October 18, 2018 / 9:00 AM / a month ago

ENTRETIEN MARCHÉS-L'Italie ne mérite pas une dette en "junk"-Muzinich

* Possible dégradation en vue pour la dette italienne

* Une notation en “junk” jugée peu probable

* Mais la perspective associée sera à surveiller

* Les décisions de Moody’s et S&P attendues d’ici la fin du mois

par Patrick Vignal

PARIS, 18 octobre (Reuters) - La dette souveraine de l’Italie n’a pas le profil pour atterrir dans la catégorie spéculative, juge l’économiste italien Fabrizio Pagani à quelques jours de la possible dégradation de la note de crédit du pays par deux agences de notation.

Les marchés anticipent un abaissement de la note souveraine de la troisième économie de la zone euro, souligne cet ancien conseiller du président du Conseil Enrico Letta (2013-2014), désormais responsable de la stratégie globale pour la société de gestion Muzinich & Co.

L’Italie est classée deux crans au-dessus de la catégorie spéculative (“junk”) par les trois agences de référence et risque d’en perdre un avec les décisions de S&P, le 26 octobre, puis de Moody’s avant la fin du mois.

Ces deux agences notent respectivement l’Italie “BBB” avec perspective stable et “Baa2” avec perspective négative.

Quant à Fitch, elle a confirmé sa note souveraine à “BBB” le 31 août dernier en abaissant la perspective à négative contre stable et doit réexaminer la situation dans le courant du premier trimestre 2019.

Cette agence a résumé les inquiétudes des marchés en disant s’attendre à un relâchement de la discipline budgétaire de la part du gouvernement de coalition italien formé par la Ligue, d’extrême droite, et le Mouvement 5 Etoiles, autoproclamé antisystème et lui aussi très critique envers les règles budgétaires de l’Union européenne.

“Nous sommes dans un moment clé avec beaucoup d’enjeux. Il y a la loi de finances, autour de laquelle l’attention est grande, mais aussi le fait que deux agences de notation doivent se prononcer dans les jours qui viennent, et aussi la perspective de l’arrêt à la fin de l’année par la Banque centrale de sa politique de rachat d’actifs”, résume Fabrizio Pagani.

“Et puis il y a le dialogue, parfois un peu musclé, entre le gouvernement italien et la Commission européenne sur le budget et sur les perspectives des finances publiques italiennes.”

LA PERSPECTIVE À SURVEILLER

Ce contexte a provoqué la flambée des rendements des emprunts d’Etat italiens de toutes les maturités et fait gonfler l’écart de rendement (“spread”) entre les obligations italiennes et allemandes à un pic de cinq ans, à plus de 300 points de base

“Les marchés prennent déjà en compte une possible dégradation de la note de l’Italie”, dit Fabrizio Pagani.

“Le consensus est qu’il y aura dégradation. La chose la plus importante, c’est de regarder ce que les agences de notation mettront comme perspective”.

Une dégradation avec perspective négative placerait la note italienne à proximité immédiate de la catégorie spéculative.

Le scénario noir d’une dette italienne classée “junk”, ce qui pourrait faire fuir les plus importants investisseurs institutionnels du monde, est-il envisageable ?

“Je ne le pense pas”, dit Fabrizio Pagani. “Je pense que les fondamentaux du pays restent solides. On a de la croissance, certes plus mitigée que l’année passée, les entreprises sont sorties d’une crise longue et profonde beaucoup plus fortes, beaucoup plus dédiées à l’export, et avec une capacité renforcée d’innover et de trouver des marchés.”

Les entreprises italiennes sont un fleuron de l’économie européenne, insiste l’économiste, qui fait valoir aussi que les banques italiennes ont considérablement allégé leurs créances douteuses et sont désormais aussi solides que les autres banques européennes.

Reste les couacs de communication au sein du gouvernement et les divergences de vues apparentes entre le ministre des Finances Giovanni Tria, considéré par les marchés comme le garant d’une certaine orthodoxie budgétaire, et les deux vice-présidents du Conseil, Matteo Salvini (La Ligue) et Luigi Di Maio (M5S), pas toujours d’accord entre eux. Sans parler du bras de fer en cours avec l’exécutif européen.

PAS DE CONTAGION À L’HORIZON

“Il y a eu un problème de communication de la part de ce nouveau gouvernement, surtout vis-à-vis des marchés”, dit Fabrizio Pagani en citant comme exemple les objectifs de déficit budgétaire, d’abord annoncés à 2,4% sur la période 2019-2021 avant d’être ajustés à 2,4% puis 2,1% puis 1,8%.

“Un objectif de déficit budgétaire qui ne diminuait pas en l’espace de trois ans, ce n’était pas très sage”, dit-il. “Ils ont revu cela, ce qui va dans la bonne direction.

“Ce n’est pas la première fois que l’on a un gouvernement à plusieurs voix, en Italie ou ailleurs en Europe, et il y a des mesures qui pourraient faciliter la croissance en relançant les investissements des entreprises, même si ce ne sont pas celles qui ont obtenu le plus de publicité jusqu’à présent”, ajoute-t-il.

Les analystes sont nombreux à penser que l’Italie n’est pas sur le point d’éclater à la face de la zone euro pour provoquer une crise de l’ampleur de celle de la dette grecque, qui avait eu pour détonateur, fin 2009, une dégradation de la note souveraine de la Grèce par les trois grandes agences.

L’optimisme relatif des marchés s’appuie sur le fait que le cas italien ne se propage pas pour l’instant aux autres pays périphériques de la zone euro.

La crise italienne n’en porte pas moins, à moyen terme, le germe d’un poison tout aussi violent, sous la forme d’une contagion politique susceptible d’ébranler la construction européenne, avertit Fabrizio Pagani.

“Il y a cependant un risque extrême, mais qui est plutôt un risque politique, avec la possibilité d’une instabilité politique jusqu’au coeur de l’Europe, jusqu’en Allemagne”, dit-il.

“Ce risque pourrait être créé par des élections européennes allant dans le sens, qui n’était pas imaginable jusqu’à présent, d’une majorité anti-européenne au Parlement européen. A ce moment-là, une crise de l’euro et de la construction européenne pourrait se produire. Dans ce scénario extrême, la dette italienne pourrait être le maillon faible de la construction.”

Voir aussi :

ANALYSE-Dette-Gare au réveil en sursaut pour l’Italie (édité par Blandine Hénault)

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