October 7, 2018 / 7:46 PM / 2 months ago

LEAD 1-Le Brésil, rarement autant divisé, élit son président

* Jair Bolsonaro est en tête des sondages avant le premier tour

* Les déclarations sulfureuses du député d’extrême droite divisent le pays

* Son rival probable au second tour sera le candidat du Parti des travailleurs, Fernando Haddad (.)

par Anthony Boadle et Jake Spring

BRASILIA, 7 octobre (Reuters) - Le député d’extrême droite Jair Bolsonaro, nostalgique de la dictature militaire de 1964-1985, abordait en favori ce dimanche le premier tour de l’élection présidentielle au Brésil, dont les premiers résultats sont attendus à partir de 22h00 GMT.

D’après les derniers sondages publiés samedi soir, le candidat du Parti social-libéral est crédité de 36% des intentions de vote, augmentant son avance sur son principal adversaire, le candidat du Parti des travailleurs (PT, gauche). Fernando Haddad, qui a repris le flambeau de l’ex-président Lula, interdit de candidature, était mesuré lui à 22% dans les intentions de vote.

Ancien officier âgé de 63 ans, victime d’une agression à l’arme blanche début septembre, Bolsonaro a convaincu de nombreux Brésiliens de voter pour lui par ses positions très dures contre l’insécurité et parce que sa carrière est exempte de toute accusation de corruption, tandis que le PT est impliqué lui dans l’un des plus vastes scandales de corruption mis au jour dans l’histoire du pays.

Mais il fait aussi office de repoussoir pour une grande partie de l’électorat en raison de propos jugés homophobes ou misogynes.

Des Brésiliens s’inquiètent aussi de l’impact sur la démocratie qu’aurait l’élection de Bolsonaro, qui n’a cessé par le passé de confier sa nostalgie pour l’époque où le Brésil était sous l’emprise d’une dictature militaire (1964-1985). Nombreux sont ceux qui ne croient pas à la promesse de campagne faite par Bolsonaro de respecter les idéaux démocratiques.

A l’inverse, une partie de l’électorat, revancharde, ne veut pas d’un retour au pouvoir du Parti des travailleurs de Lula puis de la présidente Dilma Rousseff, destituée en 2016 pour avoir maquillé les comptes publics.

Si aucun candidat ne remporte la majorité absolue des voix au premier tour, un second tour aura lieu le 28 octobre entre les deux candidats arrivés en tête.

A ce stade de la campagne, les instituts de sondage tablent sur un second tour très serré entre Bolsonaro et Haddad.

CLASSE POLITIQUE DÉCRÉDIBILISÉE

Le Brésil a rarement été aussi divisé à l’approche d’une élection, durant laquelle les 147 millions d’électeurs devaient aussi désigner les députés de la chambre basse du Congrès et voter pour renouveler les deux tiers des 81 sièges du Sénat.

Les premiers bureaux de vote ont ouvert dimanche à 08h00 (11h00 GMT) et les derniers fermeront à 19h00 heure de Brasilia (22h00 GMT). Les sondages à la sortie des urnes devraient être connus aussitôt, et les premiers résultats annoncés peu après grâce au système de vote électronique.

“Si Dieu le veut, nous réglerons ceci aujourd’hui”, a dit Bolsonaro qui s’est rendu à son bureau de vote accompagné d’une infirmière. “Nous sommes sur une trajectoire ascendante et nous avons confiance dans la volonté du peuple brésilien de s’éloigner du socialisme”, a-t-il ajouté.

Près des deux tiers des électeurs vivent dans le sud du pays, où se trouvent les deux plus grandes villes brésiliennes, Sao Paulo et Rio de Janeiro, qui penchent en faveur de Jair Bolsonaro. Un quart des électeurs résident dans des zones moins développées dans le nord-est du pays, bastion historique du PT.

Jair Bolsonaro s’est envolé pendant l’été dans les sondages en surfant sur la colère des Brésiliens contre la corruption de la classe politique et l’insécurité. Il a notamment promis d’assouplir la législation sur le contrôle des armes à feu afin que les Brésiliens puissent s’armer contre les criminels.

Cet ancien capitaine de l’armée est massivement soutenu par l’électorat évangéliste grâce à son hostilité à la légalisation de l’avortement, du mariage homosexuel ou de la consommation de stupéfiants.

“NOUS AVONS TOUT”

Dans une ultime intervention samedi soir via une vidéo diffusée en direct sur Facebook, Bolsonaro a appelé les Brésiliens à l’aider à nettoyer le système politique afin que le pays puisse exploiter ses ressources agricoles et minérales.

“Nous avons tout. Ce qu’il nous faut, ce sont des politiciens attachés à leur pays et non aux intérêts d’un parti”, a-t-il dit depuis son domicile, où il se remet de plusieurs interventions chirurgicales après avoir été poignardé lors d’un meeting le 6 septembre dernier.

Jair Bolsonaro, dont le programme économique reste encore très flou, a promis de procéder à des privatisations afin de réduire le déficit budgétaire du pays.

Entré tardivement dans la campagne, en septembre, après que la justice a confirmé l’inéligibilité de Lula, Fernando Haddad, ex-ministre de l’Education qui se décrit comme modéré, souhaite stimuler les investissements publics et abandonner toute privatisation.

L’ancien maire de Sao Paulo, qui était samedi dans l’Etat de Bahia, dans le nord-est du Brésil, coeur du soutien du PT où Bolsonaro a cependant progressé dans les sondages, a tenté de convaincre les indécis.

Il a critiqué Bolsonaro pour n’avoir pas pris part au débat télévisé organisé jeudi soir qui marquait la fin de la campagne électorale. Bolsonaro a expliqué respecter les consignes des médecins après l’attaque dont il a été victime.

Bolsonaro veut “gagner au premier tour du scrutin sans avoir à débattre et cela est mauvais pour la démocratie”, a dit Haddad. “Nous avons la faculté de vaincre le danger que représente Bolsonaro pour les acquis sociaux, le civisme, la solidarité et le respect mutuel”, a-t-il ajouté.

avec Rodrigo Viga Gaier et Gabriel Stargardter à Rio de Janeiro et Isabel Marchenta et Eduardo Simões à São Paulo Jean Terzian et Henri-Pierre André pour le service français

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