October 1, 2018 / 10:06 PM / 2 months ago

RPT-SYNTHESE-L'exécutif européen met la pression sur l'Italie

(Répétition sans changement)

* Juncker ne veut pas d’une nouvelle crise de la dette

* L’exécutif européen espère que Rome changera de cap

* Rome a deux semaines pour revoir sa copie

par Francesco Guarascio et Jan Strupczewski

LUXEMBOURG, 2 octobre (Reuters) - Plusieurs dirigeants de l’Union européenne ont mis en garde lundi l’Italie contre ses projets de dépense budgétaire en brandissant le spectre d’une nouvelle crise de la dette dans la zone euro et en exhortant Rome à changer de cap.

Le projet de budget adopté jeudi dernier par le gouvernement italien formé par les eurosceptiques du Mouvement 5 Etoiles et de la Ligue prévoit un déficit de 2,4% du produit intérieur brut (PIB) pour les trois prochaines années, ce qui ne permettra pas d’atteindre les objectifs de réduction de la dette publique.

Les marchés ont réagi en se délestant des emprunts d’Etat italiens, dont les rendements ne cessent de grimper.

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a prévenu Rome lundi qu’il n’était pas question pour la zone euro de vivre une nouvelle crise de la dette après celle provoquée par la Grèce, qui avait failli venir à bout de l’euro.

“L’Italie s’éloigne des objectifs budgétaires que nous avons approuvés en commun au niveau de l’UE”, a déclaré Jean-Claude Juncker lors d’un discours en Allemagne.

“Je ne souhaite pas qu’après avoir surmonté la crise grecque, nous retombions dans la même crise en Italie. Une crise de ce genre nous a suffit”, a-t-il dit.

“Si l’Italie veut un traitement particulier supplémentaire, cela signifierait la fin de l’euro. Il faut être très strict”, a-t-il ajouté.

Le ministre italien des Finances, Giovanni Tria, a réagi à ces propos en déclarant qu’il ne s’attendait pas à la fin de la monnaie unique.

Giovanni Tria avait promis un peu plus tôt de rassurer ses homologues de la zone euro et de leur dire que son gouvernement avait bien l’intention de réduire la dette publique.

Pierre Moscovici, commissaire européen à l’économie, a souhaité maintenir le dialogue avec Rome tout en insistant sur le respect des règles budgétaires de l’Union. Le projet de budget italien ne les respecte “manifestement” pas, mais l’ampleur du décalage et “la façon de le combler” doivent être déterminés, a-t-il ajouté.

Son collègue Valdis Dombrovskis, un des vice-présidents de la Commission, a jugé pareillement qu’en première analyse, le projet italien n’était “pas compatible” avec le Pacte de stabilité et de croissance de la zone euro.

TRIA ÉCOURTE SA PRÉSENCE À LUXEMBOURG

Giovanni Tria, qui devait initialement rester deux jours à Luxembourg, devrait regagner Rome dès lundi soir, après la réunion des ministres de l’Eurogroupe, et faire l’impasse sur la réunion des ministres européens des Finances (qui intègre les pays hors zone euro) programmée mardi matin, a-t-on appris au sein de son ministère.

Ce dernier doit travailler sur les projets budgétaires, précise-t-on de même source. La coalition M5S/Ligue a dévoilé la semaine dernière ses objectifs de déficit mais n’a pas encore publié le document détaillant ses objectifs financiers et économiques pour la période 2018-2021.

C’est le directeur général du Trésor, Alessandro Rivera, qui représentera l’Italie mardi lors de la réunion de l’Ecofin.

Le retour anticipé de Giovanni Tria à Rome n’est lié à aucune urgence particulière, a précisé Luigi Di Maio, chef de file du M5S et vice-président du Conseil italien, qui a ajouté que certaines institutions européennes, par leurs commentaires sur le budget italien, “s’amusaient à faire danser les ‘spreads’ (ndlr, l’écart de taux entre pays de la zone euro) et à faire du terrorisme sur les marchés”.

Bruxelles peut entamer une “procédure de déficit excessif” lorsque le déficit budgétaire d’un Etat membre de la zone euro dépasse 3% du PIB ou lorsque la dette est supérieure à 60% de ce PIB et qu’elle ne diminue pas de façon satisfaisante.

Celle de l’Italie, qui est la plus importante de l’UE après celle de la Grèce, représentait plus de 133% du PIB à la fin du premier trimestre 2018, selon l’office de statistiques Eurostat.

Dans le cadre du “semestre européen” instauré pour coordonner les politiques économiques, les 19 Etats membres de la zone euro doivent soumettre leur projet de budget à la Commission européenne avant le 15 octobre. L’exécutif bruxellois peut ensuite donner son feu vert, demander une révision ou rejeter le budget en bloc, ce qui n’est encore jamais arrivé.

Dans ce cas, le projet doit être intégralement revu et, si le gouvernement concerné refuse de le faire, il s’expose à des sanctions, qui ne peuvent a priori être décidées avant la publication des données définitives prévue en avril. (Jean-Philippe Lefief, Henri-Pierre André et Patrick Vignal pour le service français, édité par Nicolas Delame)

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