October 18, 2018 / 6:11 PM / a month ago

LEAD 1-Rome défend son "beau" budget, l'UE fait monter la pression

* L’UE a remis à Rome une lettre recensant ses inquiétudes

* Les dirigeants européens mettent Rome en garde sur la dette

* Moscovici minimise le conflit autour du budget

* Conte juge limitée la déviation de la trajectoire (Actualisé tout du long, avec précisions, déclarations, contexte)

par Francesco Guarascio

BRUXELLES, 18 octobre (Reuters) - Le président du Conseil italien, Giuseppe Conte, a défendu jeudi le “beau” budget 2019 préparé par son gouvernement, balayant les critiques de ses partenaires européens et de la Commission européenne, qui fait monter la pression sur Rome pour obtenir la modification d’un projet qui, selon elle, enfreint les règles européennes.

Le commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires Pierre Moscovici a remis jeudi au ministre italien de l’Economie Giovanni Tria une lettre recensant les inquiétudes de la Commission sur ce projet de budget.

L’exécutif européen écrit dans sa lettre, publiée sur son site, qu’il enfreint de manière particulièrement grave les règles européennes en matière budgétaire.

Elle note que les dépenses prévues pour l’an prochain sont trop élevées, que le déficit structurel - hors éléments exceptionnels et effets de la conjoncture - augmenterait au lieu de diminuer, et que la dette publique du pays ne baisserait pas conformément aux règles fixées par l’UE.

Bruxelles attend que l’Italie réponde à ces observations d’ici lundi et le président du Conseil italien a indiqué que son gouvernement se réunirait samedi.

Il s’agit du deuxième courrier transmis à Rome par la Commission sur ce projet de loi de finances, que le gouvernement dirigé par le Mouvement 5 Etoiles (M5S) et la Ligue d’extrême droite a adressé lundi soir à Bruxelles.

En vertu des règles de l’UE, cette deuxième lettre pourrait être le prélude à un rejet inédit du projet de budget par l’exécutif européen, qui peut demander des ajustements voire le refuser, ce qui serait une première depuis la mise en place de la nouvelle procédure en 2013.

UN LONG PROCESSUS

Le budget 2019 de l’Italie, qui prévoit une nette hausse des dépenses publiques, doit porter le déficit public à 2,4% du PIB italien, bien au-dessus de la trajectoire dessinée par le précédent gouvernement, et devrait alourdir la dette du pays, supérieure à 130% du PIB.

Pour l’heure, la Commission attend une réponse de l’Italie et d’éventuelles modifications de son projet de budget, avant d’entreprendre d’autres actions, a dit Pierre Moscovici.

Il a également tenté de minimiser le conflit entre Rome et Bruxelles. “Nous avons simplement envoyé une lettre”, a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse à Rome aux côtés de Giovanni Tria, ajoutant que la décision finale sur le budget italien reviendrait aux dirigeants politiques. “Nous avons du temps.”

Giuseppe Conte a lui aussi minimisé la déviation par rapport aux objectifs fixés au sein de l’UE, ajoutant qu’il discutait avec les agences de notation et espérait qu’une évaluations négative pourrait être évitée.

Dans un message diffusé sur Facebook avant d’en avoir pris connaissance, le président du Conseil avait déclaré que la lettre de la Commission n’était pas un sujet d’inquiétude et qu’il s’attendait à ce que d’autres lettres soient envoyées, à l’Espagne, la France et le Portugal.

Selon un responsable européen interrogé par Reuters, Bruxelles va en effet envoyer des courriers à d’autres pays de la zone euro pour leur demander des explications sur leurs projets de budget mais, a-t-il précisé, “l’Italie est un cas à part” car son projet de loi de finances constitue une déviation importante par rapport aux objectifs budgétaires fixés par l’UE.

Pour les autres pays, qu’il n’a pas nommés, la Commission mentionne uniquement de possibles risques de déviation.

NOUVELLES TENSIONS SUR LES RENDEMENTS ITALIENS

Afin de marquer la différence entre la situation italienne et celle des autres pays, seul Rome a reçu son courrier jeudi, les autres lettres devant être transmise à partir de vendredi, a encore souligné ce responsable européen.

Sur les marchés financiers, les rendements des obligations italiennes, qui se sont déjà beaucoup tendues depuis les élections législatives du mois de mars, ont encore bondi jeudi à des nouveaux records après ces annonces.

Le rendement des titres à 10 ans a gagné 13 points de base à 3,66%, le 5 ans a atteint un pic de cinq ans et l’écart de taux (“spread”) entre le rendement du Bund à 10 ans allemand et du 10 ans italien a atteint près de 330 points de base, son plus haut niveau en cinq ans et demi.

Auparavant, Giuseppe Conte avait assuré à la presse italienne que son gouvernement entendait mettre en oeuvre les mesures expansionnistes figurant dans son projet budgétaire.

“Je suis conscient que ce n’est pas le budget qu’attendait la Commission. J’attends des observations critiques. Nous discuterons et répondrons à ces observations”, a-t-il déclaré.

Il a également démenti toute dissension entre le M5S et la Ligue, alors que le chef de file du 5 Etoiles, Luigi Di Maio, a semble désapprouver mercredi la formulation d’un texte législatif accordant une amnistie fiscale à une partie des contribuables italiens.

Le chef du file du mouvement contestataire a réaffirmé jeudi qu’une “clarification politique” avec la Ligue de Matteo Salvini serait nécessaire sur cette question.

Giuseppe Conte a présenté le projet de budget 2019 lors d’un déjeuner à huis clos du conseil européen à Bruxelles, a indiqué le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker.

“Le président du Conseil italien nous a présenté la situation, avec un grand talent et de façon très claire, et nous ne lui avons pas posé de question car (la Commission) examine actuellement le projet de budget tel qu’il nous a été envoyé par les autorités italiennes”, a-t-il déclaré à la presse. “Nous n’avons aucun à priori contre le budget italien”, a-t-il ajouté.

Selon des responsables européens, les dirigeants de certains pays membres, dont les Pays-Bas et la Finlande, ont mis Rome en garde contre tout dépassement des règles de déficit.

Le chancelier autrichien Sebastian Kurz a réaffirmé que les règles budgétaires européennes devaient être respectée par tous, tout en ajoutant: “Trop de dette est dangereux.”

Le Premier ministre néerlandais Mark Rutte a déclaré pour sa part sur Twitter qu’il avait exprimé ses inquiétudes. Emmanuel Macron de son côté à déclaré que “la France ne donne pas de leçon” à l’Italie “après dix ans passés en procédure de déficit public excessif”, tout en ajoutant qu’il “soutient le respect” des règles et des procédures européennes. (Francesco Guarascio, Stefano Bernabei et Jan Strupczewsk, Jean-Stéphane Brosse et Juliette Rouillon pour le service français)

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