November 26, 2018 / 11:33 AM / 20 days ago

GRAPHES-La prudence reste de mise sur les valeurs pétrolières

* Le secteur pétrolier mondial en baisse de 8,6% cette année

* Le Brent en chute libre depuis son pic d’octobre à $86

* La baisse des cours pèse aussi sur les compagnies pétrolières

* Graphique interactif tmsnrt.rs/2QxTH5T

par Helen Reid et Ron Bousso

LONDRES, 26 novembre (Reuters) - L’effondrement des cours du pétrole depuis un mois justifie la prudence affichée par les investisseurs envers les valeurs pétrolières cette année, y compris quand elles avaient le vent en poupe.

Les prix du brut ont atteint courant 2018 des pics de quatre ans, le rétablissement de sanctions américaines contre l’Iran et la baisse de la production de l’Opep attisant les inquiétudes sur l’approvisionnement du marché.

Mais la situation de marché s’est inversée en octobre, sur fond de menaces sur le commerce international et de progression continue de la production américaine de pétrole de schiste. Les craintes d’une offre excédentaire ont fait plonger le Brent à un plus bas d’un an vendredi, sous les 60 dollars le baril, à comparer à son pic de 86,74 dollars le 3 octobre.

Depuis l’effondrement des cours en 2014, les compagnies pétrolières ont fait en sorte de rendre leurs bilans moins dépendants de l’évolution des cours du brut mais leur valeur boursière y reste sensible, une hausse des prix se traduisant toujours par un gain de chiffre d’affaires.

Beaucoup d’investisseurs, surtout en Europe, ont racheté le secteur en début d’année quand les prix étaient favorablement orientés. Mais ceux qui n’ont pas suivi le mouvement ne regrettent pas leur choix aujourd’hui.

Kevin Gardiner, stratège mondial chez Rothschild & Co Wealth Management, admet ainsi s’être posé la question en début d’année et se dit heureux de ne pas avoir franchi le pas.

“L’encre finissait à peine de sécher sur la belle histoire de la remontée des cours du brut quand d’un coup la magie s’est arrêtée”, dit-il. “Il faut vraiment faire attention avec les matières premières car les marchés peuvent se retourner très vite.”

Investir dans les valeurs pétrolières européennes en début d’année aurait été un excellent pari pour peu qu’on ait eu la clairvoyance de vendre au pic d’octobre.

Le retour était alors de 15%, un gain non négligeable compte tenu de la fébrilité des marchés boursiers cette année.

En Europe, l’énergie conserve la meilleure performance sectorielle de l’année, en hausse de 2,2% au 22 novembre, quand tous les autres secteurs, hormis la santé, sont dans le rouge.

La principale question qui se pose aux investisseurs est de savoir s’ils ont assez d’estomac pour supporter la volatilité du secteur.

“La chute des dernières semaines a vraiment effrayé les institutionnels”, rapporte Ashley Kelty, analyste spécialiste des hydrocarbures chez Cantor Fitzgerald.

“Les investisseurs reconnaissent que les fondamentaux de ces titres restent corrects mais comme il est très compliqué de déterminer leur valeur à long terme ils sont nombreux à préférer rester sur la touche jusqu’à ce que les prix se stabilisent.”

L’enquête de novembre de Bank of America Merrill Lynch auprès des gestionnaires d’actifs montre que les allocations en faveur du secteur de l’énergie ont chuté de sept points par rapport au mois précédent.

Les fonds indiciels (ETF) répliquant les indices du secteur ont subi d’importants rachats qui ont ramené le montant de leurs actifs sous gestion aux niveaux du mois d’avril.

Les valeurs de l’énergie étaient déjà restées à la traîne l’an dernier, les investisseurs restant dubitatifs face à l’envolée des cours du brut dans la crainte d’un retournement tout aussi spectaculaire.

“Quand les cours du brut sont en effet retombés, la plupart des institutionnels de long terme ont reconnu être très sous-pondérés en pétrole. Ils ne regrettaient pas d’avoir manqué les premiers 20 à 25% du rebond car ils avaient conscience qu’un retournement brutal de cours était possible”, rapporte Ashley Kelty.

Si beaucoup en début d’année prédisaient une fermeture du “gap” par le bas, les valeurs pétrolières rattrapant la hausse des cours du brut, les dernières données montrent que celui-ci se referme par le haut, justifiant la prudence des investisseurs.

Les valeurs de l’énergie sont pourtant mieux armées que par le passé pour supporter une baisse des cours du pétrole.

Les grandes “majors” comme Exxon Mobil, Royal Dutch Shell, BP et Total sont capables aujourd’hui de générer des profits avec un baril à 50 dollars alors que leur “point mort” était plutôt de 70 dollars en 2014, avant que les cours ne tombent en quelques mois de 100 à 30 dollars.

Elles affichent par ailleurs une grande discipline dans leurs projets d’investissement, même quand les cours repartaient à la hausse.

“Les améliorations de flux de trésorerie dans le secteur de l’énergie restent très positives”, juge Caroline Simmons, chez UBS Wealth Management à Londres.

La volatilité des cours du pétrole pose un problème pas seulement pour les investisseurs mais aussi pour les compagnies, souligne-t-elle. “Elles aspirent à une stabilité des prix du pétrole pour leurs décisions d’investissement. Peu importe d’ailleurs le niveau (des prix), il leur faut juste de la stabilité”, dit-elle.

BP, en octobre, a ainsi dit fonder ses projets d’investissements de long terme sur un prix moyen du baril compris entre 50 et 65 dollars le baril.

Alastair Bishop, gérant et responsable des investissements de Blackrock dans les ressources naturelles, n’attend pas de hausse sensible des investissements des compagnies pétrolières sur le court terme.

“La période est plutôt favorable pour elles avec une inflation des coûts à un niveau bas et un niveau raisonnable pour les prix du pétrole. A ces niveaux, elles peuvent générer beaucoup de trésorerie pour rembourser leur dette et financer des rachats d’actions”, a-t-il dit dans une interview à Reuters en milieu de mois.

Blackrock est le premier actionnaire de Shell et BP et le géant américain de la gestion d’actifs compte parmi les cinq principaux actionnaires de Total, Exxon Mobil et Chevron, selon les données de Refinitiv.

Véronique Tison pour le service français, édité par Blandine Hénault

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