essaie d’effrayer personne et je rejette le terme d’alarmiste”, a affirmé Hammond.

Les partisans d’une rupture plus franche avec l’UE reprochent pourtant au gouvernement de jouer sur les peurs pour faire approuver son projet. “Il faut convaincre les gens, pas les effrayer”, a dit l’ancien ministre du Brexit Dominic Raab.

MAY EN TOURNÉE

Theresa May a entamé mardi en Irlande du Nord une tournée à travers le Royaume-Uni destinée à défendre son accord. Elle s’est rendue mercredi en Ecosse.

Pour elle, point de salut hors de l’accord trouvé avec Bruxelles: s’il est rejeté par les députés britanniques, affirme-t-elle, ce sera un Brexit sans accord, avec de terribles conséquences économiques, ou alors un report de la sortie du pays de l’Union, voire pas de sortie du tout.

May a souligné mercredi qu’il serait impossible d’organiser un second référendum - dont elle ne veut pas - sur la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne avant le 29 mars prochain, date fixé pour le Brexit.

La date du 29 mars découle de l’Article 50 du traité européen, qui encadre la procédure de départ d’un Etat membre de l’UE et fixe un délai de deux ans pour négocier les modalités du divorce.

Theresa May l’ayant activé le 29 mars 2017, le Brexit sera effectif le 29 mars 2019 sauf si ce délai est prolongé, ainsi que l’autorise le traité européen. Mais cette prorogation doit être décidée à l’unanimité du Conseil européen et “en accord avec l’Etat membre concerné”.

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ENCADRE Et si May ne parvient pas à convaincre les députés ?

Avec William James, Guy Faulconbridge et Andrew MacAskill; Pierre Sérisier, Guy Kerivel et Henri-Pierre André pour le service français

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