October 9, 2018 / 12:14 PM / 9 days ago

ECLAIRAGE-Les jeunes pousses de la finance entrent dans l'âge adulte

* Les “fintechs” françaises en plein essor

* Les accélérateurs succèdent aux incubateurs

* Des acteurs incontournables à l’âge du numérique

* Les banques les accompagnent et en rachètent

par Patrick Vignal

PARIS, 9 octobre (Reuters) - Les jeunes pousses proposant des technologies innovantes au monde de la finance (fintechs) sont devenues en quelques années des acteurs incontournables d’un paysage en pleine mutation.

Station F, une ancienne gare de fret parisienne reconvertie en “plus grand campus de start-up au monde”, selon ses promoteurs, symbolise cet univers peuplé de jeunes gens modernes, brillants et décontractés en apparence, même s’ils savent que la réussite ne sourira qu’à une poignée d’entre eux.

L’espace, né de la volonté et de l’argent de l’entrepreneur Xavier Niel, abrite plus de 3.000 postes de travail et en impose avec notamment, dans le hall, une oeuvre de Jeff Koons baptisée Play-Doh, sorte de tas géant de bouts de pâte à modeler de toutes les couleurs.

Ce coin de Silicon Valley niché au coeur du 13e arrondissement abrite l’accélérateur de fintechs que BNP Paribas International Financial Services (IFS) développe avec le spécialiste californien Plug and Play.

Accélérateur, et non incubateur, parce qu’il ne s’agit pas ici de veiller à l’éclosion de projets mais plutôt de développer rapidement des produits pour les lancer à l’échelle industrielle.

“En tant que groupe financier, nous visons d’abord à faire évoluer les produits et services que nous proposons à nos clients”, explique Andreas Lambropoulos, responsable des initiatives stratégiques chez BNP Paribas IFS, en soulignant l’essor des outils numériques, notamment dans la banque mobile.

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, BLOCKCHAIN, ETC.

Les start-up sélectionnées ont trois mois pour réaliser un pilote susceptible d’être exploité, précise pour sa part Hélène Mouly, responsable du programme d’accélération chez BNP Paribas IFS.

Ce délai très court s’explique par le fait que les start-up choisies pour être “accélérées” (28 à ce jour) disposent déjà d’un produit qu’il s’agira d’adapter aux besoins de la banque.

Biométrie, reconnaissance optique des caractères, robots conseillers en investissement, traitement informatisé des données... Les innovations permettant aux entreprises de la finance d’opérer leur mutation à l’âge du numérique sont multiples.

Les outils favorisant ce processus sont en plein essor, à commencer par l’intelligence artificielle, qui optimise, l’analyse des données, et la technologie “blockchain”, qui permet leur transmission sécurisée sans organe de contrôle.

“Trois tendances de fond sont à l’oeuvre un environnement de plus en plus ouvert, de plus en plus interconnecté et de plus en plus décentralisé”, explique Laurent Herbillon, qui dirige la coopération avec les start-up chez BNP Paribas IFS.

“Ces trois tendances sont les nouvelles technologies comme le mobile et le blockchain, de nouvelles attitudes et comportements de la part des consommateurs qui font que les services clients proposés par les acteurs du net deviennent la référence, et enfin des évolutions réglementaires auxquelles il faut s’adapter”, détaille-t-il.

Parmi les “start-up” ciblées par la banque française figure DreamQuark, une société fondée en 2014 par le Français Nicolas Meric qui propose Brain, une plate-forme d’analyse de données de clients potentiels au moyen d’intelligence artificielle.

“La plate-forme permet, à partir de l’historique des transactions, d’identifier le produit qui a envie d’être acheté par le client et à quel client il faut vendre ce produit”, explique ce docteur en physique des particules aux allures d’adolescent.

Les tests pratiqués pour ce produit appliqué à la division de gestion de fortune de BNP Paribas laissent espérer une augmentation significative des prise de rendez-vous et des ventes grâce à cette méthode de ciblage de la clientèle, ajoute-t-il.

DES RACHATS EN SÉRIE

Le paysage de ces jeunes pousses ouvertes sur la finance est tellement varié qu’il a fallu inventer une nomenclature pour le cartographier. On a donc les fintechs pour les banques et celles pour les assurances (“assurtechs”) mais aussi les services de financement d’investissement et d’épargne et les services de paiement, sans oublier les “regtechs”, qui proposent des outils destinés à aider les acteurs de la finance à mieux naviguer dans l’univers de la réglementation.

Le nombre des fintechs françaises a explosé depuis l’an dernier, passant de 250 à plus de 350, selon les données du fonds spécialisé BlackFin Tech.

Les investissements dans ces fintechs françaises ont atteint 240 millions d’euros en 2017 et totalisent 140 millions d’euros pour le seul premier trimestre 2018, de même source.

Cet écosystème est mouvant puisque les acteurs les plus séduisants se font souvent avaler, comme la cagnotte en ligne Leetchi, rachetée en 2015 par Crédit Mutuel Arkea, ou encore Compte-Nickel, le service de compte bancaire commercialisé par les buralistes passé l’an dernier dans l’escarcelle de BNP Paribas.

Les autres banques ne sont pas en reste, à l’image de Société générale, qui a été la première en France à acquérir une fintech avec l’achat en 2015 par sa filiale Boursorama de Fiduceo, spécialiste des solutions de gestion de finances personnelles en ligne.

Le groupe Société générale est par ailleurs membre fondateur du Swave, un espace de 2.500 m2 dédié à l’accompagnement des fintechs et assurtechs situé dans la Grande Arche de la Défense.

La vague de rachats récents n’altère en rien la détermination de certaines fintechs à vivre sans attaches et à proposer leurs services à plusieurs clients, avec l’espoir de devenir “licorne”, soit d’atteindre une valorisation supérieure au milliard de dollars.

A ce jour, 29 fintechs ont réussi cette performance dans le monde, la plupart venant des Etats-Unis et aucune de France. La volarisation cumulée de ces fintechs ayant rejoint le cercle des “licornes” s’élève à 84,4 milliards de dollars (73,4 milliards d’euros), selon les chiffres de la plate-forme de données CB Insights, dont 20 milliards de dollars pour le seul Stripe, un spécialiste américain des services de paiement.

Aucune fintech française n’a non plus atteint le Graal de l’introduction en Bourse, consécration atteinte notamment par le néerlandais Adyen et surtout l’allemand Wirecard , qui a délogé le mois dernier Commerzbank dans l’indice Dax de la Bourse de Francfort. (édité par Blandine Hénault)

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