June 24, 2018 / 4:10 PM / 23 days ago

La BRI pour la poursuite de la normalisation monétaire

par Marc Jones

LONDRES, 24 juin (Reuters) - La Banque des Règlements internationaux (BRI) exhorte les grandes banques centrales à poursuivre le processus de remontée des taux d’intérêt mais observe aussi que le contentieux commercial entre les Etats-Unis et la Chine représente un risque sérieux pour la croissance économique mondiale.

L’économie mondiale a connu plusieurs moins tendus et le rally des marchés financiers de l’an passé a été stoppé net par la guerre des droits de douane qui commence à s’installer entre les Etats-Unis, à l’initiative de leur président Donald Trump, la Chine et, à présent, l’Union européenne (UE).

“Nous entrons dans une dynamique dangereuse où ce genre de problème (de protectionnisme) commence à avoir des effets secondaires sur le marché des changes et les flux financiers”, a dit à Reuters Agustin Carstens, ex-gouverneur de la banque centrale du Mexique devenu président de la BRI.

“Nous risquons d’ouvrir une spirale dangereuse qui peut à un moment ou à un autre vraiment affecter la croissance de l’économie mondiale et la stabilité financière”, a-t-il ajouté, en marge de la présentation du rapport annuel de la BRI.

Néanmoins, la BRI parie toujours pour le moment sur une amélioration de la situation de l’économie mondiale pour autant qu’il n’y ait pas d’escalade des tensions commerciales et d’envolée des coûts d’emprunt.

C’est pourquoi elle approuve par exemple la Réserve fédérale, qui poursuit son cycle de remontée des taux d’intérêt, et la Banque centrale européenne (BCE) qui a décidé de normaliser une politique monétaire ultra-accommodante mise en place en temps de crise financière.

“Je pense qu’il est important que la normalisation se fasse progressivement”, a observé Carstens, jugeant notamment le rythme de hausse des taux imprimé par la Fed “adapté”.

“Des politiques (monétaires) non conventionnelles ont eu leur utilité pour nous amener là où nous sommes (...) mais elles ont eu un prix, à savoir que des zones vulnérables se sont développées dans les marchés financiers”.

Ainsi, les rallys boursiers se sont traduits parfois par des valorisations exagérées et les “spreads” des marchés obligataires ont nettement rétréci, tandis que les prix de l’immobilier de certaines petites économies ouvertes qui ont été épargnées par la crise financière voici une dizaine d’années sont à présent très élevés.

“Si les banques centrales attendent plus longtemps avant de normaliser, il est fort probable que ces déséquilibres vont continuer de croître et que le risque d’instabilité financière sera à l’avenir plus intense”.

Pour autant, ce processus de normalisation sera source de volatilité sur les marchés financiers. “L’important est que cette volatilité n’échappe pas à tout contrôle”, note Carstens.

LE PROBLÈME DE LA DETTE CORPORATE

La Banque observe par ailleurs qu’il n’est pas courant d’avoir une croissance économique encore aussi vive après plusieurs années d’expansion et de n’observer qu’une inflation modérée.

Les principaux dangers pour la croissance sont le protectionnisme, une dépendance encore trop forte aux financements des banques centrales, des valorisations d’actifs exagérées et une dette qui continue d’augmenter, surtout si les coûts d’emprunt se mettent brusquement à s’envoler.

Plusieurs pays émergents ont souffert depuis la fin janvier, dont l’Argentine, la Turquie, le Brésil, l’Afrique du Sud, l’Inde, la Chine et le Mexique. Toutefois, la plupart ont constitué des réserves plus étoffées, ont adopté des taux de change plus souples et les échéances de leur dette se sont rallongées, ce qui donne une marge de manoeuvre en cas de renchérissement du crédit.

Le véritable problème de ces pays est peut-être la dette de leurs entreprises, qui a augmenté rapidement, et il y a par ailleurs l’explosion du système financier de la Chine, et du “shadow banking” en particulier.

“Donc, pour résumer, il faut vraiment faire attention; il est primordial de conserver de très solides fondamentaux et finances publiques pour eux”, a résumé Carstens.

Le rapport donne enfin quelques données chiffrées sur l’organisme basé en Suisse.

Les dépenses d’exploitation de la BRI ont dépassé 400 millions de francs suisses (347 millions d’euros) sur l’exercice clos le 31 mars, ce qui est une première, avec plus de 600 salariés dont les fonctions de supervision ont été renforcées.

Elle a dégagé un bénéfice net de 508 millions de DTS (Droits de tirage spéciaux, environ 634 millions d’euros), en baisse de près de 40%.

Le bilan de la BRI a crû de près de 6% à 256,5 milliards de DTS (320 milliards d’euros), en raison d’une hausse des dépôts de devises par les 60 banques centrales figurant à son tour de table. La part de ces réserves libellées en dollar a augmenté de 8 points à 80%, tandis que celle des réserves libellées en euro a diminué de sept points à 3%.

Wilfrid Exbrayat pour le service français

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