July 3, 2018 / 10:23 AM / 4 months ago

France-Recul des exportations d'armements en 2017, les ONG accusent

* 6,9 milliards d’euros après les contrats record de 2015 et 2016

* Le ministère des Armées évoque un environnement “plus contraint”

* La France assure pratiquer des exportations “responsables”

* Des ONG l’accusent d’enfreindre les traités

PARIS, 3 juillet (Reuters) - Les exportations d’armements de la France ont chuté de l’ordre de 50% en 2017 à 6,9 milliards d’euros, après les ventes record de 2016 et 2015, en raison notamment du “ralentissement économique qui a touché la plupart des pays producteurs de pétrole”, selon le rapport annuel du ministère des Armées.

Dans ce rapport transmis au Parlement, que Florence Parly présentera mercredi, le ministère souligne que la France, cible des attaques des organisations de défense des droits de l’Homme, pratique “une politique d’exportation responsable”, dans “le strict respect” de ses engagements internationaux et en vertu d’un dispositif de contrôle “très rigoureux”.

En 2015, les ventes d’armements françaises avaient atteint 17 milliards d’euros grâce aux premiers contrats à l’export du Rafale, à destination du Qatar et de l’Egypte, puis 14 milliards d’euros en 2016 avec l’achat de 36 chasseurs par l’Inde.

Les prises de commandes l’an dernier sont “dans la moyenne des années antérieures aux contrats export Rafale”, relève le rapport.

“L’année 2017 s’est inscrite dans un cadre plus contraint, le contexte électoral a suscité un certain attentisme chez les partenaires traditionnels de la France”, souligne le ministère.

“Le ralentissement économique qui a touché la plupart des pays producteurs de pétrole a entraîné le report de certains projets d’acquisition de systèmes d’armement”, ajoute-t-il.

Le Proche-Orient et le Moyen-Orient ont représenté “un peu plus de 60% des exportations d’armement”, soit 3,9 milliards d’euros. La zone Asie-Pacifique représente 17% des commandes, suivie par l’Europe et le continent américain.

Hélicoptères et missiles (essentiellement dans le domaine naval) ont constitué plus de la moitié des exportations.

Le ministère fait valoir en outre que certains contrats majeurs signés en 2017, dont l’acquisition par le Qatar de 12 Rafale supplémentaires, ne sont entrés en vigueur qu’en 2018.

“BESOIN LÉGITIME”

Selon un classement publié en mars par l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm, la France est désormais le troisième exportateur d’armes au monde derrière les Etats-Unis et la Russie.

Le rapport souligne la concurrence accrue de pays “particulièrement agressifs sur le plan commercial” qui offrent à leurs clients “des conditions attractives”.

Les ventes d’armes américaines à l’étranger ont atteint 42 milliards de dollars en 2017, soit une progression de 11 milliards de dollars par rapport à 2016.

“Il ne s’agit pas pour la France de conclure des transactions ‘au coup par coup’, en fonction des opportunités du marché. L’objectif recherché est bien de créer un lien étroit avec les Etats importateurs”, assure le rapport.

“Les exportations d’armement de la France répondent au besoin légitime d’Etats désireux tant de renforcer leur sécurité et d’affirmer leur souveraineté que de participer aux côtés de la France à des opérations internationales dans un contexte aggravé par une menace protéiforme”, ajoute le ministère, alors que Paris est sous le feu des critiques pour ses ventes d’armes aux belligérants du conflit yéménite, notamment.

L’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis, parmi les premiers clients de la France, sont engagés depuis mars 2015 dans un conflit au Yémen contre les rebelles houthis appuyés militairement par l’Iran.

YÉMEN ET ÉGYPTE

Nombre d’ONG, dont Amnesty International, accusent la France d’enfreindre le traité sur le commerce des armes, qu’elle a ratifié en 2014.

Ce texte stipule que tout pays exportateur doit évaluer “de manière objective et non discriminatoire” si la vente de ses armes pourrait servir à “commettre une violation grave du droit international des droits de l’Homme ou à en faciliter la commission”.

Avec un conflit qui a fait plus de 10.000 morts, l’Onu dénonce “la plus grave crise humanitaire au monde” au Yémen, le pays le plus pauvre du Moyen-Orient où plus des deux tiers de la population - environ 22 millions de personnes - ont besoin d’assistance, exposés aux risques de famine et de choléra.

Dans un rapport publié lundi, quatre ONG - Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme, Institut du Caire pour les droits de l’Homme, Ligue des droits de l’Homme, Observatoire des armements - affirment par ailleurs que “l’Etat français et plusieurs entreprises françaises ont participé à la sanglante répression égyptienne ces cinq dernières années.”

Le rapport cite notamment la vente de “technologies de surveillance individuelle, d’interception de masse, de collecte des données individuelles et de contrôle des foules (...) qui ont conduit à l’arrestation de dizaines de milliers d’opposants ou de militants”. (Sophie Louet, édité par Yves Clarisse)

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