September 4, 2018 / 1:01 PM / 2 months ago

GRAPHES-Les émergents toussent, Wall Street pourrait s'enrhumer

* Wall Street a résisté jusqu’à présent à la baisse des émergents

* Hausse des taux US et du dollar, double peine pour les émergents

* Commerce mondial et investissement commencent à ralentir

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PARIS, 4 septembre (Reuters) - Les turbulences sur les marchés émergents n’ont pas eu d’effet de contagion jusqu’à présent sur Wall Street qui se maintient à des plus hauts soutenue par la solidité de l’économie américaine.

Pourtant, les turbulences sur les marchés émergents pourraient finir par faire tâche d’huile et mettre un terme à l’une des plus longues phases d’expansion de l’économie américaine et au plus long marché haussier jamais enregistré par Wall Street.

Les pays émergents les plus sous pression actuellement - la Turquie, l’Argentine et le Brésil - présentent des situations similaires caractérisées par ces déséquilibres importants des comptes extérieurs et des finances publiques, de faibles réserves de change et des politiques économiques jugées insoutenables par les investisseurs.

D’autres pays pourraient aussi se trouver dans l’oeil du cyclone comme l’Indonésie, l’Inde, Afrique du Sud, voire même la Russie.

Les émergents avaient jusqu’à présent bénéficié dans l’ensemble de la globalisation organisée dans le cadre des accords multilatéraux de l’Organisation mondiale du commerce et d’un système financier international centré sur le dollar qui leur a assuré des conditions de financement à très bas coût pendant une décennie.

Dans le passé, la pression exercée par la hausse des taux aux Etats-Unis pouvait être en partie compensée par la robustesse de l’économie américaine qui soutenait les importations et les prix des matières premières, rappellent les économistes de Barclays.

“Si le rôle de soutien des matières premières a largement été tranféré à la Chine, la politique économique actuelle des Etats-Unis est potentiellement toxique pour les pays émergents”, préviennent-ils.

Elle annihile les effets positifs de la croissance sur les échanges, via l’imposition de nouveaux tarifs douaniers ou la menace de le faire, tout en soutenant la demande intérieure par la relance budgétaire, alimentant la hausse des taux, ce qui renchérit les coûts de financement des émergents et pousse au rapatriement de capitaux aux Etats-Unis, favorisant la hausse de dollar.

Il n’est guère étonnant dans ces conditions que la corrélation traditionnelle entre le dollar et la performance relative des Bourses émergentes par rapport à celle des pays développés fonctionne à plein.

PIC DES MARCHES ACTIONS DANS MOINS DE SIX MOIS

Mais, les pressions sur les émergents liées à la politique économique américaine commencent aussi à avoir des effets sur la croissance mondiale avec les premiers signes d’un ralentissement des échanges commerciaux et de l’investissement.

Pour Witold Bahrke, stratégiste macro chez Nordea Asset Management, la situation actuelle de l’économie mondiale avec une surperformance de l’économie américaine face au reste du monde constitue un équilibre instable avec un double effet de resserrement monétaire via la hausse des taux d’intérêt et l’appréciation du dollar.

Pour en sortir, “soit les Etats-Unis devront ralentir, soit la Chine et le reste du monde devront accélérer”, prévient-il en jugeant que le scénario le plus probable pour les prochains mois sera une poursuite de la divergence, le renforcement du dollar accentuant la situation en pénalisant surtout les émergents pour déboucher in fine sur un affaiblissement de la croissance américaine.

“En somme, le pic des marchés actions se rapproche”, prévient Witold Bahrke. Pour lui, une appréciation supplémentaire de 5% du dollar d’ici à la fin de l’année signifierait probablement un resserrement monétaire suffisant pour que les actions atteignent leur pic dans moins de six mois.

Avant les actions, les segments les moins bien notés du marché du crédit lui apparaissent comme la classe d’actifs la plus exposée au resserrement monétaire.

“A la lumière des risques macroéconomiques croissants, les actifs défensifs devraient surperformer face aux actions et les valeurs refuges devraient être davantage recherchées”, estime-t-il.

Sources :

*Perspectives macroéconomiques d’automne : une divergence perturbatrice. Nordea Asset Management. 4 septembre 2018

*US sidesteps EM volatility. If EM catches a cold, DM may sneeze. Global Economics Weekly. 17 août 2018 et 31 août 2018

Marc Joanny, édité par Jean-Michel Bélot

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