October 25, 2018 / 7:44 AM / 21 days ago

PORTRAIT-Brésil-Paulo Guedes, l'économiste qui a converti Bolsonaro au libéralisme

BRASILIA, 25 octobre (Reuters) - L’économiste et investisseur brésilien Paulo Guedes, qui a fait fortune en pariant sur la baisse des marchés financiers, a cette fois décidé de tout miser sur Jair Bolsonaro, favori du second tour de l’élection présidentielle qui aura lieu dimanche au Brésil.

L’élection du candidat de l’extrême droite, qui se dit converti au libéralisme après avoir prêché pendant des décennies pour l’augmentation les salaires du secteur public et contre les privatisations, donnera selon lui à l’économie nationale un coup de pouce sans précédent.

Les deux hommes se connaissent depuis moins d’un an, mais Jair Bolsonaro considère Paulo Guedes comme l’un de ses conseillers les plus fiables et entend lui confier un “super ministère” de l’Economie.

L’économiste âgé de 69 ans assure avoir convaincu l’ancien officier de s’éloigner du modèle économique adopté par la junte militaire au pouvoir de 1964 à 1985. Les projets pharaoniques menés à bien pendant cette période ont certes stimulé la croissance, mais ont provoqué une explosion de la dette publique et de l’inflation.

Jair Bolsonaro, partisan déclaré de la dictature, se dit désormais favorable à la réduction des retraites, aux privatisations et à la dérégulation de l’économie. Il s’est toutefois bien gardé de détailler son programme économique, se contentant d’assurer qu’il s’en remettrait à Paulo Guedes.

Cette promesse a fait monter en flèche les marchés financiers et la devise nationale, tandis que le candidat social-libéral creusait l’écart avec Fernando Haddad, son adversaire du Parti des travailleurs, dans les intentions de vote.

Pour Paulo Guedes, Jair Bolsonaro est le mieux à même de remettre en cause le consensus de centre-gauche qui, selon lui, entretient la crise, et d’insuffler la dose de libéralisme nécessaire pour y mettre fin.

Le cofondateur du fonds d’investissement qui a donné naissance à la banque BTG Pactual SA a parié des millions de dollars sur l’échec des plans de stabilisation économique de la fin des années 80 et du début des années 90. Il reste très critique à l’égard des décideurs de cette époque, qui restent influents dans les cercles centristes.

“LES GENS CROIENT À UN CONTE DE FÉES”

“Je plaisante en disant que Jair apprend beaucoup plus vite que beaucoup d’entre eux, même s’il aime sécher les cours pour pouvoir aller à la pêche aux voix”, a-t-il déclaré en août lors d’un meeting à Brasilia.

Titulaire d’un doctorat de l’Université de Chicago, Paulo Guedes a enseigné dans certaines des établissements les plus prestigieux du Brésil, ainsi qu’à l’Université du Chili sous le règne d’Augusto Pinochet.

Jair Bolsonaro a promis de lui laisser carte blanche à la tête d’un ministère combinant les Finances, la Planification et le Commerce. Lors d’un entretien télévisé accordé récemment, il a comparé leur relation à un mariage. Prié de dire qui pourrait éventuellement remplacer Guedes en cas de défection, il a répondu : “Il n’y a pas de plan B”.

Certains doutent toutefois du virage libéral de Bolsonaro et des capacités de Guedes à le convertir, rappelant que le favori de la présidentielle s’est opposé à l’ouverture du capital de la compagnie d’électricité publique et à la privatisation de société minière Vale SA, il y a une vingtaine d’années.

En l’absence d’engagements formels de la part du candidat, rien ne dit que Paulo Guedes saura le convaincre d’appliquer une politique libérale, estime ainsi Alexandre Schwartsman, ancien directeur de la banque centrale du Brésil.

“On dirait que les gens croient à un conte de fées”, a-t-il déclaré. “Les convictions personnelles de Bolsonaro ne collent pas avec un tel programme (...) J’ignore s’il s’agit de naïveté ou de cynique.”

Des divergences sont effectivement apparues au sein de l’équipe de campagne de Bolsonaro. Paulo Guedes a proposé de privatiser la société pétrolière publique Petrobras et la Banco do Brasil alors qu’Oswaldo Ferreira, général à la retraite qui devrait faire partie du gouvernement si Bolsonaro est élu dimanche, a promis que ces entreprises resteraient gérées par l’Etat pour des raisons “stratégiques”.

L’homme d’affaires s’est par ailleurs prononcé pour la réforme des retraites prônée par Michel Temer, le président sortant. Onyx Lorenzoni, qui pourrait devenir chef de cabinet de Bolsonaro, a quant à lui jugé le projet du chef de l’Etat “terrible”.

Lorsque Guedes a lancé l’idée d’une taxe sur les transactions financières, Bolsonaro lui-même a estimé qu’il avait commis une erreur. L’économiste a depuis annulé une série d’interviews et d’interventions publiques. Il s’est montré encore plus discret après l’ouverture d’une enquête du parquet anticorruption, qui le soupçonne d’une fraude aux retraites dans de grandes entreprises publiques. (Jean-Philippe Lefief pour le service français)

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