November 6, 2018 / 2:16 PM / 9 days ago

Vue des marchés, la remontée des taux de la BCE sera lente

* Les anticipations de hausses de taux repoussées

* La BCE mettra longtemps à en finir avec les taux négatifs

* Ses marges de manoeuvres en cas de crise seraient réduites

* Un retour au QE pourrait alors se révéler nécessaire

par Dhara Ranasinghe

LONDRES, 6 novembre (Reuters) - A un an environ de ce qui devrait être la première hausse de taux décidée par la Banque centrale européenne (BCE) depuis 2011, les marchés s’attendent déjà à ce que le ralentissement de l’économie mondiale freine le resserrement de la politique monétaire dans la zone euro, au risque de la priver de munitions pour faire face à la prochaine crise.

La BCE doit arrêter définitivement à la fin de cette année son programme d’achats d’obligations sur les marchés, auquel elle aura consacré quelque 2.600 milliards d’euros, et elle s’est engagée à laisser ses taux d’intérêt inchangés jusqu’à l’été prochain pour soutenir la croissance économique.

Les marchés anticipent pour la fin 2019, un relèvement de 10 à 15 points de base du taux de la facilité de dépôt, actuellement fixé à -0,40%, montre l’écart entre les taux Eonia au jour le jour et “forward”, les taux interbancaires qui permettent de mesurer les anticipations d’évolution des taux directeurs par les investisseurs.

Les taux Eonia “forward” pour la fin 2020 suggèrent un resserrement supplémentaire de 30 points de base, qui ramènerait le taux de dépôt à zéro.

“Le marché anticipe un taux de dépôt nul dans deux ans, ce qui est plutôt sombre”, estime Martin van Vliet, stratège taux senior d’ING. “Dans cinq ans, la courbe des (Eonia) forward suggère une remontée très graduelle du taux de dépôt qui serait proche de, mais toujours inférieur à, 1%.”

Pour lui, ces anticipations montrent que les investisseurs s’attendent à ce que le futur cycle de hausse des taux de la BCE soit interrompu, ou qu’ils estiment que le taux d’intérêt “neutre” dans la zone euro - le taux qui n’a aucun effet stimulant ou restrictif sur la croissance - devrait rester négatif.

Ce facteur est important car il implique que la BCE ne disposera que d’une marge de manoeuvre limitée pour réduire ses taux d’intérêt lorsque surviendra la prochaine crise économique, et donc qu’elle pourrait être contrainte de recourir de nouveau à l’assouplissement quantitatif.

Une perspective très différente de celle de la Réserve fédérale américaine, qui a entamé le relèvement de ses taux il y a bientôt trois ans et devrait annoncer en décembre sa quatrième hausse de l’année.

Certes, la situation économique et l’inflation dans la zone euro devraient rester soutenues et permettre à la BCE de lancer l’an prochain un cycle de hausse de taux, estiment les économistes.

Mais la suite est moins facile à prédire en raison de multiples incertitudes, qu’elles soient liées aux tensions commerciales internationales, à la volatilité retrouvée des marchés financiers ou aux tensions entre le gouvernement italien et la Commission européenne sur le budget de Rome. Des facteurs qui ont déjà conduit les investisseurs à repousser de septembre à décembre 2019 la date jugée la plus probable pour la première hausse de taux.

Plusieurs indicateurs économiques récents ont en outre déçu et de nombreux observateurs s’attendent à ce que la BCE réduise ses prévisions de croissance le mois prochain.

“Il semble qu’il y ait eu un faux départ dans les anticipations de resserrement de la BCE”, résume Steven Major, directeur taux fixes chez HSBC. Il ajoute dans une note que les anticipations de taux des marchés illustrent le scepticisme des investisseurs quant à la croissance des salaires et l’évolution de l’inflation.

Les anticipations d’inflation “à cinq ans dans cinq ans” , baromètre très suivi des anticipations de marché en matière d’évolution des prix à la consommation dans la zone euro, sont encore à 1,69%, ce qui reste nettement inférieur à l’objectif de la BCE, à savoir un taux inférieur à mais proche de 2%.

La fin du mandat du président de la banque centrale, Mario Draghi, en octobre 2019, ajoute un élément d’incertitude supplémentaire au débat.

Mais le problème de fond pour la BCE est que son cycle de hausse de taux risque de commencer juste au moment où l’économie américaine commencera à ralentir, ce qui pourrait conduire la Fed à interrompre son propre cycle.

“La BCE sera en mesure d’avancer seule pendant un certain temps grâce à une demande intérieure solide mais au final, le ralentissement de la croissance aux Etats-Unis se traduira par un ralentissement de la croissance en Europe, et la BCE ne sera probablement pas en mesure de répondre intégralement à ce qui aura été intégré”, prédit Andrew Bosomworth, gérant de Pimco, l’un des plus gros gestionnaires de fonds obligataires du monde.

Marc Angrand, édité par Juliette Rouillon

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